19 juin, Mt 5,38-42 : Contredire la violence

 In Méditer les écritures

Évangile :

Vous avez appris qu’il a été dit : Oeil pour oeil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre.

Et si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.

Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande; ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter.

Commentaires :

La loi énoncée dans l’exode vous dit : « Œil pour œil, dent pour dent » (Ex 21,24) Jésus se pose en « signe de contradiction » avec cette loi. Il la contredit cette loi, non pour l’abolir, mais pour l’accomplir. N’est-ce pas l’amour qui est le but de la loi? « Aime et fais ce que tu veux, tu feras ce que tu dois », dit saint Augustin.

Syméon avait bien prophétisé au sujet de Jésus en disant à sa mère :

« Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction » (Luc 2/34). Il provoquera la chute de ce qui n’est pas amour parfait. Il contredira les approximatifs sur le chemin de l’amour, les compromis, les non-dits, les exclusions, les indifférences, les froideurs, tout ce qui nuit à la santé de l’amour. Qui ne désire pas une santé parfaite pour vivre pleinement? Pourquoi l’amour devrait-il être relatif à nos humeurs et à nos interprétations dans nos rapports avec les autres?

Pouvons-nous prendre soin de notre santé selon nos humeurs? Nous ne pouvons agir n’importe comment avec les lois de la nature. L’abus de quoi que ce soit a toujours sa conséquence à plus ou moins long terme. Le temps du plaisir est plus bref que celui de la souffrance qui suit.

— Il faut bien mourir de quelque chose, clament tout haut les adeptes d’une habitude malsaine.

— Personne n’est parfait en ce monde, aimons-nous répéter pour demeurer dans nos lois : « Œil pour œil, dent pour dent », c’est déjà une limite à la vengeance.

— Il ne faut quand même pas se laisser manger la laine sur le dos!

— La perfection n’est pas de ce monde.

Ils ont bien raison d’une certaine manière les chantres de l’imperfection, car : « Tous ont péché et sont privés de la gloire de

Dieu… » (Rom. 3 : 23) Pourtant, ils ont tort à la fois de renoncer à désirer l’amour parfait : « Qui donc peut être sauvé? » Jésus les regarda et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. » (Mt 19, 25-26)

« Vous donc, soyez parfaits comme votre Père Céleste est parfait ». (Mt5 : 48) Jésus demande une perfection qu’il vit pour nous sur cette terre et qu’il vient rendre possible pour nous en se livrant pour nous. « Voici l’Agneau de Dieu. »

Voici celui qui se laissera manger la laine sur le dos pour se donner en nourriture d’amour qui conduit à la vie éternelle.

Pour vivre éternellement, il faut qu’aucun petit virus de quelques sortes ne s’installe en nous à jamais. Pas la moindre haine, pas la moindre petite jalousie, envie, pas la moindre colère, impatience, dureté, souci, rien qui brise l’unité entre nous et avec tout. Jésus est un signe de contradiction pour tout ce qui divise, pour tout ce qui nous rend malades, aveugles aux autres, sourds aux appels du prochain, tout ce qui nous fait mourir à la vie de l’esprit

« Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. »

La perfection dans l’amour est rendue possible par le Christ. La difficulté n’est pas de tendre l’autre joue à la suite d’une gifle, c’est de mourir à soi pour laisser vivre en nous l’Esprit qui veut rendre possible l’amour impossible qui nous garde en vie.

La nature nous enseigne cette mort à nous-mêmes qui porte fruit comme le rapporte l’évangile : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. » (Jn 12,24) Mourir à soi pour se revêtir de l’être nouveau que le ChristJésus, en s’incarnant et en mourant pour nous, nous donne en semence par sa résurrection.

Nous sommes nés pour la perfection, pour la vie éternelle. Quelle maman, en voyant son enfant naître, ne désire pas que son enfant soit pleinement heureux, qu’il ne soit jamais malade, qu’il ne meure pas, que rien de mal ne lui arrive? Quel est le riche qui ne cherche pas la perfection dans les plaisirs, le pauvre en ferait tout autant?

Cependant, il n’y a qu’une perfection et c’est la perfection de l’amour! Je parle de cette justice d’amour dont parle Jésus, l’amour de don, l’amour qui ne se refuse pas à l’autre.

Je parle de cet amour qui en fait plus que ce que nous lui demandons.

Cet amour qui fait deux mille pas, si quelqu’un en demande mille. Cet amour qui ne craint pas de regarder dans les yeux celui qui vient pour lui emprunter quoi que ce soit. Cet amour impossible que Jésus rend possible pour ceux qui ont foi en lui.

« Celui qui aime sa vie la perd; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle. » (Jn 12, 25) Impossible! Impossible répéterons-nous sans cesse! Encore une fois, nous avons raison de crier à l’impossible dans les limites de notre science, de notre perception, mais nous avons tort de ne pas avancer pour découvrir la sagesse que nous ignorons et la laisser nous guider sur des chemins que nous ignorons. « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33)

Nous disons non trop vite aux richesses de la grâce que Dieu nous donne en son Fils. Ce n’est pas facile de dire oui à l’amour après une gifle et de tendre l’autre joue. Il est étroit ce moment où nous nous recentrons sur le Christ vivant en nous avant de répondre ou de tendre l’autre joue.

« Entrez par la porte étroite. Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent. Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent. » (Mt 7, 13-14)

Il faut perdre ces vieilles habitudes qui nous gardent seuls. Il faut tomber en terre avec Jésus et ressusciter avec lui par la puissance de l’Esprit.

« Mais maintenant, vous aussi, rejetez toutes ces choses, la colère, l’animosité, la méchanceté; que les injures et les paroles déshonnêtes soient bannies de votre bouche. N’usez point de mensonge les uns envers les autres, puisque vous avez dépouillé le vieil homme avec ses œuvres, et revêtu l’homme nouveau, qui se renouvèle sans cesse selon la science parfaite à l’image de Celui qui l’a créé. » (Col 3, NDC