21 fév, Mc 8, 27-33, « Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je?

 In Méditer les écritures

Évangile :
Jésus s’en alla avec ses disciples vers les villages situés dans la région de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il les interrogeait : « Pour les gens qui suis-je? » Ils répondirent : « Jean Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres, un des prophètes. » Il les interrogeait de nouveau : « Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? Pierre prend la parole et répond : “Tu es le Messie.” Il leur défendit alors vivement de parler de lui à personne.
Et pour la première fois il leur enseigna qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cela ouvertement.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : “Passe derrière moi, Satan! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.”
Commentaires :
De Bethsaïde, Jésus se dirige vers les villages situés dans la région de Césarée-de-Philippe. Cette ville se nommait Panéas (en l’honneur du dieu Pan) au temps d’Hérode le Grand. Hérode avait bâti près de la Grotte au dieu Pan un temple en l’honneur d’Auguste. Philippe, son fils, vers l’année 2 avant Jésus-Christ, agrandit la ville et la rebaptise en l’honneur du même empereur César Auguste, du nom de Césarée. On ajoutait le nom de Philippe pour la distinguer de Césarée en Judée, résidence du procurateur romain (on a retrouvé en 1961 dans le théâtre de Césarée une inscription au nom de Ponce Pilate). La population était divisée en deux groupes, des païens en grande majorité et les juifs.
Jésus se trouve dans cette région où le culte à l’empereur côtoie l’observance de la Loi juive et l’attente du Messie. Il demande à ses disciples ce que les gens disent de son identité. Qui suis-je pour les gens?
Les réponses fusent venant des disciples, Jean Baptiste pour les uns, Élie, un des prophètes. Jésus ne s’attarde pas à ces affirmations. Comment pourrait-il être Jean-Baptiste? Il était déjà là à son départ. Aussi bien dire qu’il est un véhicule de l’esprit de Jean.
Jésus ne cherche pas la controverse avec les dires des uns et des autres. Jésus est là pour chacun en ce monde, tout autant ceux qui sont morts, que ceux qui sont présents et ceux qui viendront à la fin des temps. Si les gens ignorent qui il est, Jésus connaît son identité de fils de Dieu envoyé par le Père de tout l’univers.
Saint Paul le dit bien aux Grecs en parlant de Dieu : ‘En effet, c’est en lui qu’il nous est donné de vivre, de nous mouvoir, d’exister; c’est bien ce que disent certains de vos poètes : oui, nous sommes de sa race.’ (Act 8,28)
Qui n’est pas de la race de Dieu? De cette race, nous en avons perdu la trace en voulant devenir dieu sans Dieu. Nous avons cru pouvoir vivre en provoquant la mort de Dieu, la rupture avec lui. ‘Vous ne mourrez pas’, disait le père du mensonge en désobéissant à Dieu. Il vous interdit ce fruit de peur que vous ne deveniez son égal sans lui, marmonnait-il.
‘Celui-ci, dès le commencement, a voulu la mort de l’homme. Il n’a jamais été dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il parle selon sa nature propre, parce qu’il est menteur et père du mensonge. (Jn 8, 44) Est-ce que le mensonge peut faire surgir la vie, le bon, le beau, le vrai, l’unité?
Jésus ne vient pas argumenter afin de convaincre Hérode, César, Pilate, le Grand Prêtre, les pharisiens qu’il a raison.
‘Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix.’
Pilate lui dit : ‘Qu’est-ce que la vérité?’ (Jn 18, 37-38)
N’est-ce pas ce mystère de la croix qui est la vérité qui nous dit que Dieu nous aime comme un Père : ‘De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.’ (Jn 3,14-16)
Il ne vient pas pour juger le monde et faire des procès comme on lui fait pour condamner.
Il vient sauver de la mort, du mal, de tout ce qui divise et ferme l’entrée dans l’unité de la vie divine. Qui peut sortir ses ancêtres de la tombe, qui peut sortir de la mort, l’enfant assassiné. Dieu est Amour. Dieu nous aime et il a tant aimé le monde qu’il a envoyé son fils unique pour faire de chacun de nous une fille et un fils unique : ‘Voici qu’à présent, dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches grâce au sang du Christ. C’est lui, en effet, qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait l’unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine. Il a voulu ainsi, à partir du juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la croix : en sa personne, il a tué la haine » (Eph. 2, 13-17).
Qui suis-je pour vous? Sans contredit, Pierre, en tant que juif dans l’attente du Messie, répond sur-le-champ : ‘Tu es le Messie.’ Pierre ne conçoit pas un Messie qui vient pour les juifs et les païens. Nous savons tout le débat qu’il aura avec Paul à ce sujet. Tu es notre Messie, pourrait-il dire d’une certaine manière, un messie qui vient rendre justice à son peuple sur les ennemis de toutes sortes.
Jésus lui défendra ‘vivement de parler de lui à personne.’ Pierre réduit la messianité de Jésus qu’à un temple de pierres comme celui de Jérusalem. Le Messie vient faire de chacun un temple que rien ne pourra détruire : ‘Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai.’ Les juifs lui répliquèrent : ‘Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais! ’ Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps. » (Jn 2, 18-21) Par lui, notre corps devient le temple de l’Esprit Saint : ‘Ne le savez-vous pas? Votre corps est le temple de l’Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur a payé le prix de votre rachat. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps.’ (1 Cor, 6,19-20)
Qu’est-ce que la vérité? Dieu n’est qu’Amour et l’amour est la vérité et dans la vérité aucun mensonge ne peut tenir.
Il vient pour créer un seul homme nouveau à partir du juif et du païen, et cela, au moyen de sa croix. Il vient tuer la haine et faire mourir la mort. Fini les querelles stériles qui divisent et renforcissent l’emprise du mensonge de l’origine qui nous disait que Dieu ne nous aimait pas, qu’il nous mentait.

