24 août, Mt 16, 13-20 : Jésus bâtit un lieu où la mort ne peut l’emporter!

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Évangile :
Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes? » Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean-Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? » Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie.

Commentaires :
Jésus est dans la région de Césarée-de-Philippe, la ville capitale de la trétarchie de Philippe. C’est suite à la mort d’Hérode le Grand, celui-là même qui voulait la mort de Jésus naissant que cette région fut incluse dans la trétarchie de Philippe. Son demi-frère, Hérode Antipas II, était tétrarque de Galilée et de Pérée. Il construisit en l’honneur de l’empereur Tibère, la ville de Tibériade, sur le lac de Galilée. Hérode Antipas épouse Phasaelis, une nabatéenne, fille d’Arétas IV de Pétra, qu’il répudie pour épouser sa nièce Hérodiade, petite-fille de Hérode 1er, femme de son demi-frère Hérode Philippe 1er et mère de Salomé. Jean Baptiste dénonce ce remariage d’Hériodiade ce qui lui coûtera la vie.
Hérode Philippe 1er, pour sa part, régna avec le titre de tétrarque de -4 à 34 sur les districts du nord, région de l’Iturée. Il choisit comme capitale la ville qui se nommait Panéas ou Banéas probablement parce qu’en ce lieu l’eau coulait en abondance vu sa proximité des sources du Jourdain qui favorisait une végétation luxuriante. Philippe 1er la renomma Césarée, en l’honneur d’Auguste César sans oublier d’y ajouter son nom. Cette région aujourd’hui a repris le nom de Baniyas, dans le Golan au pied du mont Hermon. C’est en cette ville rebaptisée du nom de l’empereur et du tétrarque de la région que Jésus interroge ses disciples sur son identité. Jean Baptiste a été décapité par le frère de Philippe, une certaine confusion règne dans les esprits depuis la mort de Jean, que certains identifiaient comme le Messie. Jean pourtant a reconnu Jésus comme étant celui qui était l’Élu de Dieu : « Et Jean rendit témoignage en disant : “J’ai vu l’Esprit descendre, telle une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, celui-là m’avait dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint.’ Et moi, j’ai vu et je témoigne que celui-ci est l’Élu de Dieu.” (Jn 1, 32-34)
“Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes?” demande Jésus. Celui sur qui est descendu l’Esprit Saint, celui que Jean Baptiste a nommé l’Agneau de Dieu, l’Élu de Dieu interroge ses proches sur ce que l’on dit de lui. C’est la confusion sur l’identité de Jésus parmi la population. Il est Jean Baptiste, Jérémie, Élie ou un autre prophète. Personne n’ose se prononcer sur lui, malgré toutes les œuvres accomplies au milieu d’eux. Comment cet homme d’origine modeste, sans pouvoir, sans titre pourrait-il être le Messie de Dieu? Les successeurs d’Hérode le Grand avec leur reconstruction travaillaient fort pour obtenir ce titre. Hérode le Grand n’avait pas craint de vouloir la mort de l’enfant qui s’annonçait être le roi d’Israël pour maintenir son pouvoir.
«Certains disent que tu es Jean Baptiste, d’autres Élie ou Jérémie ou un autre prophète. »
Aujourd’hui, que disent les gens sur l’identité de Jésus? Comme autrefois, ils parlent de Jésus par l’intermédiaire d’autres personnalités. La spécificité de l’identité de Jésus comme Fils de l’homme ne s’entend plus. Tout devient du pareil au même. Le tueur d’Oslo ou le taliban tiennent de la même aliénation, le pape ou le gourou sont des créateurs de mythes. L’esprit du monde ne peut dans sa quête du bonheur ici-maintenant se donner de prendre le temps de faire l’effort de distinguer dans la pluralité des discours la spécificité de chacun pour les unir sans les confondre.
C’est pourquoi Jésus demande : “Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je?” Le Père révélera à l’esprit de Pierre l’identité de Jésus afin que Jésus fasse jaillir en ce désert une source impossible à polluer pour faire entendre la vérité de sa nature divine à travers les siècles dans sa spécificité. Cette vérité est toute à notre service, car le Fils de l’homme est venu se livrer pour nous libérer de l’esclavage de la mort et du mal.
Que de bavardages se font entendre, que d’objections, que de cris, tant aujourd’hui qu’hier pour discréditer Jésus et lui enlever la dignité qu’il vient nous léguer? Jésus se tait. L’important n’est-ce que pas que nos tombeaux s’ouvrent et que nous accédions à l’unité dans la vie éternelle? “Les chefs, eux, se moquaient : ‘Il en a sauvé d’autres, disaient-ils; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ de Dieu, l’Élu! ’ Les soldats aussi se gaussèrent de lui : s’approchant pour lui présenter du vinaigre ils disaient : ‘Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même! ’ (Lc 23, 35-37)
Que d’amour dans toute cette confusion de la part de Dieu, que de patience à l’égard du ‘fils d’homme, ce vermisseau’ (Job, 25, 6) par le Fils de l’homme : ‘Et Jésus disait : ‘Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font.’ (Mt 23, 34)
Dans cette ville de Césarée-de-Philippe où coule l’eau en abondance, où la nature est luxuriante, Jésus fondera son Église qui sera dans l’humanité à travers l’histoire, un véritable jardin où venir s’abreuver à son Cœur transpercé, où retrouver la lumière pour demeurer sur le Chemin de vie, la paix pour ne pas se troubler dans les tempêtes.
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.»
« Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger.» (Mt 11, 28-29) Le fardeau tombe de nos épaules à la porte du sanctuaire où Jésus s’offre pour nous racheter.
Il nous bâtit un lieu pour nous retrouver dans la vérité et l’amour jusqu’à la fin des temps, loin de toutes les confusions qui mènent aux divisions et aux conflits.
‘Car, frères, je ne veux pas que vous l’ignoriez : nos pères furent tous sous la nuée, tous ils traversèrent la mer, et tous, au temps de Moïse, ils furent baptisés dans la nuée et dans la mer; et tous ils mangèrent la même nourriture spirituelle, et tous ils burent le même breuvage spirituel : car ils buvaient de la pierre spirituelle qui les accompagnait, et la pierre était le Christ*’ Voilà d’où est Pierre (saint Augustin : Sermon CCLXXXV).
NDC