17 sept, Lc 7, 11-17 : Jésus donne un sens à l’insupportable.

 In Méditer les écritures


Évangile :

Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville, au moment où l’on transportait un mort pour l’enterrer; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule considérable accompagnait cette femme.

En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, et lui dit : « Ne pleure pas. » Il s’avança et toucha la civière; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Alors le mort se redressa, s’assit et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère.

La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. »

Et cette parole se répandit dans toute la Judée et dans les pays voisins.

Commentaires :

Poursuivant son chemin sur les routes de la Galilée, le cœur brûlant d’amour, pleinement présent à chaque instant pour se donner, donner sa vie, sa lumière, ses mains, son corps, son sang, sa parole, son regard, son souffle, ses pas. Pas un instant pour lui, il attend qu’on lui demande à boire, à manger, à vivre, à comprendre, à cesser de souffrir, de pleurer, de se morfondre, se révolter. Il attend : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. » (Ap 3, 20) Jésus veut entrer dans tous les cœurs pour les faire vivre de la bonne nouvelle que les cœurs deviennent des cœurs éternels où la mort n’a plus de prise, ni la haine. « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. » (Lc 4, 18-19) Il attend que l’on vienne vers lui pour lui demander de sa lumière et en même temps, il court se livrer pour planter l’arbre de vie sur notre terre mortelle. Pourtant « Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et son témoignage, nul ne l’accueille. » (Jn 3, 32) C’est pourquoi Jésus manifeste son admiration devant la foi du centurion : « Je vous le dis, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi. »

Jésus arrive près de la porte d’une ville du nom de Naïm en Galilée, le cœur toujours ardent à annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue. Ses disciples font route avec lui ainsi qu’une grande foule. Ils le suivent pour se convaincre que tout ce qu’ils ont vu est bien vrai, et pour cela, ils veulent en voir encore et encore. Le cœur de l’être humain oublie si vite qu’il lui faut toujours des preuves et des preuves pour croire en ce qu’il voit. Les reportages sur la chute des tours du 11 septembre 2001 à Manhattan montrent bien cette incrédulité dans nos cœurs. Les spectateurs répètent sans cesse qu’ils ne peuvent croire à ce qu’ils voient, et ils demeurent comme figés à regarder les avions dans le cœur des tours de Manhattan. Ils restent là, jusqu’à ce que les tours s’effondrent une heure après et que la poussière enveloppe chacun de son voile. 

Le serviteur du centurion qui retrouve la santé ne suffit pas, les lépreux purifiés de leurs plaies, les aveugles de naissance courant de joie dans les rues ne suffisent pas. Ils n’en croient pas leurs yeux : chaque fois, ils ne peuvent croire que Celui qui est tant attendu soit là. Que faire? Faut-il tout laisser pour le suivre? Que faire se disent les gens de Manhattan? Faut-il quitter la ville, fuir? Est-ce un cauchemar, une mise en scène de cinéma? 

Jésus arrive près de la porte de la ville et une foule tout aussi considérable que la foule qui le suit accompagne une femme. La foule qui veut croire que le Messie est bien Jésus croise la foule en proie à la tristesse causée par l’inévitable mort. Ils sont là avec cette femme qui vient de perdre son fils unique, ils sont là à pleurer avec elle et sur eux. La mort n’oubliera personne. Il n’y a pas que cette mère qui est concernée dans ce drame. Chacun verra son monde s’écrouler sans pouvoir ne rien y faire. 

Jésus en voyant cette mère éplorée est saisi de pitié. Beaucoup de gens avaient de la pitié pour cette femme, mais qui pouvait quelque chose pour elle, qui pouvait assécher ses larmes. La pitié de Jésus est agissante, elle peut renverser les peines et les transformer en fête. « Ne pleure pas, » lui dit-il. Comment ne pas pleurer devant un tel drame? La mère demeure silencieuse, la foule avec ses disciples regarde, la foule suivant la veuve s’interroge. Le temps s’arrête dans des moments comme celui-là. Jésus plonge dans cet instant pour se tourner vers son Père. Il avance, dit l’évangéliste, il avance vers le mort, vers la mort. Jésus touche la civière. Les porteurs du cadavre déposent le jeune homme qu’ils menaient à son tombeau au pied de Jésus. La mère toujours en pleurs regarde son fils étendu sur le sol. Les gens dans la foule se bousculent pour voir ce qui se passe. « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Dans la foule, on entend bien les paroles de Jésus. Certains à l’arrière demandent si le jeune homme bouge. Le temps est toujours suspendu. L’incroyable se passe, les lois de la nature sont débordées. La mère ne peut croire à ce qu’elle voit. « Alors le mort se redressa, s’assit et se mit à parler. » Tout le monde entend cette voix qui perce le silence, ce jeune homme qui demande ce qu’il fait là. Sa mère hésite, elle est stupéfaite. Jésus lui rend son fils. Jésus est venu nous rendre la vie, non seulement la guérison et tous retrouveront les êtres perdus. Difficile à croire, mais cela est arrivé et arrivera. « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. » L’Esprit de Dieu est sur lui, non pour lui, mais pour nous, les pauvres mortels qui ne peuvent nous relever de toutes nos morts. 

Ce jeune homme vieillira, sa mère mourra assurément avant lui et il quittera cette vie lui aussi. Jésus a encore le cœur plein de pitié en pensant à ce jour où ils seront détachés à nouveau et son cœur brûle de nous rendre la vie à jamais, d’essuyer nos larmes pour l’éternité.  

À son propre tombeau, Jésus dira à Marie-Madeleine : « Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? »  (Jn 20, 15) Pourquoi, pleures-tu? Il ne dit pas, ne pleure pas comme à cette veuve. Mais pourquoi pleures-tu? Il n’y a plus de raison de pleurer, la mort est vaincue, tout ce qui mène à la mort est vaincu! « Ô mort, où est ta victoire? Où est-il, ô mort, ton aiguillon? L’aiguillon de la mort, c’est le péché, et la force du péché, c’est la Loi. Mais grâces soient à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ! » (I Cor 15 : 55-57)

Pourquoi pleures-tu? Jésus regarde-t-il sa propre mère à ce moment? J’aime le croire, j’aime penser qu’il la prépare à son départ et à son retour victorieux à la vie. Sa mère est veuve au pied de sa croix, car comment Joseph cet époux fidèle ne serait pas là avec elle, comme il était là dans la crèche? 

Jésus donne un sens à la souffrance insupportable. Les pleurs cesseront, nos amours sont sans fin. Il y a des difficultés à traverser pour se greffer au cœur du Cœur de Jésus et être régénéré par lui au sommet de la croix. Il y a des souffrances, mais il ne faut pas les laisser nous coucher par terre et nous enlever toute espérance. L’incroyable amour est là, il nous donne la vie, il faut avancer à sa suite en portant sa croix. 

La crainte s’empare de tous les gens présents. Ils ont assisté à l’incroyable en ce monde, ils ont vu un mort se relever, ils ont entendu sa voix. Qui pourra croire à une telle merveille. Ils ne peuvent s’empêcher de dire et de penser : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Mais, il y a là plus qu’un grand prophète, c’est le Fils unique de Dieu qui vient donner sa vie afin que nous accédions à sa vie. Incroyable amour que seule la mère immaculée a pu accueillir en elle, car, sans cette grâce, comment son cœur aurait-il supporté tant d’amour? 

« En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. » (Jn 16, 20-21) 

NDC