2 mai, Jn 15, 1-8 : L’ancien et le nouveau cépage.

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Évangile :

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève; tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie, pour qu’il donne davantage. Mais vous, déjà vous voici nets et purifiés grâce à la parole que je vous ai dite : < Demeurez en moi, comme moi en vous.> De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, il est comme un sarment qu’on a jeté dehors, et qui se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.

Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit : ainsi, vous serez pour moi des disciples. »                                             

Commentaires :

L’astre solaire fait oublier son côté obscur sous sa lumière qui chauffe la peau et donne de la couleur aux paysages. Pourtant, le côté sombre est bien présent. Celui qui abuse de cette lumière sans se protéger risque de développer un cancer de la peau. Le soleil peut donner la mort sans pitié.

 Cette mort rôde partout comme une bête à la recherche de sa proie quotidienne pour nourrir la faim insatiable de l’abîme de ses entrailles. Cette mort infatigable qui digère dans le matin blême de pays en guerre, au bruit de ses canons et au sifflement du fusil des snippers, le corps des enfants. Cette mort attirée par les cris de peurs, par les rivières de larmes, n’a de cesse d’émonder la terre de ses enfants. Elle arrive à couvrir de son ombre tous les attraits de l’amour et de la paix et à faire éclater la lumière de la haine et de la vengeance dans les cœurs. Elle injecte l’illusion que la vie est victorieuse en tuant des ennemis.

Chez nous, elle appelle les esprits épuisés à venir se cacher dans ses caveaux pour mettre fin à leur tristesse. Elle parvient à faire croire que la froideur de son abîme met fin à toute détresse. Un jeune homme, ne pouvant plus supporter les rires de ses collègues, a couru dans un sous-bois se libérer de ces tortionnaires en se pendant à un arbre, un jour de printemps ensoleillé. Un cri silencieux qui marque à jamais l’âme de ses persécuteurs. Mais demain, il sera oublié et chacun retournera courir dans l’obscurité du soleil en pensant à son avenir. Il est bien planté sur notre terre cet arbre de mort. Il fait entendre chaque jour le chant de son feuillage et tend ses fruits empoisonnés aux mains en quête de réponses au sens de la vie.

« Moi, je suis la vraie vigne, dit Jésus et mon Père est le vigneron ». Il m’a envoyé sur cette terre planter l’arbre de la croix. En apparence, il est obscur avec son cadavre suspendu, mais avec le regard la foi, cet arbre est d’une lumière éclatante, une lumière qui redonne vie, il n’a rien d’obscur. Cet arbre porte fruit à toutes les saisons et pour tous les temps. Depuis déjà deux mille ans que le Père l’a planté et encore il nourrit une multitude.  

Il montre bien l’obscurité de notre condition humaine, car c’est bien un humain qui est suspendu à ce bois, il ne cache pas non plus que c’est bien le Fils de Dieu qui est là suspendu pour nous racheter : Vraimentceluici était Fils de Dieu » (Mt 27, 54).

 Entendez-vous le chant de cette sève dans l’arbre à l’apparence de mort? Écoutez bien, le chant de la vie! Jésus nous donne sa mère avant de descendre dans l’abîme ouvrir les portes scellées de la mort, cette mère de Dieu qui est de notre condition. Il remet son esprit dans les mains de son Père, ce Père que l’on voit en le contemplant. « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. » La vigne qui donne la vie, cette vie sur qui la mort et son cortège de mal n’a pas de prise.

Quel étrange spectacle que de se trouver devant ce cépage de vie éternelle et de le voir comme un arbre mort à jamais!

De la tombe jaillira la lumière, de la tombe sortira le vin de l’ivresse de la vie sans fin.

Le matin glauque devient aube de vie éternelle dans ce jardin près de la croix.

Heureux celui qui se greffera à cette vigne pour mourir d’amour pour les autres avec celui qui meurt pour nous tous. Il portera fruit avec lui. Malheureux celui qui ne voudra s’y greffer que pour sauver sa peau, il sera émondé. Rien de ce qui ne porte pas la vie sur l’arbre de vie ne peut y demeurer au risque de nuire à l’arbre tout entier.

« Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, il est comme un sarment qu’on a jeté dehors, et qui se dessèche. »,

Car celui qui veut sauver sa vie la perdra; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera. » (Luc 9, 18 – 24)

Mourir pour vivre, perdre sa vie pour la sauver, voilà la loi de l’amour qui vient de Dieu qui est la vie, et la vie est venue parmi nous se planter dans la mort, comme un glaive pour y mettre fin.

 « Quel avantage un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est en se perdant lui-même et en le payant de sa propre existence? Si quelqu’un a honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de lui, quand il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des anges. » (Lc 9, 25-26)

Quel cépage choisir pour trouver la vraie ivresse? Le cépage de ce monde ou le nouveau cépage qui coule de la vigne de la croix?

“Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit : ainsi, vous serez pour moi des disciples.”

NDC