18 mai, Jn 21, 15-19 : L’amour et les larmes de Pierre!

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Évangile :
Après le repas au bord du lac, Jésus ressuscité dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »
Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m’aimes? » Pierre fut peiné parce que, pour la troisième fois, il lui demandait : « Est-ce que tu m’aimes? » et il répondit : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. »
Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »
Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore : « Suis-moi. »
Commentaires :
Jésus ressuscité est en compagnie de ses disciples au bord du lac. Ils prennent un repas ensemble, le cœur de chacun des disciples bat la chamade, car ils n’arrivent pas à croire ce qui se passe devant leurs yeux. Ils l’ont bien vu quelques jours auparavant dans un état méconnaissable tellement il avait été frappé par les soldats romains et les gardes du Temple. Ils l’ont vu. Ils se tenaient à l’écart et regardaient de loin, pourtant ils l’ont bien vu sur la croix, le corps en sang et mourant. Les femmes autour de sa croix et le disciple Jean peuvent en témoigner.
Les disciples ne parviennent pas à dire un mot devant Jésus rayonnant de santé et de joie de vivre. Ils sont aussi silencieux que le soleil éclairant la plage. Ils voudraient le voir mieux pour croire à l’incroyable retour de Jésus parmi eux. Voilà bien trois jours qu’Il est mort. La pierre a bien été roulée sur son tombeau. Nicodème a apporté des aromates. Ils n’arrivent pas à se convaincre que c’est bien lui qui se tient devant leurs yeux. Ils sont comme figés. Le temps s’est arrêté, leurs cœurs sont dans la paix.
Ils attendent une parole, un mot de sa part, comme un enfant qui attend sa nourriture. Ils attendent sans rien attendre, car que peuvent-ils demander de plus que d’être en présence de celui qu’ils aimaient. Il y a bien un sentiment de honte dans l’air, ils se souviennent de leur fuite dans la nuit, le laissant seul. Ils sont prêts à accepter tous les reproches pour leur conduite, ils le désirent d’une certaine manière pour atténuer la douleur d’un tel manque de fidélité. « Ne lui avions-nous pas promis d’aller à la mort avec lui »?
Pas un mot ne sort de la bouche de Jésus et pourtant sa présence fortifie ceux qui l’entourent. Il n’y a que le chant des vagues sur le rivage, l’odeur des poissons grillés flottant encore dans l’air, les braises du repas dansent encore au vent du large, et le silence, un silence rempli de l’Esprit qui donne le goût de vivre, d’aimer, de courir annoncer la bonne nouvelle. Jésus est vivant : « — car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue » (1 Jean 1:2)
Il était bien vivant, non comme un esprit, mais comme un être de chair, dont les pas marquaient des traces dans le sable. Il était bien là, plus vivant que la vie que nous connaissons ici-bas. Le lac semblait ouvrir les yeux pour le contempler, les pierres paraissaient échanger entre elles de ce grand prodige. Combien de pierres lancées sur lui au chemin de la croix, combien de pierres marquées de son sang auraient-elles voulu l’éviter et crier leur foi : « et n’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. » (Mt 3, 9) « Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux! » Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, arrête tes disciples! » Mais il leur répondit : « Je vous le dis : s’ils se taisent, les pierres crieront. » (Lc 19, 38-40) Ces pierres tachées du sang de Jésus, n’est-ce pas nos cœurs qui ne parviennent pas à s’abandonner à la foi que Dieu nous donne en son amour?
Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… Le Fils unique a tant aimé le monde qu’il a accepté de s’incarner dans la chair pour nous sauver corps et âme, qu’il a accepté de se livrer pour nous à la mort de la croix pour nous libérer de l’esclavage de la mort.
« Je changerai vos cœurs de pierre en coeur de chair » (Ez 36, 25-28)
