29 juin, Mt 16, 13-19 : « Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? »  

 In Méditer les écritures

Évangile :

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes? » Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean-Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? » Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant! »

Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »

Commentaires :

Jésus était dans la région de Césarée-de-Philippe, ville importante de la civilisation gréco-romaine. Personne n’ignorait que cette ville avait été incluse dans la tétrarchie de Philippe après la mort d’Hérode le Grand. Philippe était le frère d’Hérode Antipas, tétrarque de Galilée. Jean, comme tout le monde, savait que le frère de Philippe vivait avec son épouse et au contraire de tout le monde qui gardait le silence, il dénonçait cette situation : « En effet, c’était lui Hérode qui avait envoyé arrêter Jean et l’enchaîner en prison, à cause d’Hérodiade, la femme de Philippe son frère qu’il avait épousée. Car Jean disait à Hérode : “Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère.” (Mc 6, 17-18)

Jésus est dans cette région du Tétrarque Philippe qu’il nomma Césarée de Philippe en son honneur et en celui de Tibère César.

C’est là, en cette région, que Jésus questionne ses disciples sur l’identité du Fils de l’homme. Y a-t-il quelques personnes qui comme Jean voient son identité divine sous son identité humaine? Une seule personne, à la fois Fils de l’homme et Fils de Dieu. “Regardant Jésus qui passait, Jean dit : ‘Voici l’agneau de Dieu.’ (Jn 1, 36) Jean distingue dans ce corps du Fils de l’homme, le mystère intérieur de Jésus qui passe, ce mystère de l’amour de Dieu pour l’humanité qui vient librement se livrer pour la multitude afin de libérer sa liberté. ‘Voici l’agneau de Dieu.’ Jean voit Jésus revêtu de son manteau pourpre, il voit le corps de Jésus couvert de sang, dépouillé de son visage d’homme, il voit cet amour de Dieu qui se donne dans son corps pour se donner en nourriture de vie éternelle pour nous. ‘J’ai vu l’Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui.’ (Jn 1, 32) J’ai vu l’Esprit, cet Esprit qui transcende le corps et dévoile la réelle signification de chacun. J’ai vu l’Esprit, cette colombe qui nous dit que nous sommes plus que notre corps, que nous sommes infiniment plus que notre corps et que nous ne devons pas réduire notre vie à notre corps. N’est-ce pas ce que Jean disait à Hérode et Hérodiade en ces mots qui les blessaient : ‘Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère.’ Si Hérodiade avait entendu l’amour de ces paroles et si elle avait laissé ce baume guérir sa vaine ambition, comme Marie-Madeleine, elle aurait trouvé ce qu’elle cherchait sans le savoir, elle aurait vu ce Précurseur de l’Agneau de Dieu. Hérodiade serait entrée dans cette libération de sa dépouille, de ce vêtement corruptible pour se revêtir de la chair et du sang qui n’est pas né d’une volonté de chair et de sang, mais de Dieu.

Jean n’a pas seulement vu ce mystère de l’amour de Dieu pour nous en Jésus, Agneau de Dieu, il a entendu, une voix venant du ciel fracturé un instant : ‘Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j’ai mis tout mon amour’. (Mt 3, 17)

Il faut distinguer ce corps qui se fait pain, mystère de l’amour de Dieu qui se donne pour nous et qui nous invite à nous donner avec lui pour les autres. C’est à mourir de ne pas mourir devant un feu si brulant d’amour. Il demeure bien caché, ce feu, parce qu’il ne peut nous enflammer sans notre liberté, non cette liberté extérieure donnée par le pouvoir de l’argent qui permet de faire ce qui nous tente, sans vraiment pouvoir nous réaliser pleinement dans ce que nous sommes. Il est question ici, de cette liberté du dedans, la seule qui fait qu’un corps puisse se donner, pourvu que subsiste en lui cette liberté. Ce ‘oui’ constamment consenti du dedans à se livrer par amour avec celui qui se livre pour nous, bien qu’au-dehors tout peut porter à se livrer hâtivement comme Hérodiade. Hérode offrait plus que Philippe et voilà Hérodiade dans de beaux draps. Elle ne peut plus entendre ce qui éveille son intériorité, elle veut tuer ce qui peut la faire vivre.

Le corps de Jean Baptiste a été mutilé par Hérodiade, mais il n’a pas été atteint dans sa liberté offerte. Jean a échappé à l’épée qui lui tranchait la tête, son intégrité et sa totalité se trouvaient en lui, au-delà de ce coup faisant rouler sa tête par terre. Il a vu celui qui lui rendait son intégrité, il a cru et n’a pas craint de devancer dans la mort celui qu’il a devancé dans la vie pour lui ouvrir le chemin.

‘Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? ’ Simon-Pierre comme Jean Baptiste recevra de voir l’identité invisible de Jésus, tout comme sur le Thabor. Il verra la réalité qu’on ne peut voir pendant notre chemin de libération par amour pour notre liberté. Il verra et s’écriera : ‘Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant! ’ Au-delà du Fils de l’homme, il a vu le Fils du Dieu vivant, celui qui n’est pas né d’une volonté de chair et de sang, mais de Dieu et qui pourtant est bien de chair et de sang dans le seul but de nous sauver en nous donnant sa nature dans notre nature. Cette liberté du Fils de Dieu dans ce Fils de l’homme qui s’offre pour tous éclabousse les siècles de lumière, d’une pluie de lumière, d’un déluge de lumière où chacun peut s’enfoncer sans se noyer. Au contraire, c’est en mourant avec lui que la vie inviolable, inaccessible au glaive du bourreau, prend vie et nous fait mourir dans la joie avec Pierre et Paul, avec tous les autres martyrs à la suite du Fils de Dieu qui s’offrent avec lui par amour pour la construction du monde nouveau. Ce monde où ni le mal, ni la mort, ni ce qui divise ne peut avoir prise, car chacun dans l’unité de l’amour de Dieu est totalement libre dans son don de lui-même pour les autres.

Ce n’est pas la chair et le sang qui ont révélé cela à Pierre, c’est le Père qui nous aime et qui livre son Fils afin de faire de nous ses enfants. Il n’y a que l’Esprit pour chanter en nous un tel amour, car nos pauvres libertés qui acceptent si aisément de renoncer à la vraie liberté tout comme Hérode, s’abandonnent plus aisément à la musique de la danse de la fille d’Hérodiade, qu’à la prière de l’Esprit pour nous en nous. Il n’y a que l’Esprit pour nous faire voir la réalité du Pain de vie et nous livrer en pain avec lui, seule manière de rendre toute adoration et toute gloire à celui qui se donne entièrement pour nous à chaque instant. Pierre, c’est sur toi que je construirai mon Église, sur toi qui me renieras, sur toi qui voudras me détourner de ma liberté de m’offrir sur la croix pour vous faire renaitre à la vie éternelle. C’est sur toi, parce que tu te laisses libérer et ainsi tu peux devenir pierre vivante de mon Église.

‘Comment peux-tu dire : ‘Vous deviendrez libres’? ’ Jésus leur répondit : ‘En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave. Or l’esclave ne demeure pas à jamais dans la maison, le fils y demeure à jamais. Si donc le Fils vous libère, vous serez réellement libres.’ (Jn 8, 33-36)

Jésus libère notre liberté pour que nous puissions avec lui nous offrir et rendre à la vie toute sa dignité intérieure, là où Dieu est la source de toute vie.

‘Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.’ (Jn 1, 12-14)

NDC