20 août, Mt 19, 16-22 : ‘Maitre, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle?

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Évangile :

Quelqu’un s’approcha de Jésus et lui dit : « Maitre, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle? » Jésus lui dit : « Pourquoi m’interroges-tu sur ce qui est bon? Il n’y a qu’un seul être qui soit bon! Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » — « Lesquels? », lui dit-il. Jésus reprit : « Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne porteras pas de faux témoignages. Honore ton père et ta mère. Et aussi : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Le jeune homme lui dit : « Tout cela, je l’ai observé : que me manque-t-il encore? Jésus lui répondit : “Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi.” À ces mots, le jeune homme s’en alla triste, car il avait de grands biens.

Commentaires :

Quelqu’un s’approche de Jésus, raconte Matthieu, quelqu’un qui habituellement demeure loin d’un rabbi aussi proche de la population. Ce quelqu’un est bien établi et reconnu dans son milieu et il y trouve le nécessaire pour assurer son existence tant au niveau matériel que spirituel. Pourquoi ressent-il le besoin de s’approcher de Jésus tout à coup? Il ressemble à sa manière à Nicodème, un docteur en Israël, qui reconnait en Jésus un maitre dont il veut mieux connaitre l’enseignement : “Il vint de nuit trouver Jésus et lui dit : ‘Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maitre : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui.’ (Jn 3, 2) Ce quelqu’un, tout comme Nicodème, voit poindre une lumière de vie éternelle à travers les signes que Jésus accomplit parmi les pauvres à qui il enseigne. Ils s’approchent l’un comme l’autre sur la pointe des pieds de Jésus et de ce milieu de pécheurs qu’ils ne fréquentent jamais.

Jésus mange avec les publicains et les pécheurs. Ses disciples, selon le témoignage des leurs, manquent à la loi du lavage des mains et bien d’autres règles encore. Une horde d’estropiés de toutes sortes le poursuit pour obtenir guérison. Les pauvres sont ceux vers qui il s’empresse d’aller, de ville en ville, pour répandre son enseignement et leur prodiguer ses soins.

Ce quelqu’un est un jeune homme, le contraire de Nicodème qui était un vieil homme. L’un est riche en biens matériels, l’autre en connaissance de l’Écriture et pourtant, les deux ressentent le besoin de s’approcher de Jésus, de traverser la frontière interdite par leur milieu et de s’introduire dans le monde des pauvres et des pécheurs. Ils ne rencontrent aucune difficulté à y entrer, ce qui ne le serait pas le cas pour un pauvre qui voudrait s’introduire dans leur monde aseptique.

Le jeune homme tout comme le vieillard scrutent les Écritures pour obtenir la vie éternelle, car ils comptent conserver dans le monde à venir les mêmes acquis avec leurs privilèges que dans le monde présent et pour cela ils prennent les moyens pour l’acquérir.

Jésus a semé l’inquiétude par son enseignement et ses œuvres sur la validité du chemin qu’il empruntait pour avoir la vie éternelle.

‘Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage, et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie! De la gloire, je n’en reçois pas qui vienne des hommes; mais je vous connais : vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu; je viens au nom de mon Père et vous ne m’accueillez pas; qu’un autre vienne en son propre nom, celui-là, vous l’accueillerez. Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique.’ (Jn 5, 39-44)

Les pauvres viennent à lui, les publicains et les prostituées et ils croient en lui, les bien portants au contraire refusent de l’entendre et c’est l’exception chez ces gens-là qui s’en approchent seulement pour l’entendre avant de le condamner. Ils se bouchent les oreilles et grincent des dents lorsqu’ils l’entendent dire : ‘C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.’ (Mt 9, 13) Ils n’ont rien à faire de la miséricorde, ce qu’ils veulent c’est se payer le ciel avec des sacrifices et toutes sortes de pratiques semblables.

Le jeune homme s’approche de Jésus et lui dit : ‘Maitre, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle? ’ Est-ce que nous pouvons avoir la vie éternelle, comme nous possédons des biens en ce monde? Dieu serait-il quelqu’un qui vend la vie éternelle à ceux qui ont acquis des richesses pour l’acheter? Dieu serait-il un commerçant? Sa maison sur la terre, une boutique où l’on peut se procurer de quoi s’offrir le ciel avec des points gagnés à faire des sacrifices.

Qu’est-ce que la vie éternelle?

