3 janv, Jn 2, 1-12 : Le vin des cruches d’ablution et le bassin du lavement des pieds.

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Évangile :

Jésus était né à Bethléem en Judée,

au temps du roi Hérode le Grand.

Or, voici que des mages venus d’Orient

arrivèrent à Jérusalem

et demandèrent :

« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?

Nous avons vu son étoile à l’orient

et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé,

et tout Jérusalem avec lui.

Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple,

pour leur demander où devait naître le Christ.

Ils lui répondirent :

« À Bethléem en Judée,

car voici ce qui est écrit par le prophète :

Et toi, Bethléem, terre de Juda,
tu n’es certes pas le dernier
parmi les chefs-lieux de Juda,
car de toi sortira un chef,
qui sera le berger de mon peuple Israël. »

Alors Hérode convoqua les mages en secret

pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;

puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :

« Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant.

Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer

pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »

Après avoir entendu le roi, ils partirent.

Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient

les précédait,

jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit

où se trouvait l’enfant.

Quand ils virent l’étoile,

ils se réjouirent d’une très grande joie.

Ils entrèrent dans la maison,

ils virent l’enfant avec Marie sa mère ;

et, tombant à ses pieds,

ils se prosternèrent devant lui.

Ils ouvrirent leurs coffrets,

et lui offrirent leurs présents :

de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,

ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Commentaires :

Cette scène de l’eau changée en vin marque toujours l’esprit, encore aujourd’hui. Les allusions moqueuses circulent allègrement sur ce sujet. Elle abreuve les conversations des incrédules et sceptiques de tous genres comme pour se rassurer de ne pas donner foi à un tel prodige, ni à celui qui l’exécute. 

 « Quel est donc le plus facile, de dire : Tes péchés sont remis, ou de dire : Lève-toi et marche? Eh bien! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et va-t-en chez toi. » (Mt 9, 5-6) Qu’est-il le plus facile, de dire; que l’eau devienne du vin ou que tes péchés te soient remis? Quel est donc le plus important? Le signe dans la réalité apparente qui passe, ou l’usage de ce signe pour nous faire voir la réalité non apparente qui ne passe pas? Jésus remet d’abord les péchés au paralytique et ensuite le guérit de son infirmité pour montrer qu’il peut guérir la paralysie intérieure, celle qui nous éloigne de l’amour dans la paix et la joie de l’Esprit Saint. Jésus déclare fermement à un malade qu’il a guéri ce qui est l’essentiel : « Te voilà guéri; ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive pire encore. » (Jn 5, 14) Jésus n’est pas là pour faire des prodiges dans la réalité apparente pour attirer à lui des fans. Il n’est pas là pour forcer la liberté de l’être humain à le suivre par des miracles. « Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit secrète; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Mt 6, 3-4) Jésus est là pour témoigner de la vérité, de la vraie réalité, celle que la réalité apparente nous cache avec ses artifices. « Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité? » (Jn 18, 37-38) Pilate apprendra ce qu’est la vraie réalité, la vérité lorsqu’il rétorque à Jésus : « Tu ne me parles pas? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier? » Jésus lui répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché. » (Jn 19, 10-11) Dieu est un Dieu caché, il est Esprit, il est invisible aux yeux de l’être humain, mais c’est lui qui dirige. Il voit tout ce qui se passe dans le secret que la réalité apparente ne peut faire voir à nos yeux, là où se trouve la vérité. Il voit que la veuve donne plus avec ces deux piécettes que le riche avec ses millions, puisqu’elle donne tout et le riche ne donne que son superflu. Il ne juge pas sur les apparences, mais sur ce qu’il y a au-dedans de chacun, là où est la vraie réalité, celle que Dieu regarde. « Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Mt 6, 6)  

