29 avril, Mt 11, 25-30 : Qui est le plus grand entre Jésus sur la croix et tous les rois sur leurs trônes?

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Évangile :

En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté.

“Tout m’a été confié par mon Père; personne ne connait le Fils, sinon le Père, et personne ne connait le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.”

“Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger.”

Commentaires :

Nous avons souvent sur le cœur de petites choses et pourtant elles nous paraissent si grandes, elles deviennent aussi grandes que l’importance que nous leur donnons. Un voisin désagréable, un ami qui ne rappelle pas, un objet désiré, un manque d’argent, un patron indélicat, une dispute avec un proche, la peur d’une maladie, un jardin qui ne fleurit pas, les insectes, le poids, la température, une crevaison et quoi encore. Les contrariétés inévitables de la vie prennent tant d’importance que l’essentiel passe devant nos yeux comme un lever de soleil devant un aveugle. Ainsi préoccupés, nous courons toute la journée avec la conviction de n’avoir le temps pour rien. Comment jaser avec un enfant qui demande un peu d’attention? Nous l’ignorons sous le voile de nos contrariétés. Comment venir en aide à la personne dans le besoin ainsi tourmentée? Comment exprimer à Dieu de la gratitude pour la vie, la santé, la nature, ainsi repliés sur nous-mêmes à ne chercher qu’à établir notre justice?

Le petit se fait le plus grand, le grand se fait petit, le moins devient plus, le meilleur se traduit en pire, une étrange confusion s’installe en nous quant à la perception juste de la réalité : “en effet, vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir : puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. Or si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui accomplis l’action, mais le péché qui habite en moi.”  (Ro 7, 18-20) Il y a comme un inversement dans notre perception, dans notre cœur. Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir. Il y a un joug qui me lie et m’empêche de faire le bien que je voudrais, de percevoir le petit et le grand avec justesse, le meilleur et le pire, le bon et le mauvais, le bien et le mal, le vrai et le faux, l’unité et la division.

Il faudrait être renversé de notre cheval comme saint Paul pour devenir aveugles et retrouver la vue avec la vraie lumière. “‘Saul, Saul, pourquoi me persécuter? Il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon.’ Et moi je dis : ‘Qui es-tu, Seigneur? ’ Le Seigneur répondit : ‘Je suis Jésus, celui que tu persécutes.” (Act 26, 14-15) Paul confondait le grand et le petit. Le temple qu’il servait était bien grand à ses yeux, la tradition qu’il protégeait lui semblait une vérité indiscutable. Les chrétiens qu’ils persécutaient lui paraissaient vils et méprisables avec leur Jésus mort sur une croix, sur la potence d’un criminel. Le plus petit à ses yeux était pourtant plus grand que la loi, que le temple. Il était l’accomplissement de l’écriture, la parole de Dieu, le Verbe fait chair.

Le renversement de Paul est entier et en lui s’inverse sa perception du vrai et du faux : “Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix.” (Jn 18, 37)

Paul reconnait la vérité parce qu’il la cherche avec authenticité malgré son erreur. Pilate, lui, répondra à Jésus : “Pilate lui dit : ‘Qu’est-ce que la vérité?’ Il ne laisse en rien son joug de gouverneur. Il cherche le compromis pour libérer Jésus plutôt que de se mettre à son école pour connaitre la vérité qui donne le repos d’être dans l’essentiel. ‘À quoi sert à l’homme de gagner l’univers, s’il perd son âme.’ (Mt 16, 26) Pilate veut gagner la paix dans la région sous sa responsabilité pour plaire à l’empereur, pour ne pas subir ses foudres. Ses préoccupations le rendent aveugle à ce qui se passe devant ses yeux. Son petit monde prend toute la place dans son cœur et il ne voit pas la grandeur infinie de celui qui est sous son autorité.

‘Père du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté.’

Le tout-petit, n’est-ce pas celui qui est prêt à se laisser renverser de sa manière de penser, de ses préoccupations, de son moi sans les autres?

‘Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.’ (Jn 12, 24) Il est bien petit le grain de blé et il le restera s’il ne tombe pas en terre pour mourir et ainsi devenir grand par le soleil de justice et porter fruit avec les autres. Le tout-petit, c’est celui qui accepte de s’ensevelir avec Jésus dans la mort pour ressusciter avec lui.

Comme ce joug de mourir à soi peut sembler lourd à celui qui a la prétention de pouvoir faire le bien et l’accomplir? Que fera Pilate pour arriver à libérer Jésus qu’il considère comme innocent? Il le fera flageller pour contenter la foule et ainsi il ne fera qu’accentuer sa soif de la mort du Christ Jésus. Étrange aveuglement devant tant d’amour, devant celui qui meurt à lui-même pour nous donner sa vie! Le plus grand s’est fait le plus petit pour nous faire devenir grand en lui et par lui, pour nous rendre capables de vivre l’amour que nous voulons vivre sans pouvoir l’accomplir. ‘Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive.’ (Lc 9, 23)

Il n’y a qu’en renonçant à soi que nous devenons tout-petits et que le Christ venu parmi nous en petit peut se faire reconnaitre et nous conduire sur le chemin de la vérité, de la vie, de l’amour puisqu’il est le chemin.

Il n’y a qu’ainsi que nous trouvons le repos de toutes nos préoccupations et demeurons centrés sur l’essentiel qui est de demeurer dans l’amour : ‘Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, de même que j’ai gardé les commandements de mon Père, et que je demeure dans son amour. Je vous dis cela, pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète. Voici quel est mon commandement : Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.’ (Jn 15, 9-13)

Il faut laisser tomber nos fardeaux, toutes ces préoccupations qui prennent toute la place dans nos cœurs, nos esprits, tous ces poids qui nous empêchent de regarder les autres et de les servir dans l’Esprit…

‘Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est fac ile à porter, et mon fardeau léger.’

‘Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé.’ (Mt 23, 11-12)

NDC