25 avril, Jn 10, 11-18 : « Il a tué mon père, il a tué ma mère, je vote pour lui. »

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Évangile

Jésus disait aux Juifs : « Je suis le bon pasteur (le vrai berger). Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire, lui, n’est pas le pasteur, car les brebis ne lui appartiennent pas : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui.

“Moi, je suis le bon pasteur; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix; il y aura un seul troupeau et un seul pasteur.

‘Le Père m’aime parce que je donne ma vie, pour la reprendre ensuite. Personne n’a pu me l’enlever; je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père.’

Commentaires :

Y a-t-il plus grand berger que celui qui se livre aux loups pour protéger ses brebis? ‘Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-là s’en aller’, afin que s’accomplît la parole qu’il avait dite : ‘Ceux que tu m’as donnés, je n’en ai pas perdu un seul.’ (Jn 18, 8-9) 

Y a-t-il plus grand berger que celui qui se laisse dévorer par le loup pour y descendre et libérer toutes les brebis prisonnières de ses entrailles? 

Y a-t-il plus grand berger que celui qui se fait agneau au milieu de ses brebis pour aller au-devant du loup et se livrer en rançon pour les autres? ‘Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et Yahvé a fait retomber sur lui nos fautes à tous. Maltraité, il s’humiliait, il n’ouvrait pas la bouche, comme l’agneau qui se laisse mener à l’abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, il n’ouvrait pas la bouche. Par contrainte et jugement il a été saisi. Parmi ses contemporains, qui s’est inquiété qu’il ait été retranché de la terre des vivants, qu’il ait été frappé pour le crime de son peuple? ’ (Is 53, 6-8)

Y a-t-il plus grand berger que celui qui est le Fils du Dieu vivant, celui dont la justice a souci de la brebis et du loup, le Prince de la Paix? ‘La justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité la ceinture de ses hanches. Le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau. Le veau, le lionceau et la bête grasse iront ensemble, conduits par un petit garçon. La vache et l’ourse paîtront, ensemble se coucheront leurs petits. Le lion comme le boeuf mangera de la paille. Le nourrisson jouera sur le repaire de l’aspic, sur le trou de la vipère le jeune enfant mettra la main.’ (Is 11, 5-8)

Y a-t-il plus grand berger, plus vrai berger que celui qui se revêt d’humilité, chassant les apparences et ne recherchant en rien la gloire de ce monde? ‘Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits;  objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu’un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n’en faisions aucun cas. Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. » (Is 53, 2-5) 

Cet abaissement, cette douleur dont il s’est revêtu pour nous crie l’amour qui nous est porté, un amour qui va jusqu’au bout, un amour qui ne cherche en rien la fuite, un amour qui accepte de mourir pour nous donner sa vie. ‘Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.’ (Jn 13, 1) Comment ne pas reconnaître la voix de cette lumière qui brille dans l’obscurité de notre monde où l’amour se livre en rançon pour acheter notre libération de l’emprise du mal et de la mort? Elle brille sur la croix cette lumière qui de sa voix chasse l’obscurité en accomplissant les Écritures. Jésus ‘sachant que désormais tout était achevé pour que l’Écriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit : ‘J’ai soif.’ (Jn 19,28) J’ai soif… que vous buviez de l’eau qui jaillira de mon cœur transpercé afin que vous n’ayez plus jamais soif d’amour, de vie, car votre bouche sera rassasiée à jamais dans cette nouvelle aube qui se lève. ‘Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau; mais qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle.’ (Jn 4, 13-14)

Oui, elle brille cette croix comme la houlette du berger dans la nuit, elle nous console, car elle annonce la lumière de la résurrection et la libération de tous ceux qui gisent dans la mort : ‘Passerais-je un ravin de ténèbres, je ne crains aucun mal, car tu es près de moi; ton bâton, ta houlette sont là qui me rassurent.’ (PS 23,4) 

‘Mes larmes, c’est là mon pain, le jour, la nuit, moi qui tout le jour entends dire : Où est-il, ton Dieu? (PS 42, 4) Il est sur la croix et c’est lui mon berger qui me conduira vers la maison du Père. 

