19 mars, Mt 1,16. 18-21.24a, Joseph et le « big bang »

 In Méditer les écritures

Évangile :

Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ (ou Messie). Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. Marie, la mère de Jésus avait été accordée en mariage à Joseph; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. Joseph son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement; il décida de la répudier en secret.

Il avait formé ce projet, lorsque l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit-Saint; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : < Le-Seigneur-sauve>),car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit.

Commentaires :

Lorsque les couches tectoniques se déplacent et provoquent des séismes sur notre petite planète perdue dans l’univers infini, nous tremblons devant ces forces qui nous dépassent. Lorsque les petites particules atomiques qui ne sont même pas visibles à l’œil nu s’enfuient de la cage de béton, nous tremblons devant tant de puissance. Lorsque la science et toute sa technologie ne peuvent plus rien devant ces forces, comme un enfant devant un cyclone, nous tremblons. Lorsque s’organisent des nuages radioactifs au-dessus d’une centrale nucléaire dont le cœur est transpercé, nous tremblons.

Pourtant, ce déplacement de couches tectoniques à l’échelle de l’univers est une anecdote, une petite anecdote. Nous sommes loin de la mort d’une étoile plus grosse que notre soleil, de la formation d’un trou noir, de la danse de quelques galaxies dans la Voie lactée. Ne serait-ce pas comparable à un homme qui marche en forêt et par accident écrase une colonie de fourmis? Qui fera un drame de ce fait, il y a tellement d’autres colonies!

Toutefois, y a-t-il une fourmi qui puisse raconter ce drame de sa colonie? Y a-t-il une fourmi consciente de toutes les colonies de son espèce sur la planète qui subissent le même sort? Pourtant l’être humain est conscient de son petit vaisseau bleu qui flotte dans l’univers infini, telle une petite goutte d’eau dans un océan de gouttes. Avec son esprit imperceptible sous le microscope, il peut s’imaginer à la mesure de ses connaissances, ce qu’il est dans l’univers. L’être humain est plus grand que ce qui le contient par son esprit. Il a une dignité tout à fait particulière qui le rend responsable de sa planète et en même temps vulnérable à aux humeurs de la matière. N’est-ce pas ainsi avec notre corps que nous débordons et en même temps avec qui ne faisons-nous qu’un? Y a-t-il un enfant qui est né pour la mort? Il veut vivre et malheureusement un microbe dans son corps peut briser cette unité et le faire trembler devant la souffrance. Il y a un cri en nous, un gémissement qui espère la vie en abondance, la vie aux dimensions de l’infini dont nous avons conscience.

Il y a comme un cri dans la matière qui nous supplie de reprendre notre place dans l’unité afin que la vie reprenne son droit. « En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu. Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu’elle l’a voulu, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu. » (Rm 8, 19-21)

Pourquoi une seule larme coulerait-elle de nos yeux si nous étions faits pour la mort? Un papa japonais racontait comment la vague du tsunami avait emporté son grand-père en retournant vers l’océan. Il disait n’avoir que des larmes devant ce vide causé par l’enlèvement de son grand-père. « Bienheureux vous qui pleurez, vous serez consolés » dit Jésus. Nous ne sommes pas faits pour les larmes sinon celles de joie. « J’essuierai toutes larmes de vos yeux » (Éz 36, 26), clamait Ézéchiel quelques siècles avant Jésus. « J’essuierai toute larme de nos yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » (Ap. 21.4), proclamait Jean  comme suite à la mort et à la résurrection de Jésus.

 

Qui peut croire que l’esprit reprendra son droit sur la chair en conservant la même unité de notre corps et de notre esprit? Nous sommes tellement assujettis à l’emprise de la mort et du vêtement de deuil que nous réduisons notre vie à quelques plaisirs entre les deuils.

Pourtant l’Écriture annonçait bien la venue de celui qui viendrait essuyer toutes larmes de nos yeux, de celui qui nous élèverait à sa propre nature de vivant par son abaissement dans notre nature mortelle. Depuis si longtemps que cette naissance était attendue! « Abraham votre père a tressailli d’allégresse dans l’espoir de voir mon Jour. Il l’a vu, et il a été dans la joie. » (Jn 8, 58) Deux mille ans après Abraham! C’est tellement long que plusieurs oublient. Un peu comme cet énorme tsunami. Il était annoncé depuis longtemps. Il pouvait arriver demain ou dans cent ans. Comme le « big one » qui est annoncé pour la Californie. Une faille qui devrait s’ouvrir et faire disparaître des villes entières dans l’océan. Il y a bien des tremblements quelquefois, mais rien du « big one ». Au Japon, il semble que ce soit bien celui-là.

