28 fév, Mc 9, 41-50, Le verre d’eau ou la meule au cou?

 In Méditer les écritures

Évangile :
Jésus disait à ses disciples : « Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. Celui qui entrainera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.
« Et si ta main t’entraine au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s’éteint. Si ton pied t’entraine au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. Si ton œil t’entraine au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas.
« Car tout homme sera salé au feu. C’est une bonne chose que le sel; mais si le sel cesse d’être du sel, avec quoi allez-vous lui rendre sa force? Ayez du sel en vous-mêmes, et vivez en paix entre vous. »
Commentaires :
Voilà bien le genre de discours que nous évitons aujourd’hui! L’enfer est un sujet tabou dans nos sociétés technologiques, le ciel tout autant. L’important est de progresser scientifiquement pour vaincre le temps, l’espace, le corps et atteindre l’immortalité. Nous voudrions bien ne pas entendre parler des inévitables de la vie, comme la maladie, les accidents, les trahisons, les ruptures, les mensonges, les injustices, la mort y compris.
Comment parler de la mort pour la rendre intéressante?
Vous êtes-vous demandé pourquoi les jeunes et les moins jeunes aiment tant les films de vampires? N’est-ce pas pour exorciser l’effroi de la mort et la rendre presque désirable? Y a-t-il un meilleur moyen que de vivre longtemps en se nourrissant de la vie des autres? Vampirisons-nous pour assurer notre immortalité! Prenons le sang de l’autre et introduisons-le dans ce monde obscur de la nuit! Présentement, la mode change, les zombies se substituent aux vampires. Le mort vivant avec les membres à moitié décomposés, les yeux vident, le pas lent et mécanique devient plus parlant pour exorciser la mort. Voici une liste des films de mort-vivant des années 1932 à 2011: http://www.zombiezonenews.com/zombie-movies-list/zombie-movie-list-by-release-date/
À vouloir se cacher la mort et la responsabilité de nos actes pendant notre vie, nous laissons aux commerçants d’images la tâche d’en faire des caricatures. Les frissons sont garantis et le ridicule aussi. Une bonne façon de briser nos peurs et de s’en remettre au vide, l’esprit tranquille.
Pourtant, nous qui nous moquons de l’enfer et qui nous construisons un ciel sur terre en nous fermant les yeux sur le vide qui vient, ne prêchons-nous pas un enfer à notre insu? Évidemment un enfer pour les autres, c’est pourquoi il passe inaperçu!
Dans notre ciel scientifique, la plupart des gens en sont exclus et plusieurs vivent déjà dans la géhenne dont parle Jésus. Cette décharge publique de la cité, où se trouve ce que vous savez, ordures de toutes sortes, animaux en décomposition, odeurs insupportables. Qui n’a pas vu ces reportages où des familles entières vivent sur des tas d’ordures, un peu partout dans le monde? Si de nombreux vivants sont déjà dans cette décharge publique, que faire de tous ceux qui sont déjà morts et qui ne pourront jamais profiter de tous les avantages de cette science? Le sage et l’assassin ont le même salaire, comme le dictateur et ses victimes, le héros et le lâche. Tous ces morts sans espoir de justice! Tous ces vivants, sans espoir de vivre dignement, même un instant! N’est-ce pas un enfer plus terrible? Et ce ciel pour une petite minorité de privilégiés qui peuvent se payer les soins de la science? N’est-ce pas une horreur, car l’abuseur et le voleur pourront y accéder tout autant que l’heureux gagnant d’une loto ou l’héritier qui n’a jamais travaillé de sa vie, que le saint, le sage et le héros. Un ciel qui est loin d’être un ciel et un enfer qui est déjà sur terre.
À vouloir se conquérir un ciel sur terre nous laissons à l’histoire de faire revivre en mots quelques figures en oubliant tous les autres. Nous cachons tous ces enfants qui naissent avec le sida, ces jeunes de la rue au Mexique que les marchands font assassiner parce qu’ils nuisent au commerce, ces enfants de la prostitution, ces enfants décapités à qui on a volé le cœur pour le transplanter à un Occidental. À vouloir se faire un ciel sur terre, nous poussons l’horreur jusqu’à nier celui qui vient de Dieu en se moquant des pauvres qui lèvent les yeux au ciel dans l’espoir de recevoir justice. Nous préférons ne pas les voir et ne pas croire, de peur d’avoir à partager. Nous préférons garder nos pieds pour courir consommer, nos mains pour dépenser, nos yeux pour convoiter.
« Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. Celui qui entrainera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.
Chaque créature appartient à Dieu et c’est au nom du Christ que nous pouvons rendre grâce à Dieu de nous donner de voir l’autre, de le regarder dans les yeux, de ne pas craindre d’aller vers lui pour lui dire que c’est ensemble que nous allons en sortir de cette terre d’exil. « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’ » ( Mt 25, 40)
Il vaut mieux arracher nos habitudes de vampires, nos manies de zombies et devenir un vivant qui court vers les autres pour aimer et être solidaire de tous, qui ouvre la main pour partager, qui ne détourne pas le regard du pauvre sous prétexte que cela lui enlève du plaisir de vivre.
Il vaut mieux couper notre pied qui nous empêche d’avancer vers l’autre et d’y aller en boitant que de garder le cœur aussi froid qu’un glacier capable de couler le Titanic.
Personne n’évitera la mort, le sel de l’agonie, le passage vers l’ailleurs. La vie en ce monde est beaucoup plus brève que le temps de la mort. Il faut rendre à la vie le sel de l’amour pour que la mort perde de son éclat. Car n’est-ce pas le but de la vie que d’apprendre à aimer pour être vivant avant de mourir?

« Dieu est amour, celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui demeure. » (1 Jn 4, 16~21)

NDC