24 déc, Lc 2, 1-14 : L’Éternel a vu le jour à Bethléem

 In Méditer les écritures

 

Évangile :

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre.- Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie.- Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie son épouse, qui était enceinte.

Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’Ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »

Commentaires :

En ces jours-là, l’empereur Auguste ordonne un recensement. Luc, dans son évangile, nomme le gouverneur de Syrie Quirinius pour bien montrer qu’il ne s’agit pas d’un recensement des citoyens romains. Il s’agit d’un recensement qui concerne les pays conquis ou des pays dont l’empereur prépare l’annexion administrative. Ces recensements provinciaux ont lieu l’un à la suite de l’autre et ainsi toutes les provinces s’intègrent à l’organisation romaine.

La Judée est une province qui présente des difficultés d’intégration à la domination romaine. Dans ce cas, l’empereur choisit une autorité locale et non un membre nommé par le Sénat pour diriger et lui rendre des comptes. Ce roi juif, désigné par Rome, est Hérode et son royaume couvre la plus grande partie de la Palestine. C’est du recensement de cette province dont parle Luc. L’ordre de l’empereur consiste à recenser toute la population, hommes, femmes et enfants, sans qu’il soit question de citoyenneté romaine. La nation juive protège farouchement sa nation et son temple de la civilisation romaine. Ce recensement se présente plus comme un projet d’annexion, car pour le moment Hérode est un bon administrateur de la Palestine pour la cité romaine.

En ces jours-là, l’empereur Auguste, tout comme Quirinius, le gouverneur de la Syrie et Hérode, le roi de la Judée, ne soupçonnent pas que le Seigneur du temps, l’Éternel, sera inscrit sur cette liste d’habitants du royaume de David. Marie et Joseph doivent se faire recenser en Judée parce qu’ils descendent tous deux du roi David, leur ancêtre commun. Ils quittent donc Nazareth, en Galilée, cette contrée de la région du nord d’Israël tardivement convertie au judaïsme et souvent méprisée des habitants de Jérusalem. La Galilée n’est qu’en bordure de la terre promise, au nord, elle ne suscite pas la fierté de vivre en Judée, la terre du peuple élu. Isaïe le prophète décrivait cette province comme un « carrefour des nations » (Is, 8, 23 b). « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon? » (Jn 1, 46) Peut-il sortir quelque chose de bon? « Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle? » Il lui dit : « Qu’as-tu à m’interroger sur ce qui est bon? Un seul est le Bon. » (Mt 19, 16-17) Un seul est le Bon et ce Bon est tellement bon qu’il vient à notre recherche pour nous donner la vie éternelle que nous ne parvenons pas à obtenir par nous-mêmes. Dieu seul est Bon de venir ainsi s’inscrire dans notre histoire pour nous délivrer de l’emprise du mal et de la mort! Il vient vaincre le mal dans l’histoire humaine, en chaque instant, chaque moment, chaque seconde pour lui donner un sens, une direction qui conduit à la vie éternelle, l’Éternel présent. Le Seigneur du temps, l’Éternel est parmi nous. Il se berce dans le sein de la vierge Marie accompagnée de Joseph, et il se rend à Bethléem, la ville de David. Sous le pas lent de la sainte famille, les secondes s’écoulent, les minutes passent, les heures, les jours et l’Écriture s’accomplit. Le temps est venu, le Seigneur du temps et de l’histoire est là, au creux du ventre de sa mère : « Aujourd’hui (…) cette Écriture est accomplie pour vous qui l’entendez » (Lc 4, 21) Aujourd’hui, cette Écriture est accomplie pour vous qui la voyez cette douce jeune fille qui marche sur la route de Galilée vers Bethléem. « Or tout ceci advint pour que s’accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : “Dieu avec nous”. (Mt 1, 22-23) Le temps passé s’unit au temps présent et ouvre le chemin vers le temps à venir pour conduire à la vie éternelle. Par l’incarnation du Fils de Dieu dans notre histoire, le temps s’accomplit, l’éternité est entrée dans le temps, le passé retrouve sens, la poussière bouge dans les tombeaux. “Abraham, votre père, exulta à la pensée qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu et fut dans la joie. Les Juifs lui dirent alors : ‘Tu n’as pas cinquante ans et tu as vu Abraham! ’ Jésus leur dit : ‘En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham existât, Je Suis.’” (Jn 8, 56-58) Jésus est encore dans le sein de Marie et il est plus vieux qu’Abraham, que Marie, que Joseph. “Je vous le dis, dit Jésus, Je suis.” Il est le Seigneur du temps, la plénitude des temps : “Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme” (Ga 4, 4).   “Voici le pain descendu du ciel; il n’est pas comme celui qu’ont mangé les pères et ils sont morts; qui mange ce pain vivra à jamais.” (Jn 6, 58)

Dieu, le seul Bon, a formé de tout temps ce dessein d’amour dans le Christ “pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres” (Éph1, 10) “Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité” (Jn 1, 14).

Les secondes ne passent plus comme autrefois, ni les dixièmes de seconde, elles ont du poids, car l’Éternel, celui qui est, qui était et qui vient est parmi nous, il a donné du poids à chaque instant, il est la plénitude du temps. Nous n’avons plus de temps à perdre, nous nous devons d’aimer de cet amour dont nous sommes aimés et vivre en plénitude chaque instant de cet amour pour rayonner de sa lumière éternelle. Nous avons le devoir d’offrir chaque instant sur l’autel de son cœur brûlant d’amour pour nous et pour l’humanité afin que chacun retrouve sa place dans son corps et vivre de son Esprit.  Le Christ est le Seigneur du temps, il est avec nous dans le temps, chaque instant prend une dimension infinie, tu n’as plus à craindre le temps qui passe, tu n’as plus à tuer le temps, mais à le prendre pour apprendre à aimer et à aimer comme tu es aimé de Dieu qui vient te chercher pour te conduire dans son Royaume. À nous maintenant d’aller chercher ceux qui cherchent pour leur montrer par sa présence en nous celui qui donne au temps des fêtes le vrai sens de la fête.

“Et elle mit au monde son fils premier-né; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.”  Le temps si attendu commençait, le temps annoncé par les prophètes était là dans cette mangeoire. « Avec cette venue de l’Éternel parmi nous, commence les “derniers jours” (He 1, 2), la “dernière heure” (1 Jn 2, 18), avec elle commence le temps de l’Église, qui durera jusqu’à la Parousie. (Jean-Paul II,  Lettre apostolique, TERTIO MILLENNIO ADVENIENTE.)

Dans ce modeste abri, Dieu vient nous chercher pour nous tirer de la mort. Dans cet habit de langes où il est tout emmailloté, il vient nous délier de nos entraves. Dans cette mangeoire d’animaux, il vient nous chercher en se donnant en nourriture afin que nous ayons la force de demeurer dans l’amour jusqu’à son retour. Dans cette modeste famille, il vient nous introduire afin que nous soyons vraiment ses enfants : “Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père!” (Ga 4, 5)

Tous, nous sommes invités comme les bergers à sortir de notre quotidien pour aller trouver ce “nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire” qui nous cherche pour se donner en nourriture de vie éternelle.

Normand Décary-Charpentier