20 déc, Lc 1, 26-38 : L’ange Gabriel est envoyé par Dieu à Marie!

 In Méditer les écritures

Évangile :

Au sixième mois d’Élisabeth, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph; et le nom de la jeune fille était Marie.

L’Ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’Ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut : le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

Marie dit à l’Ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge? » L’Ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois alors qu’on l’appelait : < la femme stérile>. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

Alors l’Ange la quitta.

Commentaires :

À l’ère de la technologie et de la communication, nous savons par expérience qu’il est vraisemblable de vouloir et pouvoir transmettre en temps réel une information à une personne très éloignée. Cet ami pourrait se trouver dans un vaisseau spatial s’éloignant de la planète que nous serions à même de le rejoindre. Aujourd’hui, des milliards d’informations voyagent sur la planète. Nous pouvons discuter avec un proche qui se trouve à l’autre bout du monde en voyant son image sur écran. Une savante technologie s’occupe de la transmission de ces données et la plupart des gens n’ont aucune idée du mode de fonctionnement de cette machine planétaire, avec ces satellites, ces ondes, ces réseaux, etc. Tous les jours, nombre de gens qui ne nous connaissent pas, peuvent venir frapper à la porte de notre écran pour de multiples raisons intéressées.   En mars 1999, 150 millions d’internautes voyageaient dans ce cyberespace, aujourd’hui ce trafic double à tous les trois mois.

Malgré toutes ces communications, le vieillard dans sa petite chambre n’est pas moins seul, tout comme l’adolescent devant son écran. L’un et l’autre ne sont en contact qu’avec des images, une représentation, sans odeur, ni goût qui ne peuvent faire accéder à une relation réelle. La machine technologique ne peut faire grandir la dignité de l’être humain, tout comme l’argent ne peut acheter sagesse et amour. Un objet est un objet et la personne est une personne. Nous ne pouvons servir à la fois, l’un et l’autre. « Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent. » (Mt 6, 24) La technologie tout comme l’argent doivent être au service de la personne, car rien ne peut remplacer le sourire de Mère Térésa auprès des mourants, rien ne peut se substituer à la générosité des deux frères prêtres, Raymond et Pierre Jaccard, auprès des lépreux. L’odeur putride du lépreux ne passe pas à l’écran, les conditions de vie de ces malheureux ne rejoignent pas le cœur. Il faut passer du cyberespace à l’espace actuel pour tendre la main à celui qui n’en a plus.

Mais où est le rapport avec l’Annonciation? Un Ange est envoyé par Dieu auprès d’une jeune fille. Ce n’est pas un courriel que Dieu envoie, mais c’est un Ange. Il faut savoir que le nom d’anges désigne leur fonction, porteurs de messages. Ce n’est pas une technique que Dieu emploie, c’est un être spirituel qu’il envoie pour porter un message à une jeune fille de Galilée. « Ce n’est pas un ange quelconque, c’est l’Archange Gabriel qui est envoyé : il convenait que pour annoncer le mystère qui est le sommet de toutes choses, un des anges les plus élevés fût envoyé. Gabriel veut dire : “la force de Dieu”; il fallait que la force de Dieu annonçât ce Dieu des vertus qui venait détruire l’empire des esprits mauvais (saint Grégoire le Grand : homélie XXXIV).

Si nous parvenons à transmettre des messages d’un bout à l’autre de notre planète en temps réel, il est tout aussi vraisemblable que Dieu envoie du ciel l’un de ces messagers. Ce n’est pas seulement une inspiration que doit recevoir Marie, elle doit dire oui au projet de Dieu qui veut s’incarner dans la chair pour sauver l’humanité. Le messager recevra la réponse de Marie à l’invitation de Dieu et l’Esprit Saint la couvrira de son ombre pour actualiser la merveille de la venue de Dieu au sein de l’humanité. Tout le ciel est en émoi en contemplant un tel prodige. Il faut connaître Dieu pour savoir l’infinie miséricorde, l’amour démesuré qui se passe dans cette maison de Galilée. Personne ne connaît Dieu ici-bas. Il n’y a que celui qui vient de Dieu qui peut le connaître et c’est lui qui descend dans la chair, qui se revêt de notre humanité, sans éclat, ni splendeur. Les êtres spirituels qui sont toujours près de Dieu voient cette merveille et ils ne peuvent que s’enflammer toujours plus en contemplant tant d’amour.