L’intensité de vie en sa présence est à son sommet, les cœurs se transforment en secret. Les paroles du psaume s’élèvent dans le cœur de chacun : « Ton amour vaut plus que la vie, mes lèvres diront ton éloge. » (Ps 63:3) Nous sommes aimés de Dieu, nous sommes tellement aimés qu’il est venu mourir pour nous et se donne en nourriture pour nous garder fort sur le chemin de la foi. Le doute et l’amour se croisent dans leurs esprits qui ne sont pas encore remplis de l’Esprit Saint. Ils se souviennent de sa prière avant son départ : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jean 14:23) « Et celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui; à ceci nous savons qu’il demeure en nous : à l’Esprit qu’il nous a donné. » (1 Jean 3:24)
Alors, Jésus appelle Pierre. Il se précipite vers lui comme lorsqu’il l’a aperçu de la barque sur le rivage. « C’est le Seigneur! » Quand Simon-Pierre l’entendit déclarer que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. » (Jn 21, 7)
Pierre a beaucoup pleuré après le chant du coq, il a tellement pleuré qu’il veut montrer son regret par son empressement et lui dire que jamais il n’a cessé de l’aimer même dans son reniement. Il aurait tant voulu faire quelque chose, mais devant les forces qui se précipitaient sur Jésus, la peur l’a emporté sur son amour. Pierre ne comprenait pas que Jésus devait passer par ses douleurs pour prendre sur lui le péché de tous, il ne comprenait pas que ce n’est pas en donnant la mort qu’il vaincrait la mort, mais en y descendant comme il était descendu dans la chair pour la renouveler et que ce n’est que par lui qu’il pouvait se libérer et non par ses propres forces. De ces pierres, Jésus pouvait faire des fils à Abraham. Que fera-t-il de ce Pierre qui a tant pleuré?
« Un frère interrogea abba Poemen en disant : “Que ferai-je de mes péchés?” Le vieillard lui dit : “Celui qui veut purifier ses fautes les purifie dans les larmes; et celui qui veut acquérir des vertus les acquiert dans les larmes : car pleurer est la voie que nous donnent l’Écriture et nos Pères lorsqu’ils disent : Pleurez! En effet, il n’y a pas d’autre voie que celle-là.” [1] Lui, l’homme qui savait lancer le filet et tirer le glaive, pleurait maintenant pour apprendre à aimer et croire à l’amour de Dieu. Le regard de Jésus qui a croisé son regard après le chant du coq était inscrit dans sa mémoire, un souvenir indélébile qui venait lui dire sans cesse : Je t’aime Pierre. Des milliers de fois, il entendait les “je t’aime” de Jésus.
Mais comment supporter cet amour sans pleurer, car rien en notre cœur ne peut répondre à un tel amour? Pierre sait maintenant que son amour n’est pas à la hauteur de ses désirs : “Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant? Je donnerai ma vie pour toi!” Jésus réplique : “Tu donneras ta vie pour moi? Amen, amen, je te le dis : le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois fois.” (Jn 21, 37-38)
Qui peut rendre à Dieu l’amour qu’il nous donne? Pierre sait maintenant que personne n’est à la hauteur de l’amour, ce n’est que par l’amour que Dieu nous donne que nous pouvons lui rendre son amour. Il n’y a que l’éternité pour lui rendre la louange qui lui revient pour tant d’amour.
“Simon, fils de Jean, m’aimes-tu”? Pierre n’oublie pas son cri d’amour avec son reniement. Son cœur désire aimer Jésus plus que tout, par ailleurs maintenant c’est à l’amour de Jésus pour lui qu’il puise l’amour pour aimer Jésus.
“Pierre m’aimes-tu”, répétera Jésus.
Pierre est prêt à paître ses brebis, car il attend tout de l’amour de Dieu pour aimer les autres et aimer Dieu. Ainsi, il pourra soutenir les autres dans le chemin de la foi et les rassembler dans l’unité.
“Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est Amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui.” (1 Jean 4:16)

[1] Guy, Jean-Claude, Paroles des anciens, Coll., Sagesse 1, éd., du Seuil, 1976, p. 136

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