18 avril, Jn 20, 11-18 : Marie-Madeleine voudrait mourir pour trouver soulagement à sa douleur de la mort de Jésus!

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Évangile :

Marie-Madeleine restait là dehors, à pleurer devant le tombeau. Elle se penche vers l’intérieur, tout en larmes, et, à l’endroit où le corps de Jésus avait été déposé, elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis, l’un à la tête et l’autre aux pieds. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu? » Elle leur répond : « On a enlevé le Seigneur mon Maître, et je ne sais pas où on l’a mis. »

Tout en disant cela, elle se retourne et aperçoit Jésus qui était là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. IL lui demande : « Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? » Le prenant pour le gardien, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi, j’irai le reprendre. »

Jésus lui dit alors : « Marie! » Elle se tourne vers lui et lui dit : « Rabbouni! » ce qui veut dire « Maître » dans la langue des Juifs. Jésus reprend : « Cesse de me tenir, je ne suis pas encore monté vers le Père. Va plutôt trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

Marie-Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. »

Commentaires :

Marie-Madeleine restait là dehors à pleurer, le cœur plein d’animosité envers tous les bourreaux de Jésus. Elle voyait le visage haineux des chefs des prêtres et des scribes qui haranguaient la foule pour crier : Crucifiez-le! Elle se remémorait les scènes où les passants insultaient Jésus sous la pression des autorités, lui crachaient au visage. Il était si fragile dans son armure de chair déchirée que les plus lâches se donnaient des airs de courageux en l’invectivant ouvertement et à haute voix.

Le cœur de Marie-Madeleine criait à l’injustice. Elle aurait bien voulu se jeter devant la foule pour arrêter son déferlement de violence, prendre sur elle les coups. En la voyant sur leur chemin, quelques-uns ramassaient des pierres pour les lui lancer. Cette fois, il ne te sauvera pas. On s’amusait à cracher au visage de Jésus pour la blesser. « C’est la seule disciple qu’il lui reste », s’exclamaient certains. Elle voit bien maintenant que lorsqu’ils voulaient la lapider, c’est Jésus qu’ils visaient, c’est à lui qu’ils désiraient s’en prendre. Elle n’était qu’un appât.

Marie-Madeleine restait là dehors à pleurer ayant en mémoire le regard de Jésus sur elle, un regard qu’elle n’avait rencontré dans aucun visage envers elle, un regard qui l’élevait et lui rendait sa dignité, qui lui disait tout haut l’amour qu’elle cherchait tant.

Quelle rage en elle de penser que ses yeux si doux, si réconfortants étaient clos à jamais! Comment comprendre ce qu’elle a vu sur ce chemin et au pied la croix? Elle a vu des lépreux que Jésus avait purifiés vociférer après lui! Elle a vu ses disciples l’abandonner!

Marie-Madeleine pleure de désespoir à la porte du tombeau. Aux blessures de son passé s’ajoutent les blessures de toute l’horreur qu’elle a vu s’acharner sur Jésus, qui n’était qu’amour pour tous. Elle a vu la couronne d’épines déposée sur sa tête pour se moquer de sa royauté, elle a vu les coups de fouet assénés sur son dos, elle a vu les crachats recouvrir son visage méconnaissable.

Marie-Madeleine est effondrée et ne sait plus quoi penser. Sa tête tourne, son cœur brûle de colère, au ventre un glaive de douleur la transperce de part en part. Ses pieds ne peuvent plus la supporter, ses genoux fondent comme cire. Elle souhaite secrètement la mort pour aller le rejoindre et demander pardon pour tous. Son corps lui échappe devant une si insupportable douleur. Elle se penche vers l’intérieur du tombeau comme pour se jeter dans la mort avec lui et ainsi trouver une goutte, une petite goutte de réconfort afin de rafraîchir son âme desséchée. À quoi bon demeurer dans ce monde si injuste, si vide d’amour!

Marie-Madeleine se penche vers l’intérieur du tombeau, tout en larmes et voici que scintille dans ses yeux inondés, les couleurs de l’arc-en-ciel qui très vite se dissipe pour laisser paraître une lumière vive qui rend l’intérieur de la tombe tout illuminée. Ces larmes cessent à l’instant, de son cœur s’envole la rage comme une volée d’oiseaux surprise par un passant. Elle distingue bien deux anges, car il n’y pas d’autre mot pour nommer une telle présence. L’un se trouve à la tête, comme pour veiller sur le lieu où a reposé la tête de l’être le plus précieux de ce monde. L’autre est aux pieds, comme pour montrer la richesse incalculable de l’humilité de celui qui était là. Il semble à Marie-Madeleine que rien ne pourra les déloger de là jusqu’à la fin des temps et que l’éternité ne suffira pour honorer et adorer celui qui gisait là, sur ce lit de pierre.

Le temps s’est arrêté pour Marie-Madeleine, le fleuve de ses yeux poursuit sa course. Elle ne parvient pas à laisser s’échapper sa peine devant cette lumière, à se délester du poids de la tristesse qui étouffe son cœur. Rien, jamais ne pourra guérir cette immense blessure que la mort de Jésus a ouverte en elle. Rien, il n’y a que la mort avec lui qui ferait éteindre ce feu d’enfer.

