22 janv, Mc 3, 1-6 : L’athlète, la veille, la routine et les habitudes

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Évangile :

Un jour, Jésus entra dans une synagogue; il y avait là un homme dont la main droite était paralysée. On observait Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat; on pourrait ainsi l’accuser. Il dit à l’homme qui avait la main paralysée : « Viens te mettre là devant tout le monde. » Et s’adressant aux autres : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien, ou de faire le mal? De sauver une vie, ou de tuer? » Mais ils se taisaient.

Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leurs cœurs, il dit à l’homme : « Étends la main. » Il l’étendit, et sa main redevint normale.

Une fois sortis, les pharisiens se réunirent avec les partisans d’Hérode contre Jésus, pour voir comment le faire périr.

Commentaires :

Tout se passait bien à la synagogue. Les gens affluaient pour écouter les textes des Écritures. Les hommes se couvraient du tallith, ils s’attachaient bien au front et au bras les phylactères en respect à la loi : « Tu les attacheras comme symbole sur ton bras, et les porteras en fronteau entre les yeux. » (Dt 6,8, 11,18) Il s’agissait de deux petites boîtes cubiques appelées « batim » (maisons) qui contiennent quatre passages de la bible. Dès l’âge de 13 ans révolus, l’enfant pose les phylactères, sur son bras gauche (chel yad) et sur la tête entre les deux yeux (chel roch). Il est ensuite appelé à les poser chaque matin de la semaine, durant sa vie. Tel le militaire arborant ses médailles, les pharisiens étaient fiers de leur allure de juste et ils exigeaient des autres des privilèges. À force de répéter ces gestes, leurs sentiments devenaient des habitudes aveugles et sans cœur.

Jésus pourtant n’est pas dupe des apparences et il disait d’eux ouvertement : « En tout ils agissent pour se faire remarquer des hommes. C’est ainsi qu’ils font bien larges leurs phylactères et bien longues leurs franges. Ils aiment à occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, à recevoir les salutations sur les places publiques et à s’entendre appeler “Rabbi” par les gens. » (Mt 23, 5-7) Jésus dérangeait ces parades de pseudo justes. Ils n’étaient plus aussi à l’aise en défilant au milieu de la foule. Ils sentaient bien le regard critique des gens monter à leur endroit.

Ils étaient bien décidés à remettre Jésus à sa place et de reprendre leurs habitudes sclérosantes. Est-ce que la petite routine religieuse de notre quotidien peut nous rendre aussi aveugles au Dieu que nous servons lorsqu’il vient vers nous pour nous sauver? Pouvons-nous paralyser notre cœur à ce point avec nos petites habitudes réconfortantes? Ils observaient Jésus au lieu de le contempler et de l’adorer. Ils l’observaient comme un chasseur observe sa proie pour bien la viser au cœur. Ils l’observaient, le cœur froid comme la pierre. Ils croyaient bien avoir creusé un piège bien profond et ils ne voyaient pas que ce serait eux qui tomberaient dedans en voulant faire chuter celui qui vient les sortir de leurs tombeaux. « Que l’ennemi affûte son épée, qu’il bande son arc et l’apprête, c’est pour lui qu’il apprête les engins de mort et fait de ses flèches des brandons; le voici en travail de malice, il a conçu la peine, il enfante le mécompte. Il ouvre une fosse et la creuse, il tombera dans le trou qu’il a fait; sa peine reviendra sur sa tête, sa violence lui retombera sur le crâne. » (Ps 7, 13-17) Ils ne ressentent rien au cri d’amour de Jésus paralysé dans leurs aises : « Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les Pharisiens : faites donc et observez tout ce qu’ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt. » (Mt 23, 3-4) Ils se refusent au changement, ils veulent protéger le petit paradis qu’ils se sont organisé, une fosse bien capitonnée que la terre viendra recouvrir pour les garder dans le silence. « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute pourriture; vous de même, au-dehors vous offrez aux yeux des hommes l’apparence de justes, mais au-dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » (Mt 23, 27-28) Ils bâtissent le tombeau de Jésus et ce sont eux qui sont déjà sous terre, à manger la poussière qui les compose.

La routine transforme nos sentiments en habitudes pour nous rendre froids dans la chaleur de nos aises. Comment demeurer alertes à se lever dans nos synagogues et accueillir Celui qui vient nous transformer?   « Veillez donc, parce que vous ne savez pas quel jour va venir votre Maître. » (Mt 24, 42) « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mt 26, 41) La chair est faible, elle cherche continuellement son aise, même sur la chaire de Moïse. Endormir l’esprit tout en croyant vivre de l’esprit. Tout comme l’athlète qui prend des drogues pour obtenir sa médaille et qui regarde avec mépris celui qui n’est pas sur le podium, feignant de la mériter en se disant que tout le monde fait comme lui. « C’est au cultivateur, qui travaille dur, que doivent revenir, en premier lieu, les fruits de la récolte. » (2 Tim 2, 6) C’est à celui qui veille et qui prie sans cesse que revient l’éveil pour accueillir l’Esprit qui convertit sans cesse le pécheur. Il faut être un athlète pour ne pas tomber dans la routine et s’asseoir sur ses lauriers : « Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais un seul obtient le prix? Courez donc de manière à le remporter. Tout athlète se prive de tout; mais eux, c’est pour obtenir une couronne périssable, nous une impérissable. » (1, Co 9, 24-25)

Les creuseurs de fosse se croyaient bien dans la vérité en mettant Jésus dans la situation de désobéir à la loi de Moïse sur le sabbat. Ils demeuraient aveugles à celui qui se faisait obéissant jusqu’à la mort de la croix pour nous libérer de la désobéissance d’Adam. Ils ne contemplaient pas celui qui venait s’anéantir pour eux et qui était porteur de cette lumière venant du ciel, d’auprès du Père.

Croyez-vous que Jésus se serait abstenu de soigner cet homme à la main paralysée pour satisfaire votre goût morbide pour vos aises et votre petite routine? Croyez-vous que Jésus ne voyait pas que la paralysie de vos cœurs dépassait le malheur de cet homme qui n’avait de cesse d’attendre le secours de Dieu afin de pouvoir le servir dans son intégrité? Comment pouvait-il attacher ses phylactères pour participer à la prière commune avec tous? Vos habitudes vous rendent insensés, vous confondez l’esprit de la loi avec vos routines mortifères. Le non-sens causé par la paresse de leur veille dans la prière est si profond qu’ils garderont le silence à la question qui pouvait les sortir de cette paralysie du cœur : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien, ou de faire le mal? De sauver une vie, ou de tuer? »

Jésus s’attriste de cet endurcissement de leurs cœurs causé par ces habitudes sans tendresse pour les autres. Combien de préjugés nous ferment la porte à la contemplation et l’adoration du Fils de Dieu fait chair pour nous récréer et nous rendre la vie? Pourquoi avons-nous tant de mépris pour ce que nous sommes, nous qui sommes si précieux aux yeux de Dieu?

Jésus dit à l’homme : « Étends la main. » Il l’étendit, et sa main redevint normale.

La stupéfaction se lit dans le visage des pharisiens. Il a osé déroger à la loi dans la synagogue même. Le paralysé saute de joie tandis qu’eux craignent d’avoir à changer leurs habitudes et la routine si bien orchestrée de leur visite à la synagogue. « Une fois sortis, les pharisiens se réunirent avec les partisans d’Hérode contre Jésus, pour voir comment le faire périr. »

NDC