Lorsque l’ange est près de cette jeune fille pour lui annoncer l’insupportable amour dont elle sera porteuse, il la révère et c’est là une chose inouïe. Une créature spirituelle et incorruptible qui honore un être corruptible. L’immortel s’épanche devant une mortelle. Le monde est en train de renaître. Dans la réalité non apparente au monde des apparences, l’éclat de la lumière surpasse tous les soleils, les chants des cœurs en feu devant cet amour sont d’une beauté que l’oreille ne peut entendre. Cette journée de l’engendrement de Jésus par l’opération de l’Esprit dans le ciel est semblable à ce que Jean l’évangéliste raconte lors de sa vision des noces de l’Agneau avec l’humanité : “Puis une voix partit du trône : ‘Louez notre Dieu, vous tous qui le servez, et vous qui le craignez, les petits et les grands.’ Alors j’entendis comme le bruit d’une foule immense, comme le mugissement des grandes eaux, comme le grondement de violents tonnerres; on clamait : ‘Alleluia! Car il a pris possession de son règne, le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout. Soyons dans l’allégresse et dans la joie, rendons gloire à Dieu, car voici les noces de l’Agneau, et son épouse s’est faite belle : on lui a donné de se vêtir de lin d’une blancheur éclatante’ — le lin, c’est en effet les bonnes actions des saints. Puis il me dit : ‘Écris : Heureux les gens invités au festin de noce de l’Agneau. Ces paroles de Dieu, ajouta-t-il, sont vraies.’ Alors je me prosternai à ses pieds pour l’adorer, mais lui me dit : ‘Non, attention, je suis un serviteur comme toi et comme tes frères qui possèdent le témoignage de Jésus. C’est Dieu que tu dois adorer. » (Apo 19, 6-10)

L’Ange est tout en admiration, en respect, en révérence devant celle qui inaugure ce projet et le ciel entier est en fête. ‘Je te salue, Comblée de grâce, le Seigneur est avec toi.’ Elle ne confond pas comme Jean l’évangéliste, l’ange avec le Seigneur. Elle connaît bien le Seigneur avec son regard de foi, elle le voit à travers le voile des Écritures qu’elle médite, qu’elle garde dans son cœur, qu’elle met en pratique. Elle attend le Sauveur qui viendra libérer le pauvre de la main des oppresseurs, qui relèvera l’humble et chassera les puissants. L’Ange voit le bouleversement de Marie à cette salutation, il reconnaît l’humilité de son Dieu, de ce visage, sa douceur. ‘Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut : le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin.’

La joie de Marie à cette nouvelle, c’est Élisabeth qui l’entendra. Son cœur chante en silence, explose d’allégresse. L’Ange voit que cette joie en Marie est adoration de Dieu et bonheur de voir l’humanité entière trouver chemin pour se libérer de cette vallée de larmes.

La lumière de la lumière qui a brillé en ce jour est toujours présente dans l’univers, comme la lumière du big-bang de l’origine de l’univers. Elle est toujours là cette lumière, car en ce jour, la lumière qui est la vie s’est faite chair. ‘Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jn 1, 14)

Rien n’arrête Dieu pour nous aimer et nous tirer de toutes souffrances, de tout ce qui est mort et division pour nous ramener dans l’unité des enfants de Dieu. Rien n’est impossible pour lui, tout est vraisemblable en cette naissance, car le but est de nous faire naître à la vie éternelle. L’Ange c’est pour nous qu’il vient, c’est à notre mère qu’il s’adresse. Il faut bien grand ouvrir les yeux de la foi que Dieu nous donne pour l’apercevoir dans cette crèche avec sa maman et son papa et l’adorer, car vraiment c’est lui qui mérite toute adoration et toute gloire au ciel et sur la terre pour les siècles.

Normand Décary-Charpentier

P.S : Référence du livre des frères Jaccard : Mission impossible sans lui, Préface du cardinal Barbarin, éd., Le Livre ouvert, 2011, 317 p.