Ainsi, dans une petite ville, Bethléem, la prophétie de la naissance de celui qui vient nous libérer de l’emprise de la mort et du mal s’accomplit, sans bruit, sans vague. « Mais toi (Bethléem) Ephrata, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël; […] Il se dressera, il fera paître son troupeau par la puissance de Yahvé, par la majesté du nom de son Dieu. […] Lui-même, il sera paix! » (Michée, 5, 1-4a) Cette prophétie rejoint celles d’Isaïe : « Voici : la jeune fille [la vierge, almah] est enceinte et va enfanter un fils qu’elle appellera Emmanuel » (Isaïe, 7, 14); « Un rejeton sort de la souche de Jessé, un surgeon pousse de ses racines » (11, I); « Ce jour-là, la racine de Jessé se dressera comme le signal des peuples. Elle sera recherchée par les nations et sa demeure sera glorieuse » (11,10).

Nous aurions bien voulu, une vague immense qui emporte tous nos doutes, nos peurs, nos attachements à l’Ancien Monde. Non, ce sera un fils de charpentier, un homme reconnu à son aspect comme un autre homme. Pourquoi tant de discrétion? Ce n’est pas seulement une génération qu’il vient sauver par la vie qu’il nous donne, mais toutes les générations jusqu’à l’épuisement de la vie. Nous ne serions pas là pour en parler si tout avait été accompli à ce moment.

La jeune fille qui porte ce grand bouleversement est seule à le savoir, elle risque même sa vie en l’annonçant. Loin d’elle, toute préoccupation de ce genre, elle vit le début de sa maternité dans la joie. Elle court même donner son aide à sa cousine enceinte de six mois.

Joseph, en apprenant la nouvelle de la maternité de Marie avant qu’ils aient habité ensemble, est bouleversé. Loin de lui l’idée d’être associé à la venue du Messie dont il connaît bien les prophéties pour être un homme juste et religieux. Il fallait à Marie, une pureté sans égale pour se donner entièrement à ce qu’elle vivait tellement l’événement était important pour toute l’humanité. Passer de résidente de cette modeste ville à Mère de Dieu en quelques instants, c’est suffisant pour ne pas croire à une erreur. Son désir de voir les larmes cesser sur tous les visages, la vieillesse disparaître, la justice reprendre ses droits, l’amour vaincre toutes les haines la font s’exclamer : « Je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole! » Lc 1,26-56.

Quelques instants et l’histoire du monde change de direction, c’est un nouveau « big bang » cette fois, une nouvelle création. N’est-ce pas en quelques instants que le Japon a basculé dans le drame? En quelques instants, l’humanité est chavirée dans la joie!

Joseph, qui connaît Marie, ne veut pas la répudier publiquement. Il voit bien la paix dans laquelle se trouve Marie, la joie qui l’illumine. Elle ne cherche en rien à lui fournir des arguments pour se défendre de cette situation. Elle est tout abandonnée. Joseph voudrait tellement outrepasser la loi, mais en homme juste, il s’en remet à Dieu.

N’est-ce pas ce dépassement de lui-même pour demeurer fidèle à Dieu qui lui rendra audible le message de l’ange sur l’identité de Jésus? Son corps endormi rendra son esprit tout disponible à recevoir ce que l’Esprit a à lui dire par l’esprit de l’ange que Dieu lui envoie. « Joseph, fils de David, ne craint pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit-Saint; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : < Le-Seigneur-sauve>), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Joseph semblait n’attendre que cela pour comprendre ce qu’il n’osait croire et pressentait devant la beauté de Marie. Tout comme Pierre après la résurrection que l’on veut empêcher d’annoncer la bonne nouvelle, il dira : « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29)

Il se réveilla, et fit ce que l’ange lui avait prescrit.

« Car Je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu; entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. … » (Lc 10,24.)

Alors comme Joseph, n’hésitons pas à prendre chez nous Marie et son Fils Jésus, ce Fils qui vient essuyer toutes larmes présentes et à venir de nos yeux et à jamais.

NDC