21 juillet, Mt 13, 10-17 : Savoir ce que nous ne savons pas!

 In Méditer les écritures

Évangile :

Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles? »
Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n’est pas donné. Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder qu’ils écoutent sans écouter et sans comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le coeur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n’entendent pas, que leur coeur ne comprenne pas, et qu’ils ne se convertissent pas. Sinon, je les aurais guéris! Mais vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent!
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.
Commentaires :

Comme une poule rassemble ses petits j’aurais voulu te rassembler Jérusalem, déclare Jésus. Il pleure sur Jérusalem, son affection tient de son alliance avec les pères de la foi, de la promesse faite à Abraham, Moïse, Jacob, Isaac.

Il voudrait bien reconnaître l’enthousiasme de David dans les yeux de l’un ou de l’autre, le cœur plein de générosité d’Abraham qui le reçoit sous le chêne de Mambré. Il ne ressent qu’indifférence, froideur, dureté autour de lui. Il ne renonce pourtant pas à leur adresser la parole de vie. Il utilise la parabole, cette forme de langage qui lance des histoires dans l’esprit et qui ne cesse de graviter autour de l’âme comme un satellite. La moindre ouverture d’une soucoupe réceptrice dans le cœur d’un distant, la parabole lancera les ondes de salut vers cette personne pour tout son être aux merveilles de Dieu. Combien d’années le monde a-t-il regardé le ciel en croyant que la terre était le centre de l’univers, que les étoiles étaient de grosses lampes suspendues dans le ciel, que la terre tenait sur des colonnes? Nous regardions le ciel sans regarder, croyant tout connaître. Encore aujourd’hui, nous pensons bien avec tous nos instruments scientifiques connaître l’univers, pourtant nous sommes porteurs de plus de questions sur l’univers, que de réponses! En plus, à force d’avancer dans nos connaissances, nous constatons que ce que nous ignorons est toujours plus important que ce que nous savons. En avançant dans nos connaissances, nous avançons encore plus dans le savoir de ce que nous ne savons pas.

“À vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n’est pas donné. Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance.

Celui à qui est donné de connaître les mystères du Royaume, c’est celui qui sait, ce qu’il ne sait pas et se fait petit devant les merveilles de Dieu. Cette humilité dans le savoir donne l’ouverture pour recevoir du seul qui sait, la connaissance des mystères de Dieu.

‘Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents, et de l’avoir révélé aux tout-petits. » (Mt 11, 26) Le petit sera dans l’abondance, car Dieu n’a de cesse de se donner à celui qui s’ouvre à la vie.

Savoir ce que nous ne savons pas, pour s’ouvrir à recevoir de Dieu, ce que lui seul peut savoir.

L’hymne de la liturgie des heures exprime bien cette perspective :

Dieu que nul oeil de créature 
N’a jamais vu,
Nulle pensée jamais conçu, 
Nulle parole ne peut dire,
C’est notre nuit qui t’a reçu : 
Fais que son voile se déchire. 

Fais que tressaille son silence 
Sous ton Esprit;
Dieu, fais en nous ce que tu dis, 
Et les aveugles de naissance
Verront enfin le jour promis 
Depuis la mort de ta semence. 

Tu n’as pas dit que l’homme croisse 
Vers son néant,
Mais tu as fait, en descendant, 
Qu’il ne se heurte à son impasse :
Tu as frayé le beau tournant, 
Où tout au monde n’est que grâce.

Dans le secret, tu nous prépares, 
Ce qui pourra 
Tenir ton jour quand tu viendras;
C’est là, dans l’ombre de ta gloire.
Que ta clarté filtre déjà, 
Et nous entrons dans ton histoire. 

Sème les mots qui donnent vie, 
Nous te dirons;
Regarde-nous. Et nous verrons; 
Entends Jésus qui te supplie.
Au dernier pas de création, 
Viens faire l’homme eucharistie!

Le cœur qui croit trop en savoir n’a plus rien à apprendre, il s’alourdit et s’enlise en ce monde et ses préoccupations. Cette personne se bouche les yeux pour ne pas voir autre chose et devoir changer, elle se fait dure d’oreille pour ne rien entendre. Il ne faut pas trop se poser de questions se dit-elle et se contenter de savoir ce qui est dans notre intérêt.

Heureux ceux qui se font petits et qui reconnaissent que ce qu’ils savent est si peu devant tout ce qu’il y a à connaître de l’amour de Dieu, de sa bonté. Heureux est-il, il pourra devenir un homme eucharistie, silencieux comme un pain dans la main.

Heureux vos yeux parce qu’ils voient les réalités qu’ils ne peuvent voir. Les prophètes et les justes auraient voulu le voir, mais le Fils de Dieu n’était pas encore venu dans la chair pour révéler Dieu et son amour pour chacun.

Heureux sommes-nous de voir dans le Pain de l’Eucharistie la présence réelle et d’y communier, bien que notre connaissance demeure muette devant une telle merveille céleste!

Normand Décary-Charpentier