28 juillet, Mt 13,47-53 : Les pêcheurs et les anges

 In Méditer les écritures

Évangile:

Jésus disait à la foule cette parabole : « Le Royaume des cieux est encore comparable à un filet qu’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui est mauvais.

Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges viendront séparer les méchants des justes et les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents.

« Avez-vous compris tout cela »?- Oui », lui répondent-ils. Jésus ajouta : « C’est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien.»

Jésus acheva ainsi de proposer des paraboles, puis il s’éloigna de là.

Commentaires :

Y a-t-il un poisson qui puisse s’imaginer un autre monde que le sien? Il voit bien quelquefois du fond de son lac, un banc de poissons s’élever vers la surface dans un filet. Que se passe-t-il après dans le monde au-dessus? Il n’en sait rien et il ne cherche pas à le savoir. Il voit bien la main de pêcheur qui tire le filet. Qu’est-ce qu’une main dans son monde : un poisson à cinq tentacules? Le poisson n’est pas philosophe. Il poursuit son chemin en quête de nourriture, seul sens de sa vie.

Que peut être ce monde autre que le sien, ces personnes sans nageoires, qui vivent là où il n’y a pas d’eau? Qu’arrive-t-il à ses semblables lorsqu’ils montent dans ce monde sans jamais revenir à l’eau? Il se promet bien de ne jamais se laisser prendre à ces filets qui attirent vers le haut, vers l’ailleurs inconnu.

Un jour, il verra bien ce qui se passe. Le pêcheur est habile pour que son filet se montre sans danger sous l’eau. Il le laisse dormir bien longtemps au point où le poisson le croit sans danger. Tout à coup, il s’élève, les mains des pêcheurs apparaissent dans l’eau et elles tirent brusquement le filet. Tous ceux qui se trouvent dans son champ sont enfermés, ils se rapprochent les uns des autres, le petit comme le gros poisson, les espèces se mêlent. Les prédateurs du lot n’ont pas d’appétit pour bouffer qui que ce soit. Entassés au fond d’une barque, sans eau pour respirer, ils tentent dans un dernier effort de retourner à l’eau. Impossible, la barque s’éloigne et s’approche du rivage. Les pêcheurs les tirent sur le sable. Ils se mettent autour du filet et ils commencent un tri. Certains sont déposés dans un panier et les mauvais rejetés. Le poisson n’a rien à voir pour être bon à la consommation ou pas. Il est conservé pour mourir afin de devenir nourriture pour l’être humain qui l’a pêché. Le poisson rejeté meurt entre les dents d’un chien errant ou d’un oiseau rapace. Il sera jeté dans le fumier pour servir à engraisser la terre.

Il n’en est pas ainsi de l’être humain lorsqu’il est tiré sur le rivage au-delà de son monde. Il a été créé à l’image de Dieu, il a du bon en lui qui ne demande qu’à croître pour devenir consommable pour les autres. Il deviendra mauvais s’ il veut se faire l’égal de celui qui le pêche plutôt que de désirer parvenir à sa ressemblance. Mais comment ressembler à celui que nous ne pouvons voir? Le pêcheur envoie son Fils unique dans le monde pour se faire comme nous, afin que par lui, nous puissions le connaître et ainsi atteindre sa ressemblance et devenir bons à manger. Son Fils ne se fera-t-il pas nourriture pour tous en mourant sur la croix? Son Père le repêchera de la mort pour nous ouvrir à tous, le chemin d’un monde nouveau où chacun aime l’autre comme lui-même, où nous ne faisons qu’un avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

Que se passe-t-il après la mort? Y a-t-il quelque chose hors de ce monde-ci, un ailleurs où la justice est juste, la vérité est vraie, la bonté est bonne, l’amour est amour pour tous? Le poisson ne pouvait s’imaginer que de l’autre côté de la surface de son lac, il y avait un monde, un tout autre monde que le sien où il pouvait trouver un sens à son errance dans l’eau.

Ce n’est pas parce que nous ne pouvons voir ce qui se passe au-dessus de nous qu’il ne se passe rien. Ce n’est pas parce que nous ne voyons pas que nous ne pouvons pas être vus sans voir qui nous regarde. Dieu nous regarde et nous aime, rien ne lui échappe de nos moindres soupirs. « Comment de si haut et de si loin ton regard suit-il nos actes? » (Hymne : Comment es-tu foyer de feu?)  « Même les cheveux de ta tête sont comptés. » (Mt 10.29-31) « Je te connaissais même avant que tu sois conçu. »  (Jr  1.4-5) « Je t’ai tissé dans le ventre de ta mère. » (Ps 139.13) « Mes pensées vers toi sont plus nombreuses que les grains de sable. »  (Ps 139.17-18) « Quand tu cries à moi, je suis près de toi et je te délivre de toutes tes détresses. »  (Ps 34.18)

N’est-ce pas cet amour qui a fait devenir Jésus, pain eucharistique pour tous? Pain de vie éternelle! Un pain sans levain et sans saveur en ce monde et pourtant une nourriture qui nous transforme en bon pain au four de sa croix. Devenir mangeable pour les autres afin d’être bon comme celui qui se donne pour nous.

Il en sera ainsi à la fin du monde. Les esprits qui servent l’amour de Dieu viendront et sépareront ceux qui sont mangeables de ceux qui ne le sont pas, ceux qui sont devenus eucharistie en se nourrissant de la nourriture incorruptible, de ceux qui sont demeurés nourritures corruptibles.

Qu’y a-t-il après la mort? Personne n’est revenu pour nous le dire, proclament les uns. Certains disent avoir vu les mains de Dieu clouées à une croix, son cœur s’ouvrir pour devenir une source de vie éternelle. D’autres ont vu le tombeau ouvert, une lumière resplendissante, il était revenu de la mort en vivant, vainqueur de la mort. Il vient nous baptiser dans sa mort afin que nous ressuscitions avec lui pour devenir un avec tous.

Il faut tirer de son trésor du neuf et de l’ancien pour voir des réalités que nous ne pouvons voir sans la foi. Nous serons transformés par celui qui est venu nous monter dans la barque de l’Église qui va vers le Royaume du Père.

« C’est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

« C’est une chose mystérieuse que je vous annonce : même si nous ne mourons pas tous, nous serons tous transformés, et cela instantanément, en un clin d’oeil, quand retentira le signal au dernier jour. Il retentira, en effet, et les morts ressusciteront, impérissables, et nous serons transformés. » (1 Cor 15, 51-52)

Un clin d’œil, un instant et nous serons dans le filet et le filet sera dans la barque et le neuf et l’ancien seront transformés en ce monde nouveau qu’a fait naître Jésus en mourant pour nous.

Normand Décary-Charpentier.