22 avril, Jn 6, 35-40 : Vous ne voulez pas me croire!

 In Méditer les écritures

Évangile :

Après avoir multiplié les pains, Jésus disait à la foule des Juifs : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif.

Mais je vous l’ai déjà dit : vous avez vu, et pourtant vous ne croyez pas. Tous ceux que le Père me donne viendront à moi; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors.

Car je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé. Or, la volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, car la volonté de mon Père, c’est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. »

Commentaires :

Après avoir multiplié les pains, Jésus déclare qui il est. Il dit qu’il est pain de vie, un pain qui enlève la faim pour toujours, un breuvage qui étanche la soif à jamais. Les dirigeants de ce monde lorsqu’ils parlent d’eux-mêmes ne se présentent pas comme du pain, mais comme ceux qui sont prêts à tout pour protéger le pain qu’ils ont sur la table et en avoir le plus possible.

Être du pain c’est se faire petit et sans défense dans le but de nourrir l’autre en vue du bien de l’autre sans rechercher son intérêt.

Ne faut-il pas être très puissant pour se rendre aussi vulnérable en se faisant pain? Ne faut-il pas être la richesse même pour se distribuer ainsi à travers les siècles gratuitement? Les riches de ce monde ne peuvent se substituer à l’économie d’un pays, ils ne peuvent donner leurs richesses sans s’appauvrir. « Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. » (2 Cor 8,9) La vraie richesse est inépuisable, elle s’enrichit en se donnant. La vraie puissance ne craint pas de se faire faible, de se livrer, de verser son sang, car aucune puissance ne peut vaincre son amour, même dans la mort, elle surgira en vainqueur. Fini le temps des assassins! Fini le temps de ceux qui oppressent! Fini le temps des bourreaux! Le Christ est parmi nous, pour rendre la vie à l’enfant tué, faire justice aux pauvres, guérir toutes maladies! Il est parmi nous, le pain de vie. Qui peut croire une telle merveille?

Vous voyez l’enfant qui dort dans son lit d’hôpital depuis de nombreuses années sans pouvoir jouer avec les autres enfants de son âge? Vous voyez cette femme qu’une suite interminable de malheurs poursuit? Vous voyez cet enfant sans nourriture, ce mineur qui s’enfonce sous la terre, cette mère qui cherche sa pitance dans un tas d’ordures. Vous voyez ce jeune poursuivi par le gout de mourir, cet autre qui se déguise en monstre pour cacher ses peurs, cet autre qui cherche l’ivresse pour perdre la tête et se croire heureux!

Il est fini le temps du malheur : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. »

Il y a tellement de canulars, de fraudeurs, de menteurs, de beaux parleurs dans notre monde du chacun-pour-soi. Les gens se ferment les uns à l’égard des autres, le soupçon est de mise. Rien de gratuit, pas de cadeau, tout le monde le sait que derrière une offre alléchante se cache un profit quelconque. Le doute n’est pas moindre envers Jésus. Son cadeau a beau être gratuit, il est tellement disproportionné par rapport à ce que nous connaissons. Un pain qui enlève la faim à jamais, un breuvage qui ôte la soif pour toujours. Quoi de mieux pour traverser le désert avec une telle nourriture et un tel breuvage? Jésus ne fait pas seulement se donner en nourriture, il se livre en rançon au mal et à la mort pour nous racheter à ces fléaux. C’est beaucoup trop, nous n’arrivons pas à y croire. Qui se préoccupe de nous en ce monde? Quel infortuné recevra du secours pour lui rendre la fortune? Un sportif de haut niveau visité par une maladie chronique sera vite oublié. Il devient sans intérêt. Nous sommes convaincus de l’indifférence des autres et nous cherchons à nous débrouiller seuls sans rien attendre. Combien de millions de personnes sont aujourd’hui sans nourriture et sans eau et qui s’intéresse à l’urgence de cette situation? Il y a des Amérindiens au Québec qui sont voisins des centrales électriques et ils n’ont pas l’eau courante ni l’électricité.

Pourquoi Jésus aurait-il du souci pour nous qui sommes sous l’emprise du mal et de la mort? Il a bien fait de nombreuses œuvres qui pourraient confirmer son dire. Malgré tout, nous demeurons limités dans notre capacité à dire oui, à prononcer un oui, sans regard en arrière, sans soupçon. Même ce « oui », Jésus veut nous le donner. Dieu a pris notre nature humaine pour l’assumer et rendre la nature humaine capable de dire « oui » à la volonté de Dieu par l’Esprit qui vient par lui.

Quelle merveille se passe sous nos yeux, une merveille à mettre un feu d’amour même dans le cœur de ceux qui gisent dans la mort! La planète et le moindre de ses arbres avec chacune de ses feuilles entendent le crépitement de ce feu de l’Esprit. L’arbre de la croix, cet arbre qui semble si triste avec ce corps suspendu et qui pourtant est si joyeux, car de là coule un fleuve d’eau vive, un fleuve dont les eaux sont comme le ventre d’une mère qui porte des milliards d’enfants. Un arbre au feuillage qui brille dans la lumière de la foi et qui passe inaperçu dans ce monde où la mort règne en maitre dans les mains du père du mensonge.

Quelle merveille se passe sous nos yeux en ce monde où tout semble aller si mal! Il ne faut pas marcher trop vite sur la route de l’instant qui passe. Il faut prendre le temps de regarder dans les yeux, l’autre, notre proche et lui dire : je t’aime. Je suis sûr que la mort n’aura pas le dernier mot. Il faut regarder notre enfant qui se meurt dans un lit d’hôpital et ne pas craindre de l’aimer et de pleurer en attendant de le revoir, car « la volonté de mon Père, c’est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. »  La volonté du Père de la vérité, c’est la vie, l’amour, la paix, la joie, la bonté, la douceur, c’est la victoire de la lumière sur les ténèbres. Il y a bien des croix qui s’élèvent partout dans nos vies, il y a des cadavres partout, qui peut le nier. Il y avait bien une croix sur le calvaire où un homme juste a été crucifié injustement. Le larron tout près reconnaissait cette injustice et il ne pouvait croire que cet homme pouvait avoir le même destin que lui après sa mort. Le temps des oppresseurs est terminé, le temps des dictateurs est révolu. Ils auront beau répandre la mort et l’injustice, les tombeaux se videront et chacun recevra un cœur qui battra d’amour pour l’éternité.

« Mais je vous l’ai déjà dit : vous avez vu, et pourtant vous ne croyez pas. » Pourquoi tant de résistances à croire à autant d’amour, pourquoi réduire notre vie à amasser des biens qui rouillent, que le temps détruit. « Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des oeuvres. » (Jn 14, 11)

Qui se souviendra de vous dans deux mille ans, dans cent ans? Il y avait beaucoup de vedettes à travers les siècles, qui se souvient de leurs exploits? Pourtant la croix du juste condamné à mort est toujours là pour nous parler de la victoire de la vie sur la mort. Elle est inscrite dans la mémoire des générations et elle est là pour nous dire l’amour de Dieu pour nous.

« C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. » (Jn 14, 27)

NDC