27 juin, Mt 7,15-20 : Méfiez-vous des déguisements!

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Évangile :
Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans ce sont des loups voraces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaitrez. On ne cueille pas du raisin sur des épines, ni des figues sur des chardons. C’est ainsi que tout arbre bon donne de beaux fruits, et que l’arbre mauvais donne des fruits détestables. Un arbre bon ne peut pas porter des fruits détestables, ni un arbre mauvais porter de beaux fruits. Tout arbre qui ne donne pas de beaux fruits est coupé et jeté au feu. C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaitrez.
Commentaires :
Ne jugez pas, nous enseigne Jésus et pourtant méfiez-vous des faux prophètes, méfiez-vous des déguisements. Nous savons bien lors d’une fête où les gens se masquent le visage que c’est une fausse représentation de l’identité de la personne. Les masques ont une unique expression, ils sont figés. Un visage portant un masque de clown souriant ne nous dit rien sur l’humeur réelle de celui qui le porte. Les mots masque et personne sont très liés dans leur histoire.
Le mot personne trouve son origine dans l’Étrusque. Persona y aurait désigné le masque qu’un comédien portait au théâtre. Ce masque présentait une expression qui caractérisait le « personnage “joué. Le spectateur aime bien le masque du comédien, car son intérêt porte sur la pièce jouée et non sur les humeurs du comédien qui ne l’intéressent pas. N’est-ce pas lui-même que le spectateur vient rencontrer dans le masque du comédien, soit pour se distraire ou approfondir le sens de son destin?
Jésus nous dit de nous méfier des déguisements attrayants, ceux qui nous font oublier que ce que nous voyons n’a rien à voir avec ce qui est dessous le masque. Il ne s’agit pas de juger les masques, mais de ne pas perdre son identité sous son masque et celle des autres. Ce que nous sommes, ce que nous vivons qui peut le savoir? Persona désigne en latin le masque de la tragédie : le masque pour faire oublier le visage et la singularité de celui qui le porte. Nous avons beau vouloir être sans masque, notre intériorité demeure cachée, notre identité profonde y compris. Il faut se méfier de ce que nous voyons, des apparences, de notre manière de voir pour accéder à voir les réalités que nous ne pouvons voir. N’est-ce pas la définition de la foi de Saint Paul : ‘La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaitre des réalités qu’on ne voit pas.’ (Hé 11, 1) Connaitre des réalités qu’on ne voit pas. Voir au-delà des déguisements, recherchez ‘les réalités d’en haut’ (Col 3,1-2), celles qu’on ne voient pas et qui sont la vérité, la réalité sans déguisement.
Jésus dit à Pilate : ‘je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix.’ Pilate lui dit : ‘Qu’est-ce que la vérité? ’ (Jn 18, 37-38)
Comment reconnaitre Jésus dans son visage de personne humaine? ‘Lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement… ’ (Phil 2, 6-7) Sous son masque de charpentier accusé injustement de crimes, Jésus n’est pas un loup vorace, mais un Agneau immolé venu nous racheter par son sang de l’emprise du mal qui nous divise et nous rend aveugles à l’identité réelle de l’autre et du Père, un Agneau qui dans sa mort nous donne la vie par sa résurrection. Jésus parle ouvertement et avec autorité : ‘Je suis la résurrection et la vie.’ ‘Celui qui mange ma chair et boit mon sang vivra éternellement.’ Il n’y a pas d’ambiguïté. Il se fait reconnaitre dans son oeuvre.
Comment reconnaitre celui qui ne dit pas qui il est vraiment sous son masque? Car de l’extérieur, nous sommes tous des inconnus les uns pour les autres et qui pouvons-nous croire? ‘Qu’est-ce que la vérité’ disait Pilate à Jésus. N’est-ce pas celui qui se donne qui dit vrai sur son identité? C’est pourquoi le loup se présente en brebis et non en loup parce qu’il veut prendre ce qui ne lui appartient pas? ‘Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela.’ Jésus lui répondit : ‘Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras.’ (Lc 4, 6-8) Il vient en maitre du monde, celui à qui rien n’appartient pour s’emparer de tout.
Jésus nous dit que nous distinguerons le loup de la brebis par les fruits qu’ils portent, qu’importe l’apparence de la brebis ou du loup sous son déguisement. Il faut reconnaitre l’arbre à ses fruits pour regarder la réalité qu’on ne peut voir dans ce monde de déguisement. La réalité n’est qu’une et tout vient de Dieu et tout est à lui.
