20 janv, Mc 2, 18-22 : Les jeûneurs et les invités de la noce

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Évangile :

Comme les disciples de Jean Baptiste et les pharisiens jeûnaient, on vient demander à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, comme les disciples de Jean et ceux des kpharisiens? » Jésus répond : « Les invités de la noce pourraient-ils donc jeûner, pendant que l’Époux est avec eux? Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais un temps viendra où l’Époux leur sera enlevé : ce jour-là ils jeûneront.

“Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve; autrement la pièce neuve tire sur le vieux tissu et le déchire davantage. »’

‘Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres, autrement le fermentation fait éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves.’

Commentaires :

Les Pères du désert sont des hommes qui, dès le IIe siècle, ont souhaité se retirer dans les déserts d’Égypte et de Gaza afin d’y méditer la Parole de Dieu. De courtes anecdotes de ces pères circulaient entre les moines pour alimenter leur vie spirituelle. L’une de ces paroles des Pères du désert raconte ceci : ‘Un frère demanda à un ancien : ‘Comment puis-je trouver Dieu? Est-ce dans les jeûnes, dans les travaux, dans les veilles, ou dans les œuvres de miséricorde? ’ Il répondit : ‘Dans tout ce que tu dis, et dans le discernement; car beaucoup, je t’assure, ont maltraité leur chair, mais, manquant de discernement, ils s’en sont allés sans avoir rien gagné. Le jeûne empeste notre bouche; nous savons les Écritures et récitons tous les psaumes par cœur; pourtant, ce que Dieu recherche, nous ne l’avons pas : je veux dire l’humilité.’

Cette humilité qui manque si gravement au pharisien de la parabole : ‘Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers.’ (Lc 18, 11-12) Il jeûne deux fois la semaine, il se couvre la tête et le visage de cendres pour bien se faire voir et recevoir mérite de la part des autres. Nous entendons bien dans l’action de grâce du pharisien qu’il s’attribue le mérite d’être ce qu’il est par son mépris pour les autres. À s’élever au-dessus de ceux qu’il montre du doigt, comment verra-t-il celui qui s’anéantit pour venir le sauver? Comment verra-t-il son Seigneur qui sera traité comme un criminel pour le libérer de ses chaînes? « Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis!’   Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non. » (Lc 18, 13-14) Ce dont Jésus fait l’éloge chez le publicain c’est de n’avoir de mépris pour personne et d’implorer Dieu de le transformer pour le bien de tous. « N’accordez rien à l’esprit de parti, ne faites rien par gloriole, mais que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi; ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais plutôt que chacun songe à ceux des autres. » (Ph 2, 3-4) Incompréhensible humilité que cette considération des autres comme supérieurs à soi si nous la pratiquons comme le jeûne du pharisien en nous croyant à la hauteur d’autant d’abaissements pour nous élever. Si nous croyons la pratiquer parce que deux fois par semaine nous recevons un mendiant à la table. Incompréhensible humilité si nous la rejetons parce que nous y voyons une dégradation de notre identité et une mésestime maladive de soi. Jésus ne nous demande-t-il pas d’épouser la cause des autres, de ne pas vouloir de paradis sur terre ou au ciel sans les autres, tous les autres? Nous parlons d’amour, nous parlons de rivalité d’amour et non de compétitions pour une couronne qui passe.

Il faut écouter la suite du texte de Paul pour constater qu’avec Jésus, qui est le Fils de Dieu, l’Éternel, l’Infiniment bon, la Sagesse éternelle, il parle d’anéantissement du Fils de Dieu pour nous élever à sa gloire. Il vient se faire l’Époux de chacun… ‘Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix! Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père. » (Ph 2, 5-11)

L’humilité de Jésus à notre égard n’a rien d’une dégradation de son identité divine. Au contraire, il nous dévoile son essence qui n’est qu’amour et nous pouvons avancer en toute confiance vers lui pour retrouver notre dignité. Comment ne pas s’abaisser avec lui dans cet abîme de miséricorde et voir en l’humilité ce qui nous donne le « pouvoir de devenir enfants de Dieu. » Comment ne pas estimer les autres supérieurs à soi sans crainte de se perdre ?

« Revenez à moi de tout votre coeur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. Déchirez votre coeur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. Qui sait? S’il revenait? » (Joël 2, 12-13) Il est venu, il est là dans la mangeoire à préparer le repas de la noce, il est là sur la croix à s’ouvrir le cœur pour faire naître son Épouse et l’amener sous sa tente.

Entendez-vous toute la dureté de la question de ces pharisiens à Jésus : ‘Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, comme les disciples de Jean et ceux des pharisiens? ’ Entendez-vous toute la tendresse de la réponse de Jésus : ‘Les invités de la noce pourraient-ils donc jeûner, pendant que l’Époux est avec eux?’

‘Ton créateur est ton époux, Yahvé Sabaot est son nom, le Saint d’Israël est ton rédempteur, on l’appelle le Dieu de toute la terre. Oui, comme une femme délaissée et accablée, Yahvé t’a appelée, comme la femme de sa jeunesse qui aurait été répudiée dit ton Dieu. Un court instant je t’avais délaissée, ému d’une immense pitié, je vais t’unir à moi. Débordant de fureur, un instant, je t’avais caché ma face. Dans un amour éternel, j’ai eu pitié de toi, dit Yahvé, ton rédempteur. » (Is 54, 5-8)

Ils n’entendent rien à tout cet amour, à ce vin nouveau, si nouveau qu’il n’en a jamais existé sur terre. Ils voudraient coudre la mort avec la vie et se contenter d’une longue vie prospère. Il n’en est pas question. La mort disparaîtra, l’Époux est là : « Celui qui siège sur le trône étendra sur eux sa tente. Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil ni par aucun vent brûlant. Car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. » (Ap 7, 15-17) Fini les outres remplies de larmes, fini les vêtements de deuil, la grande noce est à la porte, le temps du jeûne est pour ceux qui l’imiteront pour le faire vivre en eux.

Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle — car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus. Je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône : ‘Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé.’  Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : ‘Voici, je fais l’univers nouveau.’ (Ap 21, 1-5)

NDC