23 juillet, Lc 13, 10-17 : Les yeux de la femme courbée sont précieux aux yeux de Jésus.

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Évangile :

Jésus était en train d’enseigner dans une synagogue, le jour du sabbat. Il y avait là une femme, possédée par un esprit mauvais qui la rendait infirme depuis dix-huit ans; elle était toute courbée et absolument incapable de se redresser. Quand Jésus la vit, il l’interpella : « Femme, te voilà délivrée de ton infirmité. » Puis, il lui imposa les mains; à l’instant même, elle se trouva toute droite, et elle rendait gloire à Dieu. 

Le chef de la synagogue fut indigné de voir Jésus faire une guérison le jour du sabbat. Il prit la parole pour dire à la foule : « Il y a six jours pour travailler; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. » Le Seigneur lui répliqua : « Esprits faux que vous êtes! N’est-il pas vrai que le jour du sabbat chacun de vous détache de la mangeoire son bœuf ou son âne pour le mener boire? Et cette femme, une fille d’Abraham, que Satan avait liée il y a dix-huit ans, n’est-il pas vrai que le jour du sabbat il fallait la délivrer de ce lien? »

Ces paroles de Jésus couvraient de honte tous ses adversaires, et toute la foule était dans la joie à cause de toutes les actions éclatantes qu’il faisait. 

Commentaires :

Jésus est en train d’enseigner dans une synagogue, le jour du sabbat. Il n’enseigne pas comme les docteurs de la loi dont le rôle consiste à dicter l’observance stricte de la Loi de Moïse pour ne pas encourir les châtiments divins. C’est pourquoi ces docteurs exercent les fonctions de conseillers dans les tribunaux, juges, enseignants. L’existence de ces docteurs consiste à veiller à l’interprétation qu’ils donnent de la Loi, par conséquent, ils jouissent d’une grande considération auprès de la population. Ce sont eux qui excluent, qui autorisent, qui décident du permis et de l’interdit, du pur et de l’impur, de ce qui est bien et mal. Ils sont policiers et juges à la fois. Ils veillent à ce que tout le peuple se coule dans la forme qu’ils ont donnée à la loi. Dès qu’ils voient une personne déroger un tant soit peu à la forme, ils ragent immédiatement et se précipitent pour corriger, punir, sanctionner. Une telle manière d’exercer cette fonction mène à scléroser le cœur, à l’endurcir au point de ne plus avoir aucune sensibilité envers les personnes. Ils sont prisonniers de la lettre et n’entendent rien à l’esprit. Ils n’en ont que pour la réalité apparente et sont aveugles à la réalité non apparente. Ils n’en ont que pour leur science de la loi, ils ignorent ce qu’est la foi, cette foi qui permet à Abraham de partir sans savoir où il va. Ils sont toujours dans la certitude et ne réalisent pas qu’ils ont transformé les commandements de Dieu en préceptes humains. « Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur coeur est loin de moi. Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains. » (Mt 15, 8-9) Étrange que ces préceptes humains soient indifférents aux humains. 

Jésus n’enseigne pas comme les docteurs de la loi, il est comme le soleil qui se lève à l’aube et qui chasse l’obscurité en silence afin que chacun puisse voir son chemin, que la plante trouve la chaleur pour croître, que les oiseaux reprennent leurs chants. Il enseigne pour donner la vie, pour changer les vêtements de deuil en parure de fête, pour remplir notre bouche de rires et nos lèvres de chants d’allégresse. 

« Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés. De toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements et vous y serez fidèles. » (Ez 36, 25-27) Jésus enseigne pour transformer Marie-Madeleine, lui faire trouver l’amour qu’elle cherche. Jésus enseigne pour libérer le cœur de Matthieu de sa table de changeur et l’enrichir des biens éternels. Jésus enseigne pour faire du larron un bon larron et lui faire voler le ciel avant les docteurs de la loi. Autant un docteur de la Loi s’emporte à voir un lépreux s’approcher de lui sans sonner de sa cloche, autant Jésus s’indigne devant la moindre souffrance d’un être humain. 

Jésus voit cette femme au fond la synagogue, cette femme tenue à l’écart par les policiers de la loi. Il la voit comme personne ne peut la voir, il voit ces dix-huit ans de souffrances et d’exclusion parce qu’avec elle, il les a vécus. Il ressent sa douleur, sa solitude. Il est courbé avec elle. Elle n’a que le sol pour paysage, que les pieds des passants pour salutations. À l’instant, sans aucune hésitation, ni du dedans, ni du dehors, il s’empresse de libérer cette femme de l’esprit mauvais qui la tient ainsi. Qui d’autre que les docteurs de la loi entretiennent cet esprit qui lie la femme? 

Le chef de la synagogue sursaute à voir cette femme courbée dans les yeux, il est horrifié, entendez-le crier : « Il y a six jours pour travailler; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. » Jésus aussi instantanément qu’il a relevé la femme répond : « Esprits faux que vous êtes! N’est-il pas vrai que le jour du sabbat chacun de vous détache de la mangeoire son bœuf ou son âne pour le mener boire? Et cette femme, une fille d’Abraham, que Satan avait liée il y a dix-huit ans, n’est-il pas vrai que le jour du sabbat il fallait la délivrer de ce lien? »

Esprits faux! Vous ouvrez la porte à l’esprit mauvais à posséder ceux que vous servez en les écrasant de règles que vous ne soulevez pas vous-mêmes du bout du doigt. « Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt. En tout ils agissent pour se faire remarquer des hommes. » (Mt 23, 4-5) Esprits faux! Vous entendez votre bœuf et votre âne gémir le jour du sabbat et vous accourez les abreuver et vous n’entendez pas cette femme qui se tord d’angoisse depuis dix-huit ans à vos pieds. Esprit faux dont l’esprit mauvais se moque en se servant de vos cœurs de pierre pour posséder ceux qui vous écoutent en tremblant. Esprit faux, allez-vous reconnaître ce qui est vrai et vous laisser libérer de vos liens de mort et faire du sabbat un jour au service de la personne, de chacun des enfants de Dieu? 

Le chef de la synagogue n’était plus offusqué. Il était muet devant les paroles de Jésus. La honte couvrait son visage de perdre ainsi la face devant la foule. Comment pourrait-il s’établir en juge après un tel affront? Qu’avait-il l’air aux yeux des gens? Là était la préoccupation de l’esprit faux, plutôt que de reconnaître Jésus et de se relever de son enlisement et être dans la joie avec toute la foule.

NDC