2 nov, Mt 25, 31-46 : C’est maintenant le jugement!

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Évangile :
Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche.
« Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite :
« Alors les justes lui répondront :
‘Et le Roi leur répondra :
‘Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche :
‘Alors ils répondront, eux aussi :
‘Il leur répondra :
‘Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle.’
Commentaires :
Jésus parlait de sa venue dans la gloire. Pierre, Jacques et Jean comprenaient bien ce que signifiait la gloire du Fils de l’homme. Ils l’avaient vu sur la montagne du Thabor, transfiguré. Une lumière le traversait, rendant son vêtement d’une blancheur sans égale sur cette terre. Son visage irradiait d’une lumière de vie indicible en ce monde. La réalité invisible devenait visible à cette lumière et les trois disciples pouvaient voir Moïse et Élie échanger avec Jésus, plus encore, ils pouvaient entendre la voix du Père.

Ils voudraient bien partager cette expérience avec les autres, mais Jésus leur a bien dit de ne témoigner de cela qu’après sa résurrection. Ils ne saisissaient pas ce mot de résurrection. Tout allait si vite. Ils aimeraient comprendre tout de suite ce dont Jésus parle, ils n’y arrivent pas et pourtant ils ont foi en lui. Sa douceur, sa bonté, les œuvres qu’il fait ne peuvent venir que de Dieu.
Voilà que maintenant Jésus parle de sa venue dans la gloire, escorté de toutes les puissances célestes, siégeant sur son trône de gloire. Comment comprendre sa venue dans la gloire, sans saisir sa mort et sa résurrection? Ce qu’ils savent, c’est qu’ils ne veulent pas le quitter et s’il en est ainsi à sa venue, ils seront là, quelque part près de son trône. ‘Et Jésus leur dit : ‘Tous vous allez succomber, car il est écrit : Je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées. Mais après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée.’ Pierre lui dit : ‘Même si tous succombent, du moins pas moi! ’ (Mc 14, 27-28) Tous les disciples pensent comme Pierre, même s’il est le seul à exprimer sa fidélité indéfectible. Il n’y a que la foi pour les rendre aussi dociles à suivre sans trop comprendre. ‘Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre.’ (Jn 15, 3) La parole vivante prend racine en vous et se fait comprendre en son temps. La foi purifie le regard et donne goût à demeurer dans la lumière, à la reconnaître dans l’obscurité sans trop comprendre. Difficile paradoxe pour notre cœur, que les yeux de l‘esprit et les yeux du corps qui voient par les mêmes yeux. ‘Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu? ’ Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin d’avoir matière à l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. Comme ils persistaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : ‘Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre! ’ (Jn 8, 4-7) Les scribes et les pharisiens voient cette femme avec les yeux du corps. Ils portent les lunettes de la loi qui ne leur fait voir que la lettre et non l’esprit. Jésus, en se penchant vers le sol, leur fera voir avec des yeux éclairés par l’esprit. La femme elle-même ne se verra plus comme elle se voyait après que Jésus eut porté son regard sur elle. Jésus purifie notre regard parce qu’il nous fait voir de l’intérieur avec sa lumière de vie. Nous ne comprenons pas parce que nous croyons tout voir avec nos yeux et nous ramassons vite des pierres pour les lancer à l’autre. Nous croyons voir avec les lunettes de la loi, avec les lunettes de l’argent, avec les lunettes du pouvoir, du savoir. Nous croyons voir et nous ne voyons que dans les limites de ce que nous pensons voir : ‘Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu? ’ Qu’avons-nous à dire des pauvres, des malades, des étrangers, des prisonniers, des itinérants, des lépreux? Difficile de comprendre qu’un jour nous aurons à rendre compte aux pauvres avec qui nous avons refusé de partager. Difficile de voir la dignité du malade qui traîne dans les hôpitaux pendant que nous avons la santé depuis toujours.
