2 juillet, Mt 8,18-22 : Le mangeur de chemin…

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Évangile :
Jésus, voyant la foule autour de lui, donna l’ordre de partir vers l’autre rive du lac.
Un scribe s’approcha et lui dit : « Maitre, je te suivrai partout où tu iras. »
Mais Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête. »
Un autre de ses disciples lui dit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. »
Jésus lui dit : « Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts. »
Commentaires :
Un scribe s’approche de Jésus et lui dit : « Je te suivrai partout où tu iras. » Parce que nous connaissons Jésus, nous croyons l’avoir trouvé et être rendus là où il est, pourtant nous en sommes encore bien loin sans le savoir. Ce que nous voyons de lui, c’est souvent une projection de ce que nous croyons être sans l’être.
Le père supérieur du monastère de Saint Charbel raconte comment de jeunes moines qui débutent dans cette vie pensent en quelques jours être comme saint Charbel, ce moine maronite du Liban.
Pierre affirmait haut et fort qu’il suivrait Jésus partout où il ira et jusqu’à la mort si cela était nécessaire. « Seigneur, je suis prêt à aller avec toi et en prison et à la mort. » Mais Jésus lui dit : « Je te le dis, Pierre, le coq ne chantera pas aujourd’hui que tu n’aies, par trois fois, nié me connaître. » (Lc 22, 33-34)
Les renards ont des terriers et le coq a l’aurore pour chanter. Ils sont ce qu’ils sont dans la création, ils sont soumis à la loi qui est inscrite en eux et ne peuvent y déroger.
Mais le Fils de l’homme, lui qui est le Fils de Dieu, lui qui est la liberté même, est venu se livrer librement et par amour dans la volonté au dessein d’amour du Père par la puissance de l’Esprit qui procède du Père et du Fils. Il est venu librement dans un corps, dans la volonté libre du Père et la liberté de l’Esprit, « lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 13) C’est ce Jésus qui est la liberté même que rencontre ce scribe, liberté se faisant esclave pour nous afin de libérer notre liberté intérieure et nous appeler à le suivre sur le chemin de l’offrande libre de soi pour les autres avec lui dans la volonté du Père et par l’Esprit. Une offrande avec celui qui s’offre pour nous, avec le Père qui offre son Fils pour nous, avec l’Esprit qui s’offre à nous dans le don de Jésus afin de nous faire renaitre par lui et nous faire entrer dans l’unité de Dieu comme enfants du Père. C’est par lui que notre liberté de nous offrir avec lui se délie des attaches du péché qui nous enchaîne dans la prison de notre solitude sans Dieu le Père et tous les autres.
Pierre pense qu’il est capable par lui-même d’avoir la liberté de le suivre, il découvrira vite la lourdeur de ses chaînes dans la cour où il se chauffe près du feu pendant que retentissent à tue-tête les coups de fouet sur le corps libre de Jésus. « N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples? » Lui le nia et dit : « Je n’en suis pas. » Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l’oreille, dit : « Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui? » De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. » (Jn 18, 25-27) La lourdeur des chaînes qui retiennent la liberté de Pierre se fit sentir plus fortement que le chant criard du coq au soleil levant dans le cœur de Pierre. La faute d’Adam était bien présente en lui et il n’arrivait pas à répondre à la question : « Oui, je le connais. » Oui, oui, et je suis prêt à mourir avec lui. Pierre au contraire entend sortir de sa bouche, du fond de sa geôle intérieure, un non et un autre et un autre. « Je trouve donc cette loi en moi : quand je veux faire le bien, le mal seul se présente à moi. En fait je prends plaisirs dans la loi de Dieu, du point de vue de l’homme intérieur, mais je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la loi de ma raison et qui me rend captif de la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux que je suis! Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort? (Ro 7, 21-24)
Qui délivrera ma liberté intérieure, qui fera que je ne réduirai pas ma vie à mon corps que la mort appelle? Qui fera que je pourrai dire oui quand je veux dire oui pour mettre au monde celui que je dois être en Dieu? Qui me donnera de conquérir ma liberté intérieure et me dégager de tous les déterminismes de mes automatismes et de mes réflexes de survie en cette vie qui passe ? Qui fera que je me dépasse pour sortir de ma dépouille, de mon cadavre, pour entrer dans la vie ?
Pierre, pour qui le Christ Jésus a prié afin que sa foi ne sombre pas et qu’il puisse témoigner, nous le dit : “Or, c’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a pas commis de faute — et il ne s’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche; lui qui insulté ne rendait pas l’insulte, souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge avec justice; lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice; lui dont la meurtrissure vous a guéris. Car vous étiez égarés comme des brebis, mais à présent vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes.” (1 Pi 2, 21-25)
Jésus, la liberté même, se rend esclave pour nous ouvrir le chemin de la conquête de notre liberté intérieure, afin de renaître par lui et demeurer libres en demeurant en lui. “Comment un homme peut-il naître, étant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître?” Jésus répondit : “En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit.” (Jn 3, 4-6) “Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera.” (Jn 8, 31-32)
“Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père.” Jésus lui dit : “Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts.” Laisse ceux qui réduisent leur vie à leur corps en le dépouillant de la liberté de se donner par amour avec celui qui se livre par amour pour nous libérer de l’emprise de la loi du péché et de ce qui mène à la mort.
“Suis-moi », dit Jésus. ‘Je suis le Chemin.’ ‘Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.’ (Jn 6, 55)
Pour suivre le chemin, il faut le manger afin que celui qui suit le chemin demeure en Jésus qui est le Chemin et que Jésus demeure en lui.
‘Maître, je te suivrai partout où tu iras.’ Comment suivre celui que nous ne pouvons voir? C’est la foi qui permet de voir Jésus et de le suivre en le faisant demeurer en nous par sa parole de vie et son pain de vie. La foi purifie et grandit en celui qui veille et qui prie sans cesse pour devenir un arbre dans lequel les oiseaux du ciel viennent se faire un nid.
‘Le Royaume des Cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est bien la plus petite de toutes les graines, mais, quand il a poussé, c’est la plus grande des plantes potagères, qui devient même un arbre, au point que les oiseaux du ciel viennent s’abriter dans ses branches.’ (Mt 13, 31-32)
NDC