17 nov, Lc 19, 41-44, Jésus pleure sur ceux qui ne reconnaissent pas son amour!

 In Méditer les écritures

Évangile :

Quand Jésus fut près de Jérusalem, en voyant la ville, il pleura sur elle; il disait : « Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix! Mais hélas, cela est resté caché à tes yeux. Oui, il arrivera pour toi des jours où tes ennemis viendront mettre le siège devant toi, t’encercleront et te presseront de tous côtés; ils te jetteront à terre, toi et tes enfants qui sont chez toi, et ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où Dieu te visitait. »

Commentaires :

Quand Jésus fut près de Jérusalem, en voyant la ville, il pleura sur elle. Il est au cœur de la Judée dans cette ville où il vient vivre la dernière semaine de sa vie terrestre. La Pâque juive est proche, les pèlerins affluent ; de toutes les régions du Moyen-Orient pour assister à cette fête au Temple de Jérusalem, point focal de la ville. La pierre blanche et l’or qui recouvrent ses murs et ses toits lui donnent une splendeur inégalée dans le monde de cette époque. Le Temple est le plus gros édifice de ce temps, il peut accueillir pas moins de 250,000 personnes et plus. La structure est donc très robuste et les pierres qui la constituent sont pour la plupart plus énormes qu’un éléphant et plusieurs dépassent l’ampleur des pierres des pyramides d’Égypte.

Jésus pleure sur la ville tandis que les pèlerins se pressent et s’émerveillent devant tant de grandeur. Les marchands sont nombreux à prendre place à l’une des entrées du temple, certains se sont glissés à l’intérieur dans la cour des Gentils pour vendre leurs produits. Le commerce est florissant et les autorités du Temple y trouvent intérêts.

Jésus pleure sur la ville. Comment les habitants de cette ville se dépouilleront-ils de la vision de la splendeur de cette réalité pour reconnaître dans la foi celui qui vient au nom du Seigneur sans éclat et sans prestige? Jésus provient de Nazareth, village à 120 km au nord de Jérusalem, un petit village caravanier : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon? »(Jn 1,46) Comment cette ville pourrait-elle reconnaître le Fils de Dieu qui vient s’offrir en sacrifice de Pâque pour la multitude pour devenir nourriture de vie éternelle? Le Saint de Dieu sera loin du Saint des Saints où seul le Grand Prêtre pouvait entrer une fois dans l’année pour la fête du Grand Pardon, de l’Expiation. Jésus sera loin du Saint des Saints où il est interdit d’entrer et pourtant c’est lui qui sera la victime propitiatoire pour le pardon de la multitude… Au moment où Jésus expirera, « le rideau du Temple se déchira en deux (Mat 27,51) », « de haut en bas » précise Marc (15,38) et Luc ajoute « par le milieu (23). Le rideau du Temple avec ses pompes, ce rideau se déchirera au moment de la mort de Jésus. Le rideau se déchire pour faire voir dans la foi celui qui vient sans éclat, ni splendeur nous ouvrir les portes du Royaume de Dieu. Le rideau se fendra en deux pour faire voir celui qui donne la vie éternelle, celui qui donne la richesse qui ne passe pas.

Tout cet amour n’est pas clair, ni apparent comme un temple recouvert d’or et de marbre et pourtant c’est une merveille plus grande que toutes les splendeurs de ce monde : « Bien-aimés, dès maintenant nous sommes fils de Dieu; mais ce que nous serons n’apparaît pas encore clairement. Nous le savons, lorsque le Fils de Dieu apparaîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (1Jn 3, 2) Nous le verrons tel qu’il est, c’est-à-dire que nous verrons qu’il n’est qu’amour et amour entier pour chacun et qu’il est la source de l’amour qui vaut plus que la vie, car il prend sur lui notre mort et tout ce qui nous divise afin de nous rendre enfants de Dieu.

« Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix! Mais hélas, cela est resté caché à tes yeux. » Cela reste caché aux yeux de ceux qui ne voient Dieu que dans le temple fait de main d’homme. Cela reste caché à ceux qui n’en ont que pour la réalité apparente et ne veulent pas voir la réalité du cœur. “Chaque fois que tu l’as fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que tu l’as fait.” (Mt 25, 31-40)

Jésus pleure sur cette ville qui obscurcit le regard et cache la réalité de l’amour de Dieu et du prochain. Il pleure sur cette ville et ses artifices qui éloigne ses enfants de son étreinte trinitaire.

Jésus pleure et la terre tremble sous ses larmes qu’elle ne peut assécher. « Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens! » (Ps 116, 15)

Jésus pleure et dévoile la fragilité de nos constructions. Elles peuvent venir gratter le ciel, se couvrir d’or et de pierres précieuses, elles demeurent les proies de l’abîme et du temps. Dans ce monde à la réalité qui passe, il faut s’efforcer par la veille constante et la prière de reconnaître le moment de Dieu, le moment de sa visite. C’est dans la foi que nous pouvons le voir et l’accueillir dans le pauvre, le malade, l’étranger, le prisonnier et saisir ce moment pour lui ouvrir notre porte et le laisser nous convertir à chaque instant jusqu’à la fin de notre vie en cette réalité qui passe.

« Venez, les bénis de mon Père : prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la création du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; nu, et vous m’avez vêtu; j’ai été malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus à moi.»(Mt 25, 34-36)

Si jamais votre porte est demeurée fermée à l’autre, il ne faut pas perdre confiance en l’amour de Dieu.

« Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes oeuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre Justice, et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même. Je ne veux point d’autre Trône et d’autre Couronne que Vous, ô mon Bien Aimé!» (Thérèse de l’Enfant-Jésus)

Maintenant, il ne faut pas hésiter à reconnaître les mains transpercées de celui qui s’offre pour nous et l’accueillir dans l’allégresse : « Mets ta joie dans le Seigneur, il comblera les désirs de ton cœur. » (Ps 36,4)

NDC