Pour la première fois, Jésus enseignera aux disciples l’inaudible sagesse de la croix pour la raison humaine, l’inaudible amour pourrions-nous dire. Nous arrivons mal à être convaincus d’être aimés à ce point. ‘En lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu’ (Col. II, 3) des trésors insoupçonnés de son amour pour nous. Il enseigne que ce sera au moyen de la croix qu’il établira la réconciliation avec Dieu et mettra fin au mensonge par ce don ultime de lui-même. Dieu nous aime et c’est la vie en abondance qu’il vient nous donner par le Fils bien-aimé élevé sur la croix comme un criminel.
Pierre en perd le souffle d’entendre une telle énormité et ce sera par de vifs reproches qu’il s’adressera à Jésus.
C’est avec autant de vivacité que Jésus interpellera Pierre, tout en s’adressant à Satan. Tes pensées sont celles des hommes qui refusent de voir la souffrance et la mort et se combattent entre eux. Dieu veut descendre dans la souffrance et la mort armé du bouclier de l’amour, sans autre défense que de demeurer dans l’amour qui est la volonté du Père. Le père du mensonge craint de voir le Fils de Dieu descendre dans son royaume de la mort comme il le craint déjà ici-bas dans son empire : ‘Passe derrière moi, Satan! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.’

‘Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse : nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant juifs que grecs. Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes.’ (Cor 1, 22-26)
Qui peut comprendre ces trésors de sagesse sans se dépouiller d’abord de sa manière de voir, se convertir, se renverser de son cheval comme Paul au point d’en devenir aveugle avec ses anciennes façons de voir!
Ne crains plus la souffrance, Pierre! Ne crains plus les ennemis, Pierre! Ne crains plus les controverses pour savoir qui a raison!
Jésus vient descendre dans nos tombeaux pour nous en sortir, il descend dans la Haine pour nous faire retrouver l’unité en lui.

‘Je n’ai pas donné à entendre que je savais autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié (I Cor. II, 2).’
Aujourd’hui dans notre monde multiculturel, croyez-vous que Dieu aime moins? Croyez-vous qu’il vient juger les Hérode, les Pilate et les Grands Prêtres, les sportifs de notre temps?
Qui suis-je pour vous?

NDC