25 sept, Mt 21, 28-32 : C’est celui qui a dit non qui a fait la volonté du père!

 In Méditer les écritures

Évangile :

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : < Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne.> Il répondit : < Je ne veux pas.> Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : < Oui, Seigneur > et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père? » Ils lui répondent : « Le premier ».

Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. »

Commentaires :

Cet extrait fait suite à la tentative des prêtres et des anciens de remettre en question la légitimité de l’autorité de Jésus. Selon eux, Jésus ne peut avoir une autorité qui vient de Dieu puisqu’il va à l’encontre de la Loi de Moïse! Il guérit des malades le jour du sabbat, il chasse les vendeurs du temple, il laisse les enfants l’acclamer dans le Temple : « Hosanna au fils de David ». Ils sont indignés à son endroit et convaincus que Jésus ne peut être plus grand que la Loi. « Par quelle autorité fais-tu cela? » Jésus répondra à cette question par une question qui contient la réponse à leur question. « Le baptême de Jean, d’où était-il? Du Ciel ou des hommes? » (Mt 21,25) À cette question, c’est l’effroi dans l’esprit des prêtres et des anciens. Ils savent que Jean a reconnu que Jésus est Fils de Dieu et qu’il tient son autorité du Père. Ils savent que l’autorité de Jean comme prophète dans l’esprit du peuple est indiscutable. Ils préfèrent se taire convaincus qu’ils sont de ne pouvoir avoir tort en s’appuyant sur leur interprétation de la Loi de Moïse. Ils ont dit « oui » à la Loi de Moïse. Ils ont dit « oui » à l’interprétation qu’ils en font. « Hypocrites! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur coeur est loin de moi. Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains. » (Mt 15, 7-9)

Ils ne veulent pas répondre et Jésus leur montre qu’ils ne veulent pas entendre la réponse à la question qu’ils lui posent et qu’ainsi il ne peut leur répondre : « Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela. » (Mt 21,27)

Jésus pourtant relancera la discussion dans le but de mettre à nu les intentions de leur cœur par sa parole : « Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du coeur. Aussi n’y a-t-il pas de créature qui reste invisible devant elle, mais tout est nu et découvert aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte. » (He 4, 12-13)

« Que pensez-vous de ceci? Jésus suggère à leur réflexion une histoire toute simple avec une question qu’ils ne refuseront pas de répondre cette fois. À sa question, il leur donnera aussi une réponse sur son autorité. Un homme avait deux fils. Le papa invite chacun à se rendre travailler à son champ, l’un dit non, il se repent et il y va. L’autre dit oui et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père? Évidemment et étrangement, c’est celui qui a dit “non” et s’est repenti qui a fait la volonté du père. Les pharisiens et les prêtres répondront en chœur : “Le premier.” Le premier n’a-t-il pas dit non au départ? Il se repent par la suite et revient.

Un père avait deux fils, le plus jeune refuse de travailler à la vigne et demande la part de ses biens. Il dépensera tout son avoir et c’est une famine qui le ramènera à la maison. Au grand étonnement du fils qui avait dit oui et était demeuré au travail, le père accueillera le fugueur avec une joie débordante : “Mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie; il était perdu et il est retrouvé!” (Lc 15,23)

La colère s’empare du fils qui a dit oui. Il refuse d’entrer dans cette nouvelle maison où le fugueur peut prendre place : “Voilà tant d’années que je te sers, sans n’avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis; et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras!” (Lc 15, 28-30)

Comment comprendre ce “oui” qui mène au “non” et ce “non” qui conduit au “oui”?

Pour y répondre, suivons un docteur d’Israël qui vient pendant la nuit rencontrer Jésus pour l’interroger. Il fugue de la cour des prêtres, car il ne parvient pas à se convaincre que les œuvres de Jésus ne sont pas de Dieu. Il sait bien que si Jésus vient de Dieu, il doit remettre en question les doctrines qu’ils enseignent. C’est avec beaucoup de discrétion qu’il se rend à sa rencontre. “Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui.” Jésus lui répondit : “En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu.” (Jn 3, 2-3) Nicodème ne comprend pas ce que Jésus veut dire par “naître d’en haut pour voir le Royaume de Dieu.” Naître d’en haut pour reconnaître le Messie de Dieu. Nicodème est vraiment d’en bas et sa question le montre bien : “Comment un homme peut-il naître, étant vieux? (Jn 3,4)

