23 juillet, Jn 15, 1-8 : Le Vigneron divin et sa Vigne de vie éternelle

 In Méditer les écritures

Évangile :

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève; tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie, pour qu’il donne davantage. Mais vous, déjà vous voici nets et purifiés grâce à la parole que je vous ai dite : < demeurez en moi, comme moi en vous.> De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, il est comme un sarment qu’on a jeté dehors, et qui se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.

Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit : ainsi, vous serez pour moi des disciples. »

Commentaires :

Nous savons très bien qu’une vigne ne peut porter de fruit sans de la bonne terre, du soleil, de la pluie et surtout un bon vigneron pour voir à son entretien. En hiver, il prépare le terrain, il met de l’engrais, du fumier, de la chaux pour rendre son terrain plus fertile. Dès le printemps, il prépare le sol en labourant pour faire respirer la terre. Une vigne exige un bon vigneron, un homme exigeant et minutieux qui ne néglige rien. Il passera la herse pour casser les mottes, il émonde, il mesure et décide de l’endroit où la planter.

Le jardin de l’origine était bien préparé pour accueillir l’être humain, son jardinier en était aussi le créateur. Par lui, tout subsistait, il était la vie, le mouvement et l’être. La sève montait en son temps, les fruits étaient abondants. Le Père se gardait un petit lopin de terre pour lui pour avoir une place dans le cœur de ses créatures. Il était si petit ce petit bout de terrain qu’un seul arbre y croissait avec l’arbre de vie. Il était petit et de plus était presque invisible dans l’immensité de la création.

Vous savez l’histoire… l’être humain veut s’approprier ce qui appartient à Dieu au lieu de lui rendre grâce pour tout ce qu’il a. Il veut être la source de la vie du jardin, sa propre source, se faire l’égal de Dieu. Le Père aurait bien accordé cette indépendance à l’être humain, mais qui peut être son propre père, sa propre mère. Il n’y a que Dieu le Père qui peut être sans père, puisqu’il n’a pas de commencement, ni de fin. En voulant se faire l’égal de Dieu, tout en niant sa paternité, la mort s’est installée dans le jardin.

Je pense à l’histoire que le prophète Nathan raconte à David devant cette scène : « Dans une même ville, il y avait deux hommes; l’un était riche et l’autre était pauvre. Le riche avait des brebis et des boeufs en très grand nombre. Le pauvre avait tout juste une petite brebis qu’il avait achetée. Il la nourrissait, et elle grandissait chez lui avec ses enfants, elle mangeait de son pain, elle buvait dans sa coupe, elle dormait tout près de lui : elle était comme sa fille. Un jour, un voyageur se présenta chez l’homme riche. Celui-ci, voulant nourrir son hôte tout en ménageant ses troupeaux, alla prendre la brebis du pauvre, et la prépara pour le voyageur… » En entendant cela, David entra dans une grande colère contre cet homme, et dit à Nathan : « Je le jure par le Seigneur qui est vivant : l’homme qui a fait cela mérite la mort! Et il remboursera la brebis au quadruple, pour avoir commis une telle action et n’avoir pas eu de pitié. » Alors Nathan dit à David : « Cet homme, c’est toi! (…) Pourquoi donc as-tu méprisé le Seigneur en faisant ce qui est mal à ses yeux? Tu as frappé par l’épée Ourias le Hittite; sa femme, tu l’as prise pour femme; lui, tu l’as fait périr par l’épée des fils d’Ammon. » (2 Sam 15, 2-7.9)

Cet homme qui s’empare du petit bout de terrain que le Père se gardait pour être notre source de vie, c’est nous, c’est toi, c’est moi!

Le Père ne renonce en rien à son amour, il n’est qu’amour. Il formera aussitôt dans sa sagesse son grand dessein d’amour pour nous afin de nous convaincre de lui laisser sa place de Père. Il ne peut nous offrir d’être son égal! Qui peut être le père de son père! Il projette de s’incarner dans la chair afin que nous puissions atteindre sa ressemblance par son Fils unique qui viendra parmi nous.

Quel amour! Qui peut ne pas être bouleversé devant tant de tendresse.

À l’heure où Jésus allait passer de ce monde à son Père, à l’heure où le Père, le vigneron divin allait planter la vigne divine, en laissant transpercer le cœur de son Fils sur l’arbre de la croix, Jésus disait : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. »  La vraie vigne prendra encore une toute petite place dans le jardin de ce monde, son apparence sera sans attrait pour ceux qui convoitent de se faire l’égal du Père, elle aura tout son sens pour ceux qui se font petits comme l’arbre est petit sur le calvaire, hors de la ville de Jérusalem.

Le Père est un vigneron minutieux, la mort n’a pas la moindre place en lui. La vie éternelle n’a pas de fin, rien de mortel ne peut y entrer, pas le moindre microbe. Tout sarment qui est en son Fils et qui ne porte pas fruit, le Père l’enlève et tout ce qui donne du fruit, il le nettoie pour qu’il en donne davantage. Quel vigneron n’agirait pas ainsi pour avoir du bon vin?

Le vin qui coule de l’arbre de la croix enivre de l’amour dont Dieu nous aime afin que nous puissions aimer comme il nous aime et goûter la joie que rien ne peut nous ravir.

Demeurez en moi, comme moi en vous, demeurez en moi pour me ressembler et ainsi devenir par moi des enfants de Dieu rempli de vie.

Jésus nous donne sa parole à méditer, sa parole de vie, cette sève qui nous émonde, qui fait pénétrer la lumière de l’Esprit jusque dans les profondeurs de notre cœur, de notre âme, de notre esprit pour nous faire porter tous les fruits de l’amour : « Mais voici ce que produit l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. Face à tout cela, il n’y a plus de loi qui tienne. » (Gal 5, 22-23)

Tout ce que ne produit pas l’Esprit, le Père l’émonde, le coupe, le jette afin que nous soyons revêtus de l’amour pour être à la ressemblance de celui qui n’est qu’amour.

« Dieu prouve son amour envers nous en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Jésus Christ est mort pour nous. » (Rm 5, 8) Nous l’avons exclu de sa propre création pour nous en approprier et devenir son égal et lui est revenu mourir pour nous afin de faire renaître en lui toute sa création.

La gloire du Père, c’est de nous voir et porter du fruit, un fruit qui demeure comme celui du Fils unique. C’est dans sa mort que nous sommes baptisés, car il est vainqueur de la mort par le don de lui-même pour nous. Qui peut faire mourir l’amour parfait? C’est l’amour de Dieu qui abolit la mort et le mal, un amour si parfait que nous ne pouvons en avoir une idée sans la recevoir par le Fils qui est la vraie vigne.

« Par-dessus toutes choses, revêtez-vous de l’amour, qui est le lien de la perfection. » (Col 3, 14)

Normand Décary-Charpentier