« Femme, pourquoi pleures-tu? » Marie-Madeleine trouve la force de répondre, elle qui était muette de douleur. Pour Marie-Madeleine, la raison de ses pleurs est évidente. Elle est au tombeau de son Maître qui a été tué si injustement, elle est là, non seulement pour le pleurer, mais pour l’ensevelir dignement. Comment ceux-ci peuvent-ils être dans le tombeau de celui pour qui je suis là sans pleurer avec moi? Serait-ce eux qui ont pris son corps pour ajouter à tous les affronts subis par Jésus? Marie-Madeleine répond tout haut à ces deux anges : « On a enlevé le Seigneur mon Maître, et je ne sais pas où on l’a mis. »

Les deux gardiens du lit de Jésus gardent le silence et regardent quelqu’un qui vient de l’extérieur.

Marie-Madeleine se retourne promptement et aperçoit Jésus qui était là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Comment aurait-elle pu savoir? Voilà quelques jours, elle a vu Jésus défiguré, le corps en sang, le cœur traversé par une lance qui laissait un trou assez grand pour que Thomas le pêcheur y passe le poing. Il allait contre toute logique que ce jeune homme, tout en couleur, sans aucune marque au visage puisse être celui qu’elle cherchait.

Jésus lui demande : « Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? » Marie-Madeleine n’en peut plus de vivre dans le drame le plus horrible, la douleur la plus vive et se faire interroger ainsi sur la nature de sa souffrance. Ce gardien devrait comprendre que je suis à la recherche de celui qui avait été déposé dans ce tombeau. Serait-ce lui, ce gardien qui l’aurait enlevé pour rançonner ceux qui le chercheraient? Marie-Madeleine déclare vivement : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi, j’irai le reprendre. »

À la suite de sa réponse, Marie-Madeleine se couvre le visage de ses mains dans l’attente de la réponse du gardien. Elle entend tout à coup son nom dans l’obscurité lumineuse : « Marie! » Impossible se dit-elle! Il n’y a que Jésus qui dise mon nom avec cette douceur et cette profondeur. Je reconnais sa voix. Elle se tourne et lui dit : « Maître » et pour qu’il ne lui échappe plus, elle se précipite sur lui pour l’enserrer et le retenir. Elle ne comprend pas, mais elle croit, elle a reconnu sa voix et cela lui suffit. La douleur s’enfuit et elle voudrait bien être une ancre de plusieurs tonnes pour le retenir. « En vérité, en vérité, je vous le dis (…) celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis. Le portier lui ouvre et les brebis écoutent sa voix, et ses brebis à lui, il les appelle une à une et il les mène dehors. Quand il a fait sortir toutes celles qui sont à lui, il marche devant elles et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. » (Jn 10, 2-4) Le Père a ouvert la porte du tombeau au pasteur des brebis, au premier-né d’entre les morts, il lui a ouvert et Jésus appelle une à une ses brebis. « Marie. » Elle a reconnu sa voix et elle s’est tournée vers lui pour le suivre. « Marie ». Elle entendra son nom sortir de la bouche du bon pasteur tout au long de sa vie sur cette terre pour le suivre et mourir avec lui, afin de vivre avec lui dans le Père par l’Esprit.

« Cesse de me tenir, je ne suis pas encore monté vers le Père. Va plutôt trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Il remonte vers le Père pour revenir parmi nous pour être présent à chacun par l’Esprit et nous conduire vers le Père au son de sa voix. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient — et c’est maintenant — où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront. » (Jn 5, 24-25)

Marie se relève de la mort qu’elle désirait et obéit à l’instant à ce que Jésus lui demande. Les pieds de Marie-Madeleine sont légers et elle ne s’inquiète en rien de la manière dont elle sera accueillie avec une si inconcevable nouvelle, si incroyable nouvelle. Qu’importe les pierres que l’on peut lui jeter, les insultes qu’on peut lui dire. Son cœur est guéri de toute rage, elle est dans la paix et la joie, elle a retrouvé celui qui lui rend son intégrité et qui par ses blessures peut guérir toutes les blessures.

Il faut dire le nom de Marie-Madeleine avec beaucoup de tendresse, car elle est pour nous, messagère de sa grande miséricorde.

« De même que tu n’as pas rejeté celle qui était semblable à moi, la courtisane et la pécheresse, quand elle s’approcha de toi et te toucha, de même sois-moi miséricordieux à moi pécheur qui m’approche et te touche. Et comme tu n’as pas eu en abomination sa bouche souillée et maudite lorsqu’elle te baisa, n’aie pas non plus en abomination ma bouche qui est plus souillée et plus maudite que la sienne, ni mes lèvres infâmes, impures et profanes, ni ma langue plus impure encore. Mais que le charbon ardent de ton Corps tout saint, et de ton Sang très précieux soit pour moi la sanctification… » (Saint Jean Chrysostome, Prière après la communion)

NDC