27 juin, Mt 7, 6. 12-14 : Le sacré et les perles

 In Méditer les écritures

Évangile :

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait : « Ce qui est sacré, ne le donnez pas aux chiens; vos perles ne les jetez pas aux cochons, pour éviter qu’ils les piétinent puis se retournent pour vous déchirer.

“Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi, voilà ce que dit toute l’Écriture : la Loi et les Prophètes. Entrez par la porte étroite. Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent. Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent.”

Commentaires :

Nous sommes éperdument petits… si petits! Pour nous en donner une idée que notre raison ne pourra discuter, nous pouvons contempler la petitesse de notre planète dans le système solaire en sachant que notre taille corporelle, comparée à la dimension de la masse rocheuse que nous habitons, est déjà bien minuscule.

Notre planète Terre tourne sur son axe à 1500 km heure et elle orbite autour du soleil à 300,000 km heure, vitesse vertigineuse dont heureusement notre petite taille no,us fait ignorer les effets de cette ronde interminable. Nous sommes si petits sur cette petite planète, dans un tout petit système solaire, dans notre galaxie qui abrite pas moins de 200 milliards d’étoiles. Pascal déjà au XVIIe siècle déclarait : “Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie.” Pourtant, il n’avait pas accès à tous les instruments qui nous permettent aujourd’hui de mesurer la démesure de l’univers par rapport à notre planète.

Nous sommes éperdument petits, si petits qu’il est difficile de croire que nous pouvions avoir quelque importance dans cette immensité aux yeux de Celui qui pouvait en être l’Auteur. Voltaire au XVIIIe siècle ne doute en rien de l’existence de Dieu dans l’univers, il l’affirmait bien avec assurance : “Il ne peut y avoir d’horloge sans horloger. » Où Voltaire accroche, c’est dans la relation de l’horloger avec son horloge, dans la relation de Dieu avec l’univers. Il est si grand, ‘je n’arrive pas à croire, dit Voltaire, qu’Il puisse s’intéresser à moi’. Il en viendra à affirmer que Dieu existe certainement, mais qu’il est indifférent au monde.

La dimension extérieure de l’univers à laquelle la raison de Voltaire a accès, lui fait perdre de vue la dimension intérieure, la dimension spirituelle de ce petit être qui cache des grandeurs à l’image de celui qui est son Créateur : ‘Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer. » (Jn 4,24)

Cette démesure que nous pouvons constater dans les dimensions spatiales de l’univers en rapport avec notre habitat est insupportable si nous demeurons figer sur cette manière extérieure de voir. Il y a pourtant une autre dimension qui n’a rien de spatiale, une dimension spirituelle qui nous fait voir qu’il y a une autre relation à établir avec Celui qui est la source d’une telle grandeur. Elle est étroite cette porte pour accéder à voir celui que nous ne pouvons voir dans la réalité palpable, mais qui pourtant en est le centre, son axe réel autour duquel nous tournons à la vitesse sans vitesse de l’immobilité en lui et par lui. ‘Aide-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en toi, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’Éternité. » (Sainte Élisabeth de la Trinité.) ‘En lui, nous avons la vie, le mouvement et l’être. Ainsi d’ailleurs l’ont dit certains de vos poètes, ‘Car nous sommes aussi de sa race. » (Ac 17, 28)

Le dehors doit trouver son sens du dedans, l’espace et le temps doivent trouver la juste mesure en nous par la relation avec l’Éternel qui est le Principe et la Fin de tous et de toutes choses. Le corps humain, tout comme la personne, découvre sa signification et son mystère du dedans. ‘Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme.’ (Mt 16, 26) Il ne s’agit pas de perdre l’univers, ni le corps, mais de l’éclairer du dedans par celui qui est son centre et c’est bien ce que Jésus vient enseigner en se consacrant à ce dessein d’amour du Père, pour que nous fassions comme lui, par lui qui nous donne son Esprit. ‘En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu’il ne le voie faire au Père; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu’il fait; et il lui montrera des oeuvres plus grandes que celles-ci, à vous en stupéfier! Comme le Père en effet ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut.’ (Jn 5, 19-21) ‘Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi.’ (Jn 14, 6)

‘Ce qui est sacré, ne le donnez pas aux chiens. » Ne réduisez pas votre vie à la nourriture et au vêtement, vous valez plus que toutes les richesses du monde, et que les étoiles du monde. Ne vous dépouillez pas de la dimension intérieure et de celui qui l’habite, cette dimension qui chante en chacun et à laquelle nous n’osons croire, tout comme Voltaire.

‘À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci? » (Ps 8, 4-5) Dieu a souci de nous et Abraham, notre père dans la foi, nous l’a bien appris en obéissant avec confiance et amour à ce qu’il ne pouvait saisir. Rien ne pouvait le détourner de sa relation à Dieu. Où aller pour résoudre l’énigme de notre être dans cette immensité, sinon à celui qui en est la source? ‘Seigneur, vers qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle.’ (Jn 6, 68.)

La foi est le seul chemin pour sortir de notre insupportable petitesse et y découvrir son sens par la grandeur de l’amour de Dieu envers chacun.

La terre tourne si vite autour du soleil, elle tourne sur elle-même tout autant et pourtant, elle est précieuse cette petite planète aux yeux de Dieu par la grandeur des créatures à son image qui l’habitent : ‘À peine le fis-tu moindre qu’un dieu; tu le couronnes de gloire et de beauté, pour qu’il domine sur l’oeuvre de tes mains; tout fut mis par toi sous ses pieds, brebis et boeufs, tous ensemble, et même les bêtes des champs, l’oiseau du ciel et les poissons de la mer, quand il va par les sentiers des mers. Yahvé, notre Seigneur, qu’il est puissant ton nom par toute la terre! » (Ps 8, 6-10)

Cette dimension spirituelle en vous, ce lieu où Dieu habite, ne le livrez pas aux chiens… n’oubliez pas que vous êtes plus que votre corps et que vient à vous celui qui peut transformer vos corps en corps glorieux, libres de l’espace et du temps, de la matière et de son poids, tout obéissants au mouvement de l’Esprit du Père en vous qui vous aime, autant qu’il aime son Fils unique qu’il livre pour nous. ‘Abraham, votre père, exulta à la pensée qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu et fut dans la joie. » (Jn 8, 56)

La porte est étroite pour passer du dehors au-dedans tout en demeurant au-dehors. La porte est étroite pour passer dans la dimension spirituelle et y ouvrir la lumière d’en haut pour éclairer l’extérieur et nous en donner le sens.

‘Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 16-17)

NDC