21 avril, Jn 6, 30-35, Tout de suite!

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Évangile :

Après la multiplication des pains, la foule dit à Jésus : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et le croire? Quelle œuvre vas-tu faire? Au désert, nos pères ont mangé la manne; comme dit l’Écriture : il leur a donné à manger le pain venu du ciel. »

Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous de ce pain-là, toujours. »

Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. »

Commentaires :

Encore! Encore! Disent les enfants à la suite d’un dessert. Encore et tout  de suite! Ils en veulent tout de suite et encore sans penser à remercier pour ce qu’ils ont déjà dévoré. Ils voudraient toujours être dans l’agréable, le sucré, ignorants des causes néfastes sur leur santé. Beaucoup d’adultes sont toujours dans le encore, tout de suite et toujours. Plusieurs d’entre eux développent des dépendances de toutes sortes comme vous le savez. Ils sont comme des enfants laissés à eux-mêmes qui n’arrivent pas à discerner le bien, le bon, le vrai à long terme. Ils sont comme plongés dans le bonheur immédiat. Ils veulent tout, tout de suite. La roulette tourne au casino, le cœur bat, la fortune est toute proche dans leur esprit, le temps s’arrête, la petite bille chante en passant d’un chiffre à l’autre, le silence. Qu’importe que ce soit un chiffre gagnant ou perdant, nous sommes toujours un perdant à vouloir tout, tout de suite. Il n’y a pas de fleur instantanée, il n’y a rien de vrai, de beau, de bon qui soit instantané. Un diamant se forme avec des années, tout comme la perle dans le coquillage.

Notre monde technologique nous donne l’illusion que nous pouvons passer d’un monde à un autre instantanément. Heureusement que le réel ne fonctionne pas avec une manette, sinon les paysages n’en finiraient pas de se modifier devant nous.

La foule dit à Jésus à la suite de la multiplication des pains… » Encore, encore du pain, tout de suite et pour toujours. » Elle le provoque même pour s’assurer de l’obtenir : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et le croire? Quelle œuvre vas-tu faire? Au désert, nos pères ont mangé la manne; comme dit l’Écriture : il leur a donné à manger le pain venu du ciel. » Au désert, leurs pères ont mangé du pain venu du ciel pour tout le temps de la traversée du désert. La foule sait que le peuple a aussi obtenu de la viande par ces plaintes : « J’ai entendu les récriminations des fils d’Israël. Tu leur diras : “Après le coucher du soleil, vous mangerez de la viande et, le lendemain matin, vous aurez du pain à satiété. Vous reconnaîtrez alors que moi, le Seigneur, je suis votre Dieu.” » Le soir même surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. » (Ex 16, 12-13) La foule veut tout et tout de suite comme au temps de la libération d’Égypte. Est-ce que le peuple avec ce pain et cette viande a été plus fidèle, plus croyant? Pendant que Moïse était sur la montagne, Aaron en bas avec le peuple « reçut l’or de leurs mains, le fit fondre dans un moule et en fit une statue de veau; alors ils dirent : “Voici ton Dieu, Israël… » (Ex 32:4)

Où était le cœur du peuple malgré la grandeur des signes obtenus par Moïse pour le garder dans la volonté de Dieu? Son cœur était toujours dans le tout de suite, dans la recherche du bonheur extérieur immédiat, dans l’ivresse du pari. « Seigneur, je ne Vous trouvais point dehors, parce que je Vous cherchais mal dehors, Vous qui étiez dedans. » (Soliloques [ch. XXXI] Le Verbe de Dieu a beau être visible aux yeux de ceux qui lui demandent un signe, le Verbe ensemble avec le Père et l’Esprit Saint, est essentiellement caché dans le centre intime de l’âme.

« Véritablement, Vous êtes un Dieu caché » (Isaïe, XLV, 15). Un Dieu caché qui ne joue pas à la cachette, car il se montre en Jésus pour nous conduire au bonheur que nous cherchons avec tant d’ardeur. C’est du dedans que nous pouvons voir celui qui est au-dedans et qui veut se faire nourriture pour faire grandir notre dedans afin que le Père vienne faire sa demeure en nous, avec lui dans l’Esprit. « Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils qui lui demande un poisson? Ou un scorpion, quand il demande un oeuf? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent! » (Lc 11, 11-13)

Jésus répond à la foule qui lui demande un signe pour voir et croire : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »

Ils ne comprennent toujours pas, car ils veulent tout, tout de suite. Ils veulent de ce pain qui donne la vie au monde sans attendre, sans chercher à comprendre, sans faire le silence pour aller au dedans et voir celui qui parle devant eux. « Seigneur, donne-nous de ce pain-là, toujours. » Ils veulent d’un pain qui n’a rien à voir avec le pain dont Jésus leur parle, comment pourraient-ils le croire et voir le signe? « Comme des enfants nouveau-nés, désirez le lait non frelaté de la parole, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut, si du moins vous avez goûté combien le Seigneur est excellent. » (1 Pierre 2:2 -3)

La foule ne voit pas le signe de la croix qui se dresse, four qui prépare le pain de vie qui nourrira la relation de l’être humain à Dieu présent en lui pour lui assurer la vie éternelle. Elle veut tout, tout de suite, et chacun dans la foule ne pense qu’à soi. Qui pouvait se préoccuper de ceux qui viendraient en l’an 2011 dans cette foule? Jésus ne vient pas pour un petit nombre, il vient pour être nourriture de vie éternelle pour toute l’humanité jusqu’à la fin des temps. Jésus nous libère du tout, tout de suite qui n’enlève en rien la soif, ou la faim. Il vient nous donner un pain qui enlève la faim à jamais, un breuvage qui enlève la soif pour toujours. Ce n’est qu’ainsi que nous entrons dans la plénitude de chaque instant. « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. »

Un tel pain dépasse tout ce que nous penserions demander d’un pain ou d’un breuvage. C’est ce pain que Jésus nous offre en mourant pour nous sur la croix. Qui peut voir de l’extérieur une nourriture de vie éternelle en ce corps crucifié sur un gibet? C’est du dedans que nous pouvons entendre celui qui est au-dedans, c’est avec les yeux de la foi que nous pouvons contempler le crucifié et nous exclamer avec le centurion : « Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu » [Mc 15, 39)

« Découvre-moi Ta présence,

Que la vision de Ta beauté me tue!

Qui pour l’amour est en peine

Guérir ne peut, Tu le sais,

Qu’en présence du visage de l’Aimé. »

Saint Jean de la Croix, Cantique spirituel, XIcouplet

« Véritablement, Vous êtes un Dieu caché » (Isaïe, 55, 15). Un Dieu caché dans le pain, un Dieu caché dans le pauvre, un Dieu caché qui n’est qu’Amour et que seul celui qui est blessé par l’amour trouvera comme source en lui pour demeurer dans l’amour sans désespérer.

« Qu’Il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, que le Christ habite en vos coeurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour.

Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu. À Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir, à Lui la gloire, dans l’Église et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles! Amen. » (Ephésiens 3:16 -21)

 

Normand D.C.