18 nov, Lc 19, 45-48, Jésus traverse la rue Hérode et entre au Temple

 In Méditer les écritures

Évangile :

Jésus entra dans le Temple, et se mit à expulser les marchands. Il leur déclarait : « L’Écriture dit : Ma maison sera une maison de prière. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. »

Il était chaque jour dans le Temple pour enseigner. Les chefs des prêtres et les scribes, ainsi que les notables, cherchaient à le faire mourir, mais ils ne trouvaient pas le moyen d’y arriver; en effet, le peuple tout entier était suspendu à ses lèvres.

Commentaires :

Jésus entre dans le Temple, il a traversé la rue d’Hérode, principale voie publique et commerciale de la Jérusalem antique. Cette rue est de 9 mètres de large par 900 mètres de long, une multitude de personnes sont là pour vendre et acheter toutes sortes de produits. Au bout de la rue se trouve un escalier de 15 mètres de haut et de 12 mètres de large qui conduit à l’intérieur du Temple, c’est par cette porte que Jésus est entré. Il a bien vu les échoppes de commerçants et de changeurs à la base de l’escalier se précipitant sur les pèlerins pour leur proposer leurs marchandises. En entrant dans le temple, il voit que le trafic se poursuit à l’intérieur du temple et qu’il se répand comme une infiltration de vermines dans une demeure. Il est dans la cour des Gentils, nommée cour commune par les Juifs, une cour ouverte à tout le monde. Certaines règles devaient pourtant être observées. Les vendeurs et les changeurs devaient demeurer hors de l’enceinte, près des portes et elles étaient nombreuses. Leur présence à l’intérieur du parvis était une infraction à la règle. Toutefois, les autorités la toléraient et encore plus dans les temps de festivités où un nombre important de pèlerins se rendaient au Temple de Jérusalem. Il n’y avait pas d’interdit pour la circulation des excommuniés, des hérétiques, des personnes endeuillées, des impurs. En ce lieu, il n’y avait ni silence, ni recueillement, le trafic allait bon train et le son des pièces passant d’une main à l’autre faisait office de musique d’ambiance. Les changeurs ne manquaient pas de faire de bonnes affaires avec tous ces gens qui venaient des campagnes, les veuves, les déshérités. Pour passer de la cour des Gentils à la partie qui n’était accessible qu’aux juifs, il fallait verser une pièce de 2 sicles, une pièce qui n’est disponible qu’auprès des changeurs. La réputation de ces hommes était connue. Ils ne se faufilaient au Temple que pour s’enrichir aux dépens des pèlerins les plus vulnérables qui ne connaissaient pas le commerce d’une si grande ville. Le touriste est toujours bien vulnérable dans un pays étranger, le pèlerin tout autant.

Jésus est dans cette cour des Gentils, il voit tout ce commerce et les négociations entre les pauvres gens et les changeurs. Ces gens qui viennent comme Marie et Joseph pour une observance de la Loi, ces gens comme la veuve aux deux piécettes, il les voit se faire rouler par ces brigands cupides et retourner chez eux plus pauvre qu’ils ne sont venus.

L’affluence était nombreuse en cette période de la fête de Pâque qui approchait. La voracité des marchands était à son comble. Les changeurs poursuivaient les nouveaux arrivants pour leur arracher quelques pièces. Les cris de rivalité entre les échoppes se faisaient entendre de partout dans la cour et à l’extérieur du Temple. La cour des femmes comme celle des prêtres était envahie de cet esprit de commerce.

Jésus a pleuré en voyant Jérusalem, il a pleuré devant cette ville qui ne reconnaît pas celui qui peut lui apporter la vraie richesse, le véritable amour de Dieu est des autres, la paix, la justice. Il a pleuré comme un enfant devant le refus de sa vie qu’il vient donner pour sauver la multitude de la mort et des inquiétudes des biens qui passent. Comment dans tout ce tumulte, cette rapacité, cet esprit de convoitise, parvenir à reconnaître celui qui vient au nom du Seigneur de tendresse et de miséricorde? Jésus voit bien cette veuve que personne ne voit qui veut tout donner et qui a de la difficulté à se rendre au lieu de l’offrande pour donner tout ce qu’elle a pour vivre. Qui voit cette merveilleuse femme dans ce bruit, dans ces cris de marchands, dans ces marchandages, qui peut voir l‘Agneau de Dieu qui vient s’immoler en cette Pâque…?

« En vérité, je vous le dis, cette veuve, qui est pauvre, a mis plus que tous ceux qui mettent dans le Trésor. Car tous ont mis de leur superflu, mais elle, de son indigence, a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. » (Mc 12, 43-44)

Comment ne pas sortir les marchands pour laisser entrer tous les pauvres qui veulent venir se donner en entier dans la maison de Dieu? Comment ne pas renverser ses tables qui prennent la place pour dresser la table du festin de vie éternelle que Jésus vient dresser en élevant sa croix?

« Ma maison sera une maison de prière. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » Ma maison sera une maison de silence et de recueillement où le Père pourra se faire entendre et manifester son amour. « Il faut avant tout consacrer du temps au silence… Je commence toujours à prier par le silence : c’est dans le silence du coeur que Dieu me parle. Dieu est l’ami du silence et nous devons L’écouter, parce que ce ne sont pas nos paroles qui comptent, mais ce que Lui nous dit, et ce qu’Il dit à travers nous. » (Mère Teresa)

Il n’y a rien d’un emportement dans cette colère amoureuse de Jésus, il n’y a qu’un cri d’amour pour alerter ces enfants de sortir de ce feu qui les anéantira. Il n’y a rien qui ne soit pas tendresse dans ce feu de gestes et de paroles de Jésus. Il aurait beaucoup plus de raisons de s’emporter devant la trahison de ses proches, sous les coups de fouet, sous les crachats. Il est comme un agneau que l’on mène à l’abattoir, il ne dit pas un mot.

Entendez-vous les cris de colère des chefs des prêtres et des scribes, des notables en apprenant que Jésus a renversé les tables des changeurs? Entendez-vous comment ils en viennent à vouloir le faire mourir pour quelques pièces renversées sur le sol? Jésus fait respecter une règle qu’eux-mêmes ont établie, il ne veut faire mourir personne, au contraire il veut donner sa vie pour nous sauver de la mort et de nos trafics qui ne mènent qu’à la discorde et la solitude.

Jésus renverse les tables avec fracas pour faire vivre et non pour faire mourir, il vient dresser la table du banquet céleste. Les pauvres le sentent bien, les milliers de pèlerins sont suspendus à ses lèvres.

« Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » (Mt 11, 25-27)

NDC