‘Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.’ (Jn 17, 1-3) La vie éternelle n’a rien d’un avoir, elle est donnée par le Père en Celui qu’il nous envoie pour redonner vie à la vie que nous avons perdue en nous par le péché d’Adam. Il voulait être dieu sans Dieu, comme un enfant qui voudrait être son propre père. Il n’a trouvé que la mort au bout de son aventure.

L’héritier d’Adam ne peut atteindre la vie éternelle par ses propres forces. Il ne peut trouver de chemin pour monter au ciel et se réconcilier avec Dieu. Dieu a donné une Loi par Moïse afin de nous préparer à reconnaitre et à croire en celui qui viendrait en son Nom pour nous faire renaitre à la vie éternelle comme enfants de Dieu.

Dieu seul est bon et personne par sa pratique de la loi ne peut atteindre la perfection de cette bonté qui est vie, amour et miséricorde.

Le jeune homme ne comprend pas ce que Jésus veut lui faire saisir en lui disant que Dieu seul est Bon. Il demeure étonné, sans avoir à redire. Jésus lui demande alors : Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements.” — Lesquels, demande-t-il à Jésus? Comme si l’entrée dans la vie était une course à obstacles qu’il devait apprendre à franchir pour y arriver. Jésus lui présente les interdits et à la fin, il présente le commandement de l’amour du prochain : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Le jeune homme n’entend pas plus ce que Jésus veut lui faire comprendre et il déclare tout de go : « Tout cela, je l’ai observé : que me manque-t-il encore? » Y a-t-il un autre obstacle dans ta doctrine pour que j’atteigne la vie éternelle? Jésus ramènera le jeune homme sur terre, de cette terre d’où il vient et où il retournera s’il ne se convertit pas à la foi en celui qui vient du Père pour donner la vie éternelle.

Si tu veux être parfait, avoir la santé parfaite, sur laquelle la mort avec son cortège de maladies n’aura jamais prise, si tu veux la paix que rien ne pourra troubler, la joie que nul ne pourra te ravir, si tu veux cette perfection du Père, car lui seul est parfait, il faudra que tu meures avec celui qui va mourir pour toi au nom du Père afin de te donner sa vie, la vie éternelle. Ce n’est pas la pratique de la loi qui peut t’obtenir la vie parfaite que tu cherches.

« Par quel genre de loi? Celle des oeuvres? Non, par une loi de foi. Car nous estimons que l’homme est justifié par la foi sans la pratique de la Loi. Ou alors Dieu est-il le Dieu des Juifs seulement, et non point des païens? » (Ro 3, 28-29) Dieu serait-il seulement le Dieu de ceux qui pratiquent la loi, de ceux qui sont bien portants? Il est Dieu et Père de la multitude et c’est pour tous qu’il envoie son Fils donner sa vie pour eux afin que ceux qui croient en lui obtiennent la vie éternelle.

« Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera. » (Mt 16, 25) « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. » Le jeune homme ne comprend pas la beauté et la joie de ce renoncement, il est trop possédé par le bonheur que lui apportent ses richesses et il reste aveugle au trésor que Jésus ouvre sous ses yeux.

Il ne voit pas la gloire de celui qui s’offre sur la croix pour nous afin de nous élever à sa dignité d’enfants de Dieu. Il n’entend pas que Dieu seul est bon, Dieu seul est parfait, Dieu seul peut descendre sur terre pour nous faire monter là où il est. Son cœur reste imperméable comme une pierre couverte d’or à ce déluge d’amour : « Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. » (Jn 3, 13, 16)

Il n’entend pas la voix de la multitude chanter la gloire de l’Agneau immolé à qui appartient toute richesse et puissance. L’évangéliste Jean a entendu ce cri de la multitude ne pouvant se contenir devant tant d’amour : « J’entendis la voix d’une multitude d’Anges rassemblés autour du trône, des Vivants et des Vieillards — ils se comptaient par myriades de myriades et par milliers de milliers! — et criant à pleine voix : “Digne est l’Agneau égorgé de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la louange.” Et toute créature, dans le ciel, et sur la terre, et sous la terre, et sur la mer, l’univers entier, je l’entendis s’écrier : “À Celui qui siège sur le trône, ainsi qu’à l’Agneau, la louange, l’honneur, la gloire et la puissance dans les siècles des siècles!” (Ap 5, 11-13)

Le jeune homme s’en alla triste au milieu des cris de joie pour retourner à la frénésie de son pouvoir de consommation.

Normand Décary-Charpentier