Le cœur de la difficulté des prêtres et des pharisiens à reconnaître celui qui vient de Dieu est dans cette incapacité de voir les limites de leur ‘oui’. ‘Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous fait naître d’en haut’ (Jn 3, 6-7) Nicodème n’arrive pas à saisir comment il peut naître d’en haut. ‘Comment cela peut-il se faire? ’ Jésus lui répondit : ‘Tu es Maître en Israël, et ces choses-là, tu ne les saisis pas? ’ (Jn 3, 9-10)

Paul, le pharisien n’arrivait pas à comprendre le message de Jésus et il se faisait un devoir de persécuter tous ceux qui suivaient Jésus. Pourtant un jour, Jésus l’arrêtera dans sa course et lui demandera pourquoi il le persécute. À la suite de cette rencontre, Paul renaîtra d’en haut par le baptême et il deviendra un maître pour répandre la vie de l’Esprit.

Paul comprendra, après sa rencontre sur le chemin de Damas, que sa manière de saisir la Loi spirituelle dont il était le défenseur était par en bas et non du ciel. Il était un être de chair et comme tous les êtres de chair, il était ‘vendu au pouvoir du péché.’ (Ro7, 14) ‘Yahvé, qu’est donc l’homme, que tu le connaisses, l’être humain, que tu penses à lui? L’homme est semblable à un souffle, ses jours sont comme l’ombre qui passe.’ (Ps 144, 3-4) Qui peut avoir le temps pendant la brève existence d’un être de chair de se connaître et d’accéder à la maîtrise de soi au point d’agir de manière toujours juste envers tous?

‘Vraiment ce que je fais, je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais. Or si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais, d’accord avec la Loi, qu’elle est bonne; en réalité ce n’est plus moi qui accomplis l’action, mais le péché qui habite en moi. Car je sais que nul bien n’habite en moi, je veux dire dans ma chair; en effet, vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir, puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. Or si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui accomplis l’action, mais le péché qui habite en moi. Je trouve donc une loi s’imposant à moi, quand je veux faire le bien : le mal seul se présente à moi. Car je me complais dans la loi de Dieu du point de vue de l’homme intérieur; mais j’aperçois une autre loi dans mes membres qui lutte contre la loi de ma raison et m’enchaîne à la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis! Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort? Grâces soient à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur! C’est donc bien moi qui par la raison sers une loi de Dieu et par la chair une loi de péché.’ (Ro 7, 15-25)

Les chefs des prêtres et les anciens qui s’en prennent à Jésus n’arrivent pas à comprendre que leur oui n’a rien de spirituel, c’est un oui, à leur temple, à leur nation, un oui qui est un non à Dieu. Comment reconnaître les limites de nos ‘oui’ sinon en étant confrontés à nos limites? Qui mieux que le bon larron peut se reconnaître incapable du bien qu’il voudrait? Qui mieux que les prostituées et les publicains vendus à l’envahisseur romain peuvent reconnaître leurs limites à faire le bien et entendre le baptême de repentir de Jean et accepter de renaître d’en haut pour vivre de la vie amoureuse de Dieu?

La tendresse de Jésus pour ceux qui tentent de le piéger dépasse l’entendement de ceux qui lui crachent au visage. ‘Comme est la tendresse d’un père pour ses fils, tendre est Yahvé pour qui le craint;  il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que poussière nous sommes. L’homme! ses jours sont comme l’herbe, comme la fleur des champs il fleurit; sur lui, qu’un souffle passe, il n’est plus, jamais plus ne le connaîtra sa place.’ (Ps 103, 13-16)

Il faut prendre conscience que tous nos ‘oui’ sont des ‘non’ et nous repentir pour lui dire un vrai ‘oui’, celui qui vient de Dieu par Jésus.

‘Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort? Grâces soient à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur! C’est donc bien moi qui par la raison sers une loi de Dieu et par la chair une loi de péché.’ (Ro 7, 24-25)

Normand Décary-Charpentier