21 nov, Lc 21, 1-4 : La veuve et le son de la Schoupheroth

 In Méditer les écritures

Évangile :

Comme Jésus enseignait dans le Temple, levant les yeux, il vit les gens riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc du trésor. Il vit aussi une veuve misérable y déposer deux piécettes.

Alors il déclara : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tout le monde. Car tous ceux-là ont pris sur leur superflu pour faire leur offrande, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Commentaires :

Jésus enseignait dans le Temple, il se trouve dans une partie du temple qui n’est accessible qu’aux Juifs. Cette cour est carrée, chaque côté est de 60 mètres. Tous les Israélites y sont admis. Nous pouvons voir les hommes et les femmes s’y promener librement. Toutefois, les femmes ne peuvent aller plus loin que cette cour, c’est pourquoi elle porte le nom de cour des femmes. Pour accéder à ce lieu à partir de la cour des Gentils, il y a treize portes dans une balustrade de pierre et devant les portes, il y a treize colonnes où est bien indiquée l’interdiction de passer aux païens sous peine de mort. L’avis est sur chaque colonne en grec et en latin. Après avoir traversé une des portes, l’Israélite passe un couloir d’environ 4 mètres et parvient à l’une des neuf portes de la cour des femmes, percé dans un mur de 11 mètres. En passant la porte, un portique et devant les portes treize troncs nommés Schoupheroth (trompettes), à cause du goulot étroit qui les couvrait. C’est là que les gens déposaient les offrandes pour les divers services du Temple. Évidemment, une somme importante de pièces faisait un vacarme dans la trompette, une musique de pièces toute à l’honneur de celui qui était près du tronc à ce moment. Les gens se retournaient au bruit pour regarder le généreux donateur. Il n’est pas inutile de dire que chaque tronc recevait les dons pour une fonction particulière dans le Temple. Les responsables du Temple indiquaient en langage hébraïque à quoi servaient les dons de chaque tronc. L’un servait à couvrir les dépenses de l’année, l’autre celui de l’année précédente. Sur un troisième, on pouvait lire : colombes et tourterelles. C’est là que Joseph, le père de Jésus avait déposé des pièces lors de la présentation de Jésus au Temple. Il y avait un tronc pour les holocaustes, un autre pour l’achat du bois servant au feu des sacrifices, un autre pour l’encens, pour le Sanctuaire. Les six derniers étaient destinés à des dons à volonté.

L’organisation de la gestion du Temple était bien rodée et les sommes amassées étaient importantes. Les gens riches étaient bienvenus et les autorités ne manquaient pas de les mettre à l’honneur pour les rendre toujours plus généreux.

Jésus n’est pas impressionné par le tintement des pièces qui glissent dans le goulot du tronc. L’argent est si trompeur qu’il parvient à se faire servir plutôt qu’à servir. « Si donc vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le malhonnête Argent, qui vous confiera le vrai bien? Et si vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le bien étranger, qui vous donnera le vôtre? Nul serviteur ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent. Les Pharisiens, qui aimaient l’argent, entendaient tout cela et ils se moquaient de lui. » (Lc 16, 11-14) Les pharisiens préféraient le son de l’argent dans le goulot du tronc que la parole de Jésus, le Fils du Dieu vivant qui leur enseigne que le vrai bien n’est pas dans le veau d’or. « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde et la bonne foi; c’est ceci qu’il fallait pratiquer, sans négliger cela. » (Mt 23, 23) La justice, l’amour, la miséricorde n’ont pas de prix, c’est pourquoi leur valeur est si élevée et qu’aucune fortune ne peut l’acheter.

« Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas le claironner devant toi; ainsi font les hypocrites, dans les synagogues et les rues, afin d’être glorifiés par les hommes; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit secrète; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Mt 6, 1-4)

Jésus lève les yeux et voit les gens riches se gonfler la poitrine dans leurs vêtements somptueux après leurs offrandes, il les voit chercher autour d’eux la rétribution à leurs gestes. « Mais malheur à vous, les riches! car vous avez votre consolation. Malheur à vous, qui êtes repus maintenant! car vous aurez faim. Malheur, vous qui riez maintenant! car vous connaîtrez le deuil et les larmes. Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous! C’est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. » (Lc 6, 24-26) Les apparences sont si trompeuses, c’est pourquoi l’argent est trompeur, il n’alimente que le paraître s’il n’est pas au service de l’être de celui qui en a la gestion.

Jésus lève les yeux et voit la veuve misérable, une femme sans artifice, sans attrait pour attirer le regard, une femme invisible aux passants. Qui porterait attention à cette pauvresse, à cet itinérant, à ce vieillard dans l’autobus à qui personne ne cède la place, à cet enfant mal vêtu dans la rue? Qui attribuerait quelques vertus à ces pauvres misérables que nous évitons de croiser dans la rue, de peur de quelques demandes? Jésus lève les yeux et voit cette veuve qui donne plutôt de demander, elle donne une pauvre pièce qui glisse sans tintement au fond du tronc. Qui prête de l’importance à ce don qui fait un bruit de frottement le long du goulot? Jésus qui vient se donner entièrement et cela jusqu’à la fin des temps, entend le son de la générosité de ce don. Jésus, qui vient sans artifice et attrait pour les apparences, voit cette femme. Lui, qui se cache dans un morceau de pain pour donner sa vie éternelle, entend bien la générosité du cœur de cette veuve qui n’en dort plus de ne pouvoir se donner entièrement à Dieu. Jésus voit dans le secret et il lui revaudra. . « Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit secrète; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Il lui revaudra, car son don tout entier, lui donnera de reconnaître sur le chemin de la croix celui qui se donnera tout entier pour sauver la multitude, pour ouvrir le Temple à tous, pour abolir les interdictions et les peines de mort à ceux qui veulent s’abreuver à la source de vie. La misérable veuve reconnaîtra l’Agneau de Dieu sur la croix, elle verra comme le centurion qui fend le cœur de Jésus que celui-ci est vraiment le Fils de Dieu. Elle reconnaîtra celui qui permettra enfin de pouvoir se livrer entièrement à Dieu et de se consacrer à son amour. Elle verra celui qui voit sa richesse et sa valeur et qui l’ouvre à la vie éternelle dans la joie de l’amour en unité avec tous.

« Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait : “Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Heureux êtes-vous, quand les hommes vous haïront, quand ils vous frapperont d’exclusion et qu’ils insulteront et proscriront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d’allégresse, car voici que votre récompense sera grande dans le ciel. C’est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.” (Lc 6, 20-23)

Heureux êtes-vous quand vous donnez en entier votre vie pour l’amour de Dieu et du prochain comme Dieu se donne en entier à chaque instant pour nous.

NDC