Difficile de croire qu’un jour nous serons vus de la manière dont nous regardons les autres? Difficile de comprendre qu’il y aura un jugement et que l’enfant violé, tué, maltraité retrouvera son droit sur son agresseur qui toute sa vie a été dans les honneurs et a été enterré avec tous les honneurs.
‘C’est maintenant le jugement de ce monde; maintenant, le Prince de ce monde va être jeté dehors; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » (Jn 12, 31-32) Le Fils de Dieu se fera Fils de l’homme, il choisira d’être le plus faible parmi les faibles pour être jugé par les forts afin de descendre là où sont les plus pauvres et par la puissance de Dieu, il leur rendra jugement dans sa mort aux mains des juges de ce monde. Terrible puissance qu’une puissance qui est plus puissante que toutes les puissances de ce monde dans la pauvreté et la faiblesse. Vous voyez cet homme sur la croix! Que nous dit-il? ‘Je vous aime’. Aimez-vous les uns, les autres comme je vous ai aimés.
‘Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs oeuvres étaient mauvaises. Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient démontrées coupables, mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses oeuvres sont faites en Dieu.’ (Jn 3, 19-21)
Difficile pour Hérode de croire que ce Jésus pourrait être son juge et qu’un jour il pourrait lui demander des comptes sur son agir envers les Jean Baptiste de son monde, les pauvres, les lépreux, les femmes, les ouvriers, les serviteurs… Difficile pour Pilate de penser que ce jeune homme qu’il livrait à la flagellation, au couronnement d’épines, à la crucifixion, serait l’homme qui serait le premier-né d’entre les morts pour le salut de tous. Sa femme pourtant voyait bien briller sa lumière sous sa couronne d’épines, sous son dos déchiré par le fouet : ‘Ne te mêle pas des affaires de ce juste : j’ai fait un rêve pénible à son sujet’. (Mt 27,19)
La question est de savoir comment nous en arrivons à devenir aveugles de coeur aux autres et à l’amour du crucifié qui devrait nous attirer à sa lumière pour se chauffer dans ce monde d’injustices inévitables.
Il y avait une femme qui tenait un bordel avec de jeunes enfants, de jeunes filles de huit ans. Une histoire vraie racontée dans le livre ‘Mission impossible sans Elle.’ Avec les frères Jaccard, d’Anne Saint Raphaël, éd., Le livre Ouvert.
Je vous transcris seulement le moment où cette femme a fermé son cœur, ce moment où elle se rendait aveugle ou plutôt où elle ne voyait plus que son profit. Cette femme avait dix-sept ans, elle avait été utilisée pour ce commerce et maintenant c’est elle qui entreprenait de faire de même pour gagner sa vie. Elle pleurait à ce moment, mais : ‘Une copine m’avait dit : Surtout, tu t’blindes en dedans. Faut qu’ce soye béton! Après, tu verras, on sent plus rien. Et, on s’bousille pas comme celle qui se shootent! » (p. 240-41) Deux solutions pour ne plus rien sentir devant la croix ou devant le prochain : s’emmurer le cœur dans le béton ou se shooter, se droguer au pouvoir, avec la lettre de la loi, avec le savoir, l’argent évidemment et toutes ces collections qui nous gardent à l’abri du regard des autres.

‘Il leur répondra :
Cette femme, teneuse de bordel, qui droguait les enfants pour rendre ce service, les attachait à une chaise pour que le client ne les trouve pas trop en sommeil, cette femme a vu son mur s’effondrer en entendant sa propre fille lui dire un soir avant le coucher : «— T’es la plus gentille mama du monde! J’voudrais que toutes les petites filles, elles aient une mama comme toi!
Fallait voir. Jai plus de voix pour dire bonsoir aux enfants. Heureusement, ils remarquent rien et je fonce dans ma chambre, en larmes sur mon lit. Un vrai tsunami!
Je ne peux plus m’arrêter. Je sais pas comment expliquer ça. C’est comme un mur entier qui s’écroule dans mon cœur. » (p. 240)
Le regard de cette femme venait de s’ouvrir à la lumière de son cœur, lieu de la présence de Dieu qui est amour et qui ne détourne les yeux de personne. ‘Je vous aime’. Le commandement que je vous donne : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Celui qui aime ne craint pas le jugement.
NDC