18 mars, Lc 6, 36-38 : Ne jugez pas! Aimez infatigablement comme vous êtes aimés inépuisablement par le Père.

 In Méditer les écritures


Évangile : 

Jésus disait à la foule : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et vous recevrez : une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans votre tablier; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. »

Commentaires :

Inlassablement, Jésus nous invite à être miséricordieux comme le Père est miséricordieux. Il nous commande sans cesse de nous aimer comme il nous aime. Il nous appelle à l’aimer pour que le Père nous aime et qu’ils viennent dans l’Esprit faire leur demeure en nous. Inépuisablement, patiemment, il nous invite à le suivre pour nous apprendre à aimer. 

Aimez, aimez, il n’a que ce mot à la bouche. Gardez votre regard sur le prochain, ne le détournez pas au profit de l’argent. Gardez votre cœur dans le feu de la tendresse pour les autres pour ne pas les juger. Qui peut juger sinon celui qui ne juge pas et prend sur lui tout ce qui est condamnable? Qui peut juger sinon celui qui se fait rançon pour nous libérer de toute condamnation? « Aujourd’hui même tu seras avec moi dans le paradis, » dit Jésus au larron. Non pas demain, mais aujourd’hui, à l’instant, il faut pardonner, donner par dessus l’offense reçue. « Si quelqu’un vous frappe sur une joue, présentez-lui l’autre joue. » Voilà ce qu’est le pardon! Ce n’est pas de chercher à humilier l’autre pour qu’il reconnaisse sa faute. C’est lui présenter l’autre joue. N’est-ce pas ce que Jésus a fait devant ses bourreaux? Il a présenté son dos aux laboureurs, et sa tête à ceux qui voulaient ridiculiser sa divinité. Il n’a offert aucune résistance à ceux qui voulaient le fixer à la croix, le paralyser à jamais, lui qui pardonne les péchés et fait marcher le paralysé. Encore aujourd’hui, combien lèvent le poing au ciel, offensent son incarnation, mettent en doute sa résurrection et il garde le silence. 

Il y a bien sa mère qui perce la voûte céleste pour nous toucher de son amour afin que nous tournions le regard vers son Fils mort sur la croix pour nous. ‘Pénitence’, nous dit-elle. ‘Pénitence’! Cessez de détourner le regard du prochain, brisez tous les murs de béton autour de votre cœur pour le rendre perméable au regard des autres, au regard de Dieu sur la croix, à sa mère à ses pieds. 

 N’est-ce pas cet enfant, Père, dont tu m’avais dit qu’il était Fils du Très-Haut? N’est-ce pas cet enfant que les mages sont venus adorer? N’est-ce pas cet enfant que le vieillard Syméon et la prophétesse Anne disaient qu’il était la lumière des nations? Ne jugez pas, sinon vous jugerez Dieu et vous direz que sa sagesse est folie aux yeux de votre savoir. Ne jugez pas sinon vous confondrez la gloire de la croix avec les ténèbres et vous retournerez chez vous contristés. Ne jugez pas sans amour, car vous demeurerez enlisés dans les banquets d’Hérode et la justice de Pilate, l’ivresse de Judas, la dureté des docteurs de la loi. Tel est le jugement de ceux qui jugent. Ils jugent pour mieux ne pas se juger et se convertir et ainsi ils demeurent paralysés dans le grabat de leurs convoitises : “Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs oeuvres étaient mauvaises. Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient démontrées coupables, mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses oeuvres sont faites en Dieu.” (Jn 3, 19-21)

Ne jugez pas, car si vous avez la lumière de Dieu en vous, vous ne jugerez pas, vous aimerez. Même l’ennemi ne pourra éveiller votre courroux, car qui pourrions-nous détester, nous qui sommes tant aimés et qui ne méritons en rien cet amour ? Il faut prier toujours pour garder en éveil cet amour dont nous sommes aimés pour ne pas nous laisser enflammer par les feux du père du mensonge. “Les disciples Jacques et Jean dirent : ‘Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer?’ Mais, se retournant, il les réprimanda.” (Lc 9, 54-55) 

“Le Père ne juge personne; il a donné au Fils le jugement tout entier, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père.” (Jn 5, 22-23) Et le Fils a pris sur lui le jugement de la multitude et il s’est offert en sacrifice pour le pardon des péchés. Le voile du sanctuaire s’est déchiré en deux et la réconciliation entre Dieu et l’être humain a été accomplie en Jésus. Il pourra aimer de l’amour de Dieu dont il est aimé et retrouver la vie éternelle en mourant d’amour avec celui qui est mort pour nous et est ressuscité par la puissance de Dieu. 

Ne jugez pas : “Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu.” (Jn 3, 16-18) Celui qui se donne des airs de juste juge les autres et pense qu’il n’a pas à être justifié par celui qui vient se livrer pour notre rachat. Celui qui se juge juste, juge les autres et devient son propre juge. Il n’y a que par la foi qu’on devient juste : ‘c’est la foi en Jésus qui justifie’. “Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu — et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus : Dieu l’a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi; il voulait montrer sa justice, du fait qu’il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis au temps de la patience de Dieu; il voulait montrer sa justice au temps présent, afin d’être juste et de justifier celui qui se réclame de la foi en Jésus.” (Ro 3, 23-26) 

Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés, car le Christ Jésus prend sur lui le jugement et nous revêt du vêtement de l’innocence. 

Ne jugez pas. Une femme, mère de cinq enfants avale depuis 30 ans de la poudre à récurer. Elle dit apprécier la texture de ce produit dans sa bouche et apprécier son effet. Ce produit abrasif n’a pas tardé à ronger ses dents prématurément. Ce témoignage présenté dans une émission américaine « My Strange Addictiondu réseau TLC» n’a rien d’une blague pour amuser un public en mal de divertissement. Cette femme a été victime de violence sexuelle dans sa tendre enfance et elle n’a trouvé d’autre moyen pour se nettoyer de cette saleté indélébile que de manger du détergent pour soulager son malaise intérieur. Plus il est abrasif, plus elle retrouvait du repos en elle. Il ne faut pas juger. Dieu voit dans le secret, il est là dans le secret. Aucune souffrance ne lui est indifférente, aucun de nos cheveux qui tombent par terre ne lui est indifférent, croyez-moi. Les marques dans son corps que nous lui ferons deviendront sources de lumière, source de vie, déluge d’amour pour prendre sur lui toutes ces blessures inguérissables et rendre à chaque personne son intégrité, sa pureté, sa nudité. 

Ne jugez pas l’enfant dans l’adulte blessé, qu’il soit riche ou pauvre, malade ou en santé, savant ou ignorant. Il est toujours un être humain qui a besoin d’un regard d’amour, d’un sourire, un être humain qui a besoin d’être reconnu… “Zachée, descends vite, car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi.” Et vite il descendit et le reçut avec joie. Ce que voyant, tous murmuraient et disaient : “Il est allé loger chez un homme pécheur!” Mais Zachée, debout, dit au Seigneur : “Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple.” (Lc 19, 5-8) 

Zachée n’a pas été jugé par Jésus, il a été reconnu comme une personne digne d’amour et quelle transformation a été accomplie en lui ! 

NDC