22 sept, Lc 9, 7-9 : Il cherchait à le voir sans vouloir l’entendre!

 In Méditer les écritures

Évangile:

Hérode, prince de Galilée, apprit tout ce qui se passait, et il ne savait que penser, parce que certains disaient que Jean le Baptiste était ressuscité d’entre les morts. D’autres disaient : « C’est le prophète Élie qui est apparu. » D’autres encore : « C’est un prophète d’autrefois qui est ressuscité. »

Quant à Hérode, il disait : « Jean, je l’ai fait décapiter; mais qui est cet homme dont j’entends tellement parler? » Et il cherchait à le voir.

Commentaires :

Hérode, prince de Galilée, apprend tout ce qui se passe au sujet de Jésus dans les alentours de sa capitale Tibériade. Capharnaüm, lieu de l’activité principale de Jésus était à 16 km de cette ville. Les Rabbis, tout comme plusieurs juifs, évitaient de s’y rendre et même de seulement y passer. Le luxe païen affiché par Hérode offusquait le sentiment national et religieux des juifs.

Après la décapitation de Jean le Baptiste, Hérode demeurait l’âme inquiète et tourmentée. On ne peut tuer un homme sans en perdre le sommeil, encore plus pour le sang d’un juste. Caïn ne disait-il pas à Dieu : « Ma peine est trop lourde à porter. » (Gn 4, 13) Hérode n’ignore pas que dans la ville païenne de Gérasa, un homme a été libéré de milliers de démons et que toute la ville a prié cet homme Jésus de « s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur. » (Lc 8, 37) Cet homme libéré par Jésus raconte sans cesse à tout venant ce que Dieu a fait pour lui. « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » (Lc 8,39) Pour plusieurs, il n’y avait là que rumeurs, mais l’histoire de cette jeune fille morte à qui ce Jésus a rendu la vie est troublante.

Hérode, pour retrouver le repos probablement, aimait bien entendre que c’était Jean le Baptiste qui était revenu à la vie. L’horreur de son crime le poursuivait sans cesse. Ce Jean le Baptiste qu’il aimait entendre et qu’en même temps, détestait, lui faisait plus de bien que tous ces gens silencieux autour de lui qui n’osent lui dire ce qu’ils pensent. D’autres disaient que c’était Élie le prophète qui était là. Le prophète Élie doit revenir avant la venue du Messie comme l’annonçaient les prophètes. Jésus pourtant n’avait-il pas dit de Jean le Baptiste : « Tous les prophètes en effet, ainsi que la Loi, ont mené leurs prophéties jusqu’à Jean. Et lui, si vous voulez m’en croire, il est cet Élie qui doit revenir. » (Mt 11, 13-14)

Hérode ne veut rien entendre de tout ce que l’on dit, il veut le voir ce Jésus. Il se souvient sûrement de son père Hérode le Grand qui avait lancé ses soldats à la poursuite d’un prétendu roi qui était né à Bethléem selon les Écritures. Hérode n’avait aucune crainte de Dieu, encore moins d’un roi-enfant, ni de la merveille d’un Astre qui se lève dans le ciel et que des sages reconnaissent comme symbole de la naissance d’un roi. Il n’a de crainte que de perdre du prestige et de ne pas réaliser ses desseins pour se prétendre Messie. « Voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem  en disant : “Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Nous avons vu, en effet, son astre à son lever et sommes venus lui rendre hommage.”  L’ayant appris, le roi Hérode s’émut, et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les grands prêtres avec les scribes du peuple, et il s’enquérait auprès d’eux du lieu où devait naître le Christ. “À Bethléem de Judée, lui dirent-ils; ainsi, en effet, est-il écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es nullement le moindre des clans de Juda; car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël.”  Alors Hérode manda secrètement les mages, se fit préciser par eux le temps de l’apparition de l’astre, et les envoya à Bethléem en disant : “Allez vous renseigner exactement sur l’enfant; et quand vous l’aurez trouvé, avisez-moi, afin que j’aille, moi aussi, lui rendre hommage.” (Mt 2, 1-8)

Il veut voir l’enfant pour mieux le tuer. Hérode Antipas a les mêmes intentions que son père sur cet homme dont il entend parler. Il ne veut en rien le reconnaître pour lui rendre hommage, pas plus qu’il ne cherchait à mettre en pratique ce que Jean lui disait.

Hérode était si bien ancré dans sa vie de facilité et de pouvoir qu’il ne voulait en rien la modifier, au contraire il cherchait plus à faire grandir son pouvoir et sa richesse que tout autre chose. Il cherchait à voir Jésus pour en mesurer la menace pour son royaume et pour sa distraction. Il aimerait bien assister à quelques miracles et s’amuser. Lui, le grand architecte du temple ne serait pas aussi crédule que la population. Il peut bien venir d’en haut, avoir un astre dans le ciel, Hérode ne se sent pas menacé. Un homme sans palais, sans armée, sans richesse qui ne fait que du bien aux petits, que peut-il faire de bon en ce monde?

Hérode cherchait à le voir en refusant de l’entrevoir dans les Écritures, cette parole que le Messie venait accomplir. Il aurait bien vu dans ce passage d’Isaïe que le serviteur de Dieu vient sans armée : “Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme se complaît. J’ai mis sur lui mon esprit, il présentera aux nations le droit. Il ne crie pas, il n’élève pas le ton, il ne fait pas entendre sa voix dans la rue; il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit, fidèlement, il présente le droit; il ne faiblira ni ne cédera jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et les îles attendent son enseignement. Ainsi parle Dieu, Yahvé, qui a créé les cieux et les a déployés, qui a affermi la terre et ce qu’elle produit, qui a donné le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux qui la parcourent.” (Is 42, 1-5)

Normand Décary-Charpentier