23 avril, Jn 6, 44-51 : Jésus et Einstein

 In Méditer les écritures

Évangile :

Après avoir multiplié les pains, Jésus disait : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi. Certes, personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père.

Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle. Moi, je suis le pain de vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts; mais ce pain-là, qui descend du ciel : celui qui en mange ne mourra pas.

Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie. »

Commentaires :

« Après avoir multiplié les pains », voilà un événement qui n’est pas anodin et qui pourtant est extraordinaire. Multiplier les pains, c’est tout un branle-bas qui se passe dans le monde des particules élémentaires. Les molécules se rassemblent à la parole de Jésus, les épis de blé se multiplient, passent au four de l’amour et aboutissent dans les mains des disciples. L’enfant avec les cinq pains d’orge et ses deux poissons n’en revient pas de voir ainsi se multiplier le maigre contenu de son panier. Nous sommes en présence de l’Éternel avec Jésus et qui ou quoi peut résister à sa parole? N’y a-t-il pas seulement les êtres de chair et d’esprit créés à son image qui peuvent refuser de se laisser attirer à sa parole? Les éléments de la nature obéissent à sa voix, à son moindre désir le pain et le poisson se multiplient et se livrent en nourriture pour ces gens affamés.

Celui qui vient de multiplier les pains et de nourrir ces gens à leur faim mérite de par cette œuvre d’être écouté avec ouverture et confiance. Cette action lui donne une crédibilité qu’aucun diplôme en ce monde ne pourrait fournir. Pourtant, il y a une résistance à sa parole. Ils veulent bien manger le pain qu’il multiplie sans comprendre comment il a fait. Mais lorsque Jésus leur annonce les merveilles de sa nature, le mystère de son incarnation dans la chair pour se faire nourriture afin de les sauver dans la chair et l’esprit, ils ne se nourrissent pas de ces paroles. C’est tellement plus extraordinaire que la multiplication des pains ce qu’il dit : Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle. Moi, je suis le pain de vie. (…) « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie. »

Les gens devraient tous être jetés par terre en entendant ces paroles et se prosterner devant lui. Il y a tellement d’amour dans ces propos! Quel être humain ne peut ressentir l’épée de sa parole le transpercer jusqu’en ses profondeurs : « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants; elle pénètre au plus profond de l’âme, jusqu’aux jointures et jusqu’aux moelles; elle juge des intentions et des pensées du coeur. Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, dominé par son regard. » (Eph 4, 12-13) Pourquoi tant d’hésitation à se nourrir de l’espérance qu’il nous donne? Pourquoi tant de refus de cette joie immense? « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. »

Où est cette résistance à faire grandir cette foi qui nous est donnée si généreusement? Il nous blesse par le glaive de sa parole, il nous marque de son empreinte pour que sa parole demeure en nous et malgré tout nous hésitons. « Je vous le dis, je vous l’affirme au nom du Seigneur : vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée. Ils ont l’intelligence remplie de ténèbres, ils sont étrangers à la vie de Dieu, à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement de leur coeur. » (Éph 4, 17-18) Notre cœur endurci nous rend sourds à l’amour, à l’appel de celui qui nous donne un pain qui vient de sa chair : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie. » Ne fallait-il pas la chair de celui qui vient d’en haut pour sauver notre chair terrestre et la conduire vers le haut avec tous nos amours? Le don est si grandiose, si inimaginable. Écoutez saint Jean parler de cet Agneau immolé qui donne sa chair pour nous :

« Alors, dans ma vision, j’ai entendu la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens : ils étaient des millions, des centaines de millions. Ils criaient à pleine voix : “Lui, l’Agneau immolé, il est digne de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et bénédiction.” Et j’entendis l’acclamation de toutes les créatures au ciel, sur terre, sous terre et sur mer; tous les êtres qui s’y trouvent proclamaient : “A celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et domination pour les siècles des siècles.” Et les quatre Vivants disaient : “Amen!” et les Anciens se prosternèrent pour adorer. » (Ap 5, 10-14)

N’attendons pas d’être dans la claire vision de cet amour infini pour nous prosterner, non d’une prosternation de soumission, mais de reconnaissance que vraiment à Lui revient tout pouvoir pour se faire aussi serviteur avec tout le pouvoir sur la terre comme au ciel.

Ne faut-il pas mettre le temps pour faire grandir cette parole de Dieu en nous, se nourrir de son pain, s’unir à son Esprit? « Celui qui s’unit au Seigneur, au contraire, n’est avec lui qu’un seul esprit. » (1Cor 16 : 17) et cette union « transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu’il a de  soumettre toutes choses. »  (Ph 3:21)

Nous acceptons bien de ne pas comprendre la théorie générale de la relativité d’Albert Einstein tout en lui donnant foi sans vérifier. Nous savons que pour arriver à y entendre quelque chose, nous devrions y mettre le temps et l’effort. Pourtant Einstein n’est qu’un homme comme les autres et ce qu’il apporte à la connaissance n’est qu’une infime partie de la compréhension du tout. Il croyait profondément que l’homme ne pourrait jamais tout connaître, et que « le mystère demeurerait notre plus magnifique expérience».

Avec Jésus, c’est le mystère qui se dévoile dans sa totalité. Le mystère n’a rien à voir avec un problème, c’est ce qui nous dépasse. Il devient accessible par Jésus. Il vient du Père, il est « le médiateur entre Dieu et les hommes » (1 Tm 2,5) et il vient afin que « Dieu soit tout en tous » (1Co 15,28), et « que tous les hommes soient sauvés » (1 Tim 2, 4). Saint Justin dans une apologie dit : « Le mot Dieu n’est pas un nom, mais une approximation naturelle à l’homme pour désigner une chose inexplicable. » Jésus dévoile l’inexplicable et étonne la sagesse humaine : « Où est-il, le sage ? Où est-il, l’homme cultivé ? Où est-il, le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? Puisqu’en en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie du message qu’il a plu à Dieu de sauver les croyants.» ( 1 Co 1. 20)

Comment expliquer l’inexplicable lorsque nous parvenons mal pour la plupart à accéder à l’explicable dans nos limites?

« Nous ne sommes tous ensemble qu’un seul pain, un seul Corps » (1Co 10,17) en mangeant le Pain de vie.

Dieu ne peut-il pas demander un peu d’humilité à l’homme, lui qui s’humilie jusqu’à mourir sur la croix pour nous? Il faut reconnaître que notre planète dans les milliards de planètes est tout comme un grain de sable dans un océan infini de grains de sable. Alors, pourquoi ne pas aller au bout de nos capacités pour améliorer la vie sans ignorer nos limites en demeurant ouvert à la sagesse qui vient de Dieu. L’inexplicable s’expliquera en son temps, pourtant il a déjà tout dit en mourant sur la croix pour nous.

 

« Merveille de science qui me dépasse, hauteur où je ne puis atteindre. Où irai-je loin de ton esprit, où fuirai-je loin de ta face? » (Ps 139, 6)

Il faut prendre le temps de se laisser transformer par Dieu dans l’amour de son Esprit Saint.

« Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, de l’homme ancien qui est en vous, corrompu par ses désirs trompeurs. Laissez-vous guider intérieurement par un esprit renouvelé. Adoptez le comportement de l’homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l’image de Dieu. » (Éph 4, 22-24)

N. D.C.