La vérité est cachée dans le monde de l’apparence, il faut se pencher vers l’intérieur pour y voir clair en ne se laissant pas tromper par les scintillements extérieurs. Il faut se pencher sur la mangeoire pour voir le Fils de Dieu se livrer en nourriture, il faut se pencher vers l’autre pour le servir afin de voir la vérité. Le Seigneur ne dit-il pas : « loin de moi le coeur tortueux, le méchant, je l’ignore. Qui dénigre en secret son prochain, celui-là, je le fais taire; l’oeil hautain, le coeur enflé, je ne puis les souffrir. » (Ps 101, 4-5) La raison sans l’amour s’enfle et le regard devient hautain, le cœur se paralyse, et devant le miracle de l’eau changée en vin, il ne voit que le prodige et non le sens de ce signe que Dieu nous donne. « Quel est le plus facile, de dire : Tes péchés te sont remis, ou de dire : Lève-toi et marche? » (Lc 5, 23) « Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul? » rétorquent les savants de la loi. Mais comment ne voient-ils pas que celui qui remet les péchés comme il soigne le paralytique est celui qu’ils ne veulent pas nommer Dieu? L’œil hautain, le cœur enflé, ils sont prisonniers des apparences et n’entendent rien à ce qui passe dans le secret. « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute pourriture; vous de même, au-dehors vous offrez aux yeux des hommes l’apparence de justes, mais au-dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » (Mt 23, 27-28) Notre monde de consommation ne nous épargne pas avec ses nombreux artifices pour nous cacher la réalité du cœur, celle où peut se changer l’eau en vin, celle qui peut déplacer les montagnes, guérir les âmes. 

Marie, la mère de Jésus était là aux noces et c’est elle « la servante du Seigneur » (Lc 1, 39) qui presse le Seigneur de changer les cœurs de pierre en cœur de chair, de changer l’esprit ancien en esprit nouveau pour instaurer le monde nouveau. Elle le presse, car elle brûle avec son Fils du désir d’allumer le feu de la vraie réalité de Dieu et de son dessein d’amour dans la réalité apparente et trompeuse. Elle brûle de voir la multitude devenir des enfants de Dieu, se laisser porter dans le sein de Dieu en le portant dans leur cœur. Tout l’essentiel se passe dans l’invisible dans cette scène, tout comme à la crèche. Les anges adorent le Fils de Dieu comme Fils de l’homme, ils attendent le moindre de ses soupirs pour le servir. Comment ne pas aimer et vouloir servir celui qui aime infiniment et qui vient servir ceux qui le tueront? Jésus changera l’eau en vin dans cette noce pour annoncer que la noce des noces, celle du Fils de Dieu avec son Église, vient. Les tables de fête se dresseront partout dans le monde, dans tous les temps et jusqu’à la fin des temps pour servir son corps et son sang en nourriture de vie éternelle sous les apparences du pain et du vin. Quel prodige à nos yeux et pourtant que d’amour, de générosité? Dieu tout comme cette veuve avec ces deux piécettes se donne en entier, il ne garde rien pour lui. Il ira même jusqu’à la mort et la mort de la croix. Silence dans les cieux et sur la terre, silence… Dieu se livre entre nos mains, il se laisse fondre dans notre bouche et pourtant c’est nous qui sommes en lui et c’est lui qui nous fait vivre. 

Ce n’est pas encore l’heure, mais elle vient cette heure, où il versera de l’eau dans un bassin pour nous transformer et inaugurer le Royaume de Dieu : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin. (…) il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s’en ceignit et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. (…)» «Comprenez-vous ce que je vous ai fait? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jn 13, 4-5. 12-14)    

Comprenez-vous que je change l’eau en vin pour inaugurer le changement du monde ancien en monde nouveau? 

Sa mère dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Faites tout ce qu’il vous dira et surtout faites comme il fera afin que Dieu vous transforme en enfants de Dieu. Devenez serviteur des autres comme lui ne cesse de nous servir en se faisant notre nourriture. Devenez des êtres de foi, qui croient sans avoir vu, parce qu’il voit au-delà des apparences celui qui meurt sur la croix pour ressusciter pour nous. Devenez des cathédrales de ce Dieu d’amour, des basiliques, que vos yeux soient de vitraux qui chantent sa gloire ! 

NDC