19 nov, Mt 19, 23-30 : Le riche, le larron, le pêcheur et le chas de l’aiguille.

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Évangile :
Jésus disait à ses disciples : « Amen, je vous le dis : un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux. Je vous le répète : il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux. » Entendant ses paroles, les disciples furent profondément déconcertés, et ils disaient : « Qui donc peut être sauvé? » Jésus les regarda et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible.
Alors Pierre prit la parole et dit à Jésus : “Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre : alors, qu’est-ce qu’il aura pour nous?” Jésus leur déclara : “Amen, je vous le dis : quand viendra le monde nouveau, et que le Fils de l’homme siègera sur son trône de gloire, vous qui m’avez suivi, vous siègerez vous-mêmes sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël. Et tout homme qui aura quitté à cause de mon nom des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra beaucoup plus, et il aura en héritage la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers.”
Commentaires :
Les disciples regardent le jeune homme riche s’éloigner dans un nuage de tristesse. Ils se demandent s’ils n’auraient pas fait la même chose s’ils avaient eu autant de richesse que lui, en réponse aux paroles de Jésus : “Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi.”
Quitter une barque et ses filets, ce n’est pas quitter châteaux, vêtements luxueux, festins, serviteurs et toute la notoriété qu’apportent ces biens. Les disciples ne voient pas encore que suivre Jésus vaut plus que toutes les richesses de ce monde. Le ridicule n’est pas de tout quitter pour suivre Jésus, mais de ne pas tout perdre pour le suivre. S’ils voyaient celui que leur foi leur donne de suivre, ils ne se feraient aucun souci de le suivre. Ils ne seraient pas troublés par les paroles dites au jeune riche, ils le poursuivraient pour le convaincre d’être patient et qu’il verra que Jésus est le trésor des trésors en ce monde.
Ils ne voient pas le Fils de Dieu sous ce vêtement de Fils de l’homme, pourtant il est celui qui était avant le commencement du monde et qui vient dans notre condition d’homme pour nous faire renaitre de sa vie et nous rassembler en un seul corps, son Église : “Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai.” Les Juifs lui dirent alors : “Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et toi, en trois jours tu le relèveras?” Mais lui parlait du temple de son corps. Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture et à la parole qu’il avait dite. » (Jn 2, 19-20)
Ils ne voient pas encore cette construction où ceux qui croient en lui seront chacun une pierre vivante et qui s’élèvera à travers les siècles sur cette pierre d’angle pour être un sanctuaire où coule la source de vie éternelle dans ce monde mortel.
La mort, cette puissance qui ruine tous les riches de ce monde, ne pourra rien contre elle. Jésus sera présent parmi nous jusqu’à la fin des temps, présent réellement pour se donner en nourriture afin de nous établir dans la communion et nous faire entrer dans le Royaume des cieux, comme enfants de Dieu. Le jeune homme riche a vu ce qu’il perdait à l’invitation de Jésus à la perfection de l’amour et son refus de tout perdre l’a rendu aveugle à ce tout ce qu’il gagnait en donnant foi à la parole de Jésus. Jésus demande un geste de foi à sa parole avant de pouvoir le suivre et voir que ce qu’il donne vaut plus que le peu qu’il nous demande qui déjà est à lui.
Il est tellement plus que tout ce que nous pouvons quitter pour le suivre. Qui mieux que Jean peut exprimer ce qui se cache sous ce visage de fils de charpentier, sous le vêtement blanc du pain eucharistique :
« Je me retournai pour regarder la voix qui me parlait; et m’étant retourné, je vis sept candélabres d’or, et, au milieu des candélabres, comme un Fils d’homme revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or. Sa tête, avec ses cheveux blancs, est comme de la laine blanche, comme de la neige, ses yeux comme une flamme ardente, ses pieds pareils à de l’airain précieux que l’on aurait purifié au creuset, sa voix comme la voix des grandes eaux. Dans sa main droite, il a sept étoiles, et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant; et son visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat. À sa vue, je tombai à ses pieds, comme mort; mais il posa sur moi sa main droite en disant : “Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clef de la Mort et de l’Hadès.” (Ap 1, 12-18)
Le jeune homme riche verra sûrement la croix de Jésus et il contemplera, avec plusieurs des disciples cachés dans l’ombre, son cœur transpercé. Il verra le temple de son corps détruit et devant cette potence il s’écriera avec le centurion en silence : “Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu.” (Mt 27, 54)
L’éclat du soleil de l’amour de Dieu brillera si fort au dernier souffle de Jésus sur la croix que les morts entendront sa voix venir vers eux, et le voile du vieux sanctuaire se déchirera pour que s’établisse en son sang la nouvelle Alliance, la terre dansera de joie, et les pierres se rompront pour louer son amour qui a rompu son corps pour nous donner sa vie. “Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas; la terre trembla, les rochers se fendirent, les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens.” (Mt 27, 51-53)
“Amen, je vous le dis : un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux. Je vous le répète : il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux.” Il est plus facile à un brigand crucifié de reconnaître le Fils de Dieu qui descend jusqu’à lui et le reconnaître pour entrer avec lui dans le Royaume de Dieu, qu’à nombre de notables et de savants qui lui disent : “Toi qui détruis le Sanctuaire et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix. Pareillement, les grands prêtres se gaussaient et disaient avec les scribes et les anciens : “Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui! Il a compté sur Dieu; que Dieu le délivre maintenant, s’il s’intéresse à lui! Il a bien dit : Je suis fils de Dieu!” (Mt 27,40-43)
“Qui donc peut être sauvé?” Impossible pour les hommes, pour Dieu c’est possible et c’est pourquoi il envoie son Fils et nous dit de l’écouter pour que sa parole prenne racine en nous et que nous devenions des êtres de foi, des hommes qui croient sans avoir vu ce que dit Jésus de lui-même, mais qui croit en sa parole et celle de ses témoins : “Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom.” (Jn 20, 30-31)
Alors Pierre demande : “Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre : alors, qu’est-ce qu’il aura pour nous?” S’il savait ce qu’il y aura pour lui pour avoir quitté tout dans ce monde qui passe, s’il savait qu’il sera heureux de monter sur la croix comme Jésus pour demeurer fidèle à son nom, s’il savait qu’il sera la première pierre sur laquelle Jésus bâtira son Église, ses genoux fonderaient comme cire devant tant de dons pour le rien qu’il a offert : “Mon retour est proche : tiens ferme ce que tu as, pour que nul ne ravisse ta couronne. Le vainqueur, je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu : il n’en sortira plus jamais et je graverai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la Cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem qui descend du Ciel, de chez mon Dieu, et le nom nouveau que je porte.” (Ap 3, 11-12)
Lui, ce modeste pêcheur, comment pourrait-il croire qu’il sera la première pierre de cette nouvelle Jérusalem qui descend du ciel? Comment pourrait-il croire être ce pêcheur d’hommes dans la barque céleste et voir cette multitude qu’il prendra dans les filets de la parole de Dieu? À cette vue, Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant : “Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur!” (Lc 8, 5)
Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers. »
La foi en Dieu qui se fait petit pour se donner à nous est la clé pour nous faire entrer dans le Royaume du Père par le chas de l’aiguille.
NDC