Entre l’arbre du jardin de l’origine et l’arbre de la croix, il y a une bien grande différence. L’un porte un fruit attrayant que Dieu interdit de manger pour demeurer en communion avec lui, l’arbre de la croix est porteur d’un fruit sans attrait que Dieu nous invite à manger pour avoir la vie éternelle.
Il faut demeurer dans la foi pour voir la réalité d’en haut et se laisser attirer par ce qui n’a pas d’attrait dans le monde d’en bas. Pour voir l’arbre qui donne le fruit de la vie, il faut accueillir la foi qui vient du Père : ‘Que votre cœur ne se trouble pas! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.’ (Jn 14, 1) l’interdiction de manger le fruit qui nous enferme dans le monde des déguisements devient l’ordre d’obéir à manger le fruit de l’arbre de la croix, où le Fils donne sa vie pour la multitude. Comment reconnaitre celui qui se nourrit à ce fruit de l’arbre de la croix?
‘Maintenant, vous avez de la tristesse, mais je vous reverrai et votre cœur se réjouira et cette joie, nul ne pourra vous la ravir. … (Jn 16, 22) Vous avez de la tristesse dans le monde des masques, mais lorsque vous verrez la vraie réalité d’en haut dans le monde d’en bas, votre joie sera aussi débordante que la vie abondante en vous. ‘Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et pour qu’ils l’aient même en abondance.’ (Jean 10, 10) ‘Que nous marchions dans une vie nouvelle.’ (Rom. 6, 4).
Méfiez-vous des faux prophètes, du faux prophète en nous, de tous ceux qui détournent notre regard de l’arbre de la croix, signe de la victoire sur la mort, lieu de vie abondante qui coule du cœur entièrement donné de Jésus. La foi donne à voir des réalités qu’on ne peut voir, des réalités qui font déborder le cœur de joie et de vie.
Car dans le monde des masques, il ne peut y avoir de vrais prophètes, c’est un monde qui disparait et sans joie, il n’est que recherche de plaisirs comme lors des bals masqués : ‘Malheur à vous quand tous les hommes diront du bien de vous, car c’est de la même manière que leurs pères traitaient les faux prophètes.’ (Lc 6, 26)
La vraie joie se passe à l’ombre de la croix, lieu qui semble triste pour ceux qui sont dans le déguisement et qui pourtant est d’une joie que personne ne peut ravir : ‘Heureux serez-vous quand on vous outragera et vous persécutera et qu’on dira faussement toute espèce de mal de vous à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez transportés de joie, votre récompense sera grande dans les cieux, car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.’ (Mt 5,11-13) Heureux êtes-vous quand on vous dira tristes de vous nourrir des fruits de l’arbre du Calvaire, heureux êtes-vous de témoigner de la réalité qui dure en vie éternelle!
C’est vraiment cette joie profonde qu’il faut rejoindre avec le Christ pour demeurer des témoins qui se donnent pour les autres afin de répandre la vie.
Cette joie de se revêtir du Christ nous donne de voir le loup vorace sous le masque de la brebis sans craindre ses dents, car nous voyons que sous le loup veut surgir l’image de Dieu : ‘Voir Jésus dans la personne la plus spirituellement démunie requiert un coeur pur. Plus défigurée sera l’image de Dieu dans une personne, plus grandes devront être la foi et la vénération dans notre quête du visage de Jésus et dans notre ministère d’amour auprès de lui… (Bienheureuse Teresa de Calcutta [1910-1997], fondatrice des soeurs Missionnaires de la Charité, No Greater Love [trad. Pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 78])
Méfiez-vous du masque et demeurez dans la réalité de l’amour afin de demeurer dans l’esprit et porter ‘les fruits de l’Esprit qui sont amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maitrise de soi’ (Ga 5,19-23).
‘Soyez toujours dans la joie, priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance, car c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. » (1Thess 5, 16)
Un bel arbre de vie bien greffé au Christ qui répand autour le parfum de l’évangile. ‘Que ton cœur ne soit pas troublé. Ne suis-je pas là, moi qui suis ta Mère? N’es-tu pas sous ma protection? Que désires-tu de plus? Ne sois pas malheureux ou troublé par quoi que ce soit.’ (Notre Dame de Guadalupe à Juan Diego)
‘Jésus a dit : Je vous laisse la paix, je vous laisse ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre coeur cesse de se troubler et de craindre. » (Jean 14:27)
NDC