Les disciples de ce monde ne voient que défaite dans ce berger au vêtement de sang sur sa chair nue, ils ne voient que victoire de la mort. Ils ne voient pas que cette mort dans le visage du crucifié, c’est leur propre mort qu’ils contemplent comme le dit l’Écriture : ‘Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé.’ (Jn 19, 37) Ils regardent la victoire de la mort sur eux, sans voir le vaillant Berger des sources vives qui meure pour eux afin de les libérer de l’étreinte de la mort pour les appeler à entrer dans l’étreinte trinitaire. ‘Troupeau que l’on parque au cimetière et que la Mort les mène paître.’ (PS 49, 15) venez à moi, dit Jésus en silence, les bras grands ouverts sur la croix et je vous soulagerai de ce fardeau qui vous retient sur terre et sous terre. 

Souvenez-vous de Lazare que la mort voulait retenir, souvenez-vous qu’à ma voix, il est sorti du tombeau, ainsi je sortirai de la mort où vous me jèterez : ‘Lazare, viens dehors! ’ Le mort sortit, les pieds et les mains liées de bandelettes, et son visage était enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : ‘Déliez-le et laissez-le aller.’ (Jn 11, 43-44) 

Il est terminé le temps du mercenaire, le temps du tyran avide et cruel. Vous connaissez Taylor, cet homme qui envahit le Liberia avec le soutien et la complicité de Kadhafi, qui déclencha une guerre civile en 1989. Après 120,000 morts, il se fait élire en 1997 par une population saisie de frayeur à entendre seulement son nom. Écoutez le slogan électoral crié dans les rues pour se mettre à la suite de la houlette de ce berger : ‘Taylor a tué mon père, il a tué ma mère, mais je vote pour lui.’ Écoutez le slogan de ceux qui tournent le dos à la lumière de la croix : ‘La mort a tué mon père, elle a tué ma mère, elle a tué tous mes ancêtres, elle tuera tous mes enfants, toute l’humanité et je vote pour elle.’ 

Taylor, le berger narcissique, avide de gloire humaine, de richesses, a été jugé, il attend sa condamnation. 

La mort et tout ce qui y mène aussi a été jugée dans la mort de Jésus, et sa condamnation a été déclarée dans sa résurrection. ‘C’est maintenant le jugement de ce monde; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi.’ (Jn 12, 31-33) Une fois élevé le bâton du berger qui mène aux sources de la vie, les brebis, qui cherchent la justice pour tous et non seulement pour elles, reconnaîtront le Fils de Dieu qui se fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté. Ils reconnaîtront la lumière qui brille dans le cœur et qui demeure obscure dans ce monde, ils reconnaîtront dans ce visage méconnaissable du crucifié celui qui nous rend notre identité et qui l’élève à sa dignité. 

Jésus ne vient pas nous voler, au contraire il se laisse dépouillé par ceux qui le volent pour les enrichir de sa nature divine.  

  ‘Le Père m’aime parce que je donne ma vie, pour la reprendre ensuite. Personne n’a pu me l’enlever; je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père.’

Et Jésus nous la donne cette liberté qui est la sienne, car il se donne et nous invite à nous donner avec lui : ‘Allez! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu de loups. N’emportez pas de bourse, pas de besace, pas de sandales, et ne saluez personne en chemin. En quelque maison que vous entriez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison! ’ (Lc 10, 3-5)

‘Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? ’ (Jn 11, 25) Crois-tu que ton Dieu, ton Père t’aime au point de s’incarner dans ta chair pour y mourir pour toi et qu’il t’invite à entrer dans cet amour trinitaire pour ne faire qu’un avec lui en devenant son enfant?

 » Voici votre Dieu!  » Voici le Seigneur Yahvé qui vient avec puissance, son bras assure son autorité; voici qu’il porte avec lui sa récompense, et son salaire devant lui. Tel un berger il fait paître son troupeau, de son bras il rassemble les agneaux, il les porte sur son sein, il conduit doucement les brebis mères. Qui a mesuré dans le creux de sa main l’eau de la mer, évalué à l’empan les dimensions du ciel, jaugé au boisseau la poussière de la terre, pesé les montagnes à la balance et les collines sur des plateaux? Qui a dirigé l’esprit de Yahvé, et, homme de conseil, a su l’instruire? (Is 40,9-13) Qui a donné un cœur si démesuré d’amour à notre Dieu? N’est-ce pas son cœur, il n’est qu’Amour! Le crois-tu? 

NDC