3 juin, Jn 16, 29-33 : Voici l’heure de la dispersion

 In Méditer les écritures


Évangile :

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il parlait à ses disciples. Ceux-ci lui disent alors : « Voici que tu parles ouvertement, sans employer de paraboles. Maintenant nous savons que tu sais toutes choses, et qu’il n’y a pas besoin de t’interroger : voilà pourquoi nous croyons que tu es venu de Dieu. »

Jésus leur répondit : « C’est maintenant que vous croyez! L’heure vient — et même elle est venue — où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul; pourtant je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi. Je vous ai dit tout cela pour que vous trouviez en moi la paix. Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. »

Commentaires :

Qui peut triompher de la mort? Nous savons bien que c’est impossible. Nous pouvons bien siffler dans les cimetières pour éloigner le silence de la peur, nous pouvons en parler avec arrogance, indifférence ou fascination, elle demeure plus forte que toute notre sagesse pour l’éviter, plus puissante que tous les Napoléon de ce monde. Elle entre partout sans avertir, dans les palais, les chantiers, les hôpitaux, sur les routes, elle emporte le vieillard comme l‘enfant, la personne en santé ou le grand malade. Elle ne tient pas compte du jour, ni de l’heure, que ce soit une fête nationale ou un anniversaire, le printemps ou l’hiver, un jour de pluie ou de soleil. 

Elle est en nous dès notre conception, à ce moment où nous sommes sans défense et dépendants de ceux qui nous introduisent en ce monde. Heureux ceux dont les parents prennent bien soin de la tenir éloignée au meilleur de leur possibilité! Il reste que notre nom est écrit dans son livre et qu’elle frappera à la porte de notre cœur selon son aise.    

Nous aurons beau aseptiser notre environnement, tous nos efforts ne feront que la retarder, la ralentir, elle finira toujours par avoir le dernier mot. Certains arriveront même à s’en faire une compagne de chaque jour, tellement ils craindront sa venue impromptue. Sa compagnie obsédante extirpe toute lumière et enserre le cœur avant même de l’avoir fait cesser de battre. 

Nous pouvons bien l’ignorer ou mettre notre assurance en la science, ou la traiter comme une reine lorsque la mort se présente, nous trouvons toujours que c’est trop tôt. Nous parvenons mal à renoncer à tout ce qui faisait notre quotidien, notre identité. À vouloir se convaincre avec les mots qu’il n’y a rien après la mort, que ce n’est que le vide et la poussière, nous sommes vaincus d’avance lorsque son souffle froid nous envahit. La mort ne vient pas avec des mots, elle agit avec force et en silence. Elle nous dépouille, non seulement de nos biens, mais de notre moi avec ses idées sur la mort, de notre langue qui narguait cet instant, de cette lumière qui nous permettait de nous y soumettre, de notre je, de nos amours, de notre histoire. Il y a des instants qui sont des éternités. Le temps est très long lorsqu’il est souffrance. Nous l’avons tous expérimenté, ce temps qui s’étire dans la douleur. Il ne faut pas croire qu’à l’instant ultime de notre départ, ce temps se fera court. Une étincelle suffit pour allumer un incendie, un instant avant la mort suffit pour revoir tous les instants de sa vie. Elle est belle la vie d’un être humain, c’est la plus belle chose en ce monde, car sans elle tous les diamants, tous les palais sont sans vie. Les pierres demeurent dans les entrailles de la terre, l’or dans ses filons sans la main de l’artisan pour les organiser. Tout est déjà vide sans les yeux des enfants pour s’émerveiller. Nous ne sommes pas faits pour la mort, nous le sentons bien. Notre désir de vivre déborde le peu de temps que la mort nous accorde.  

Nous tentons de négocier pour la retarder, de nous révolter pour l’effrayer, de l’oublier pour nous faire croire qu’elle n’existe pas… Rien à faire, il frappe encore et encore. Vient le jour, où celui qu’annonçaient les prophètes renverse l’inéluctable. Ce jour venu, nous restons muets et paralysés devant cette force qui se manifeste : « C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons. » (Mt 11, 15) Il y a tellement de morts, les meilleurs d’entre nous sont morts, Abraham est mort, les prophètes sont morts, comment celui-ci pourrait-il vaincre la mort si c’est en trafiquant avec la mort. 

« Lorsqu’un homme fort et bien armé garde son palais, ses biens sont en sûreté; mais qu’un plus fort que lui survienne et le batte, il lui enlève l’armure en laquelle il se confiait et il distribue ses dépouilles. Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe. » (Mt 11, 21-23) Jésus sera plus fort que la mort et non par la force de ce monde, non par la science, ni la sagesse, mais par l’amour qui descend dans la mort des mortels pour les en libérer en vérité, cette vérité qui ne dit pas un mot et qui par l’Esprit sortira de la mort. « Pilate lui dit donc : “Tu ne me parles pas? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier?” Jésus lui répondit : “Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut. » (Jn 19, 10-11) Il y a ici beaucoup plus fort que toutes les armées. C’est par la faiblesse que Jésus vaincra les puissants de ce monde, par sa pauvreté qu’il nous enrichira de sa vertu qui est plus forte que la mort. 

Les disciples n’entendent rien à cette faiblesse plus forte que toutes les puissances du ciel et de la terre, à cette pauvreté plus riche que toutes les richesses de l’univers. En effet, le Christ a été crucifié dans sa faiblesse librement consentie, mais il est Vivant et la puissance de l’Esprit éclate pour nous (2 Co 13, 4). « Lui qui est riche, s’est fait pauvre à cause de nous pour nous enrichir de sa pauvreté. » « Dieu n’a pas fait la mort », mais la vie; « il ne se réjouit pas de voir mourir les siens » (Sg 1, 13… 2,24) Ils ne comprennent pas encore cet amour trinitaire, cette plénitude de grâce de par sa présence en eux, par la foi en son amour, cette puissance qui se déploie dans la faiblesse. « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. » (2 Co 12, 9) 

Ils comprennent à la lettre ce que Jésus dit : « Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » (Jn 16, 28) Ils ont la conviction que c’est maintenant qu’il établira son royaume et qu’ils pourront recevoir la récompense pour l’avoir suivi. Ils pourront demander ce qu’ils veulent au Père en son nom et tout obtenir. : « Voici que tu parles ouvertement, sans employer de paraboles. Maintenant nous savons que tu sais toutes choses, et qu’il n’y a pas besoin de t’interroger : voilà pourquoi nous croyons que tu es venu de Dieu. » Ils croient à ce qu’ils pensent sur la divinité de Jésus, plutôt que de croire de cette foi qui purifie le regard par la grâce de Jésus et donne de comprendre dans l’espérance et la charité.

Jésus les ramènera à la réalité du dessein d’amour de Dieu qui n’a rien à voir avec les victoires de ce monde, ses combats, ses armes. Jésus leur fait voir qu’ils croient en un Jésus qu’il n’est pas, ce Jésus recherchant la gloire humaine, ce Jésus qui écrase ses ennemis. « C’est maintenant que vous croyez! Leur dit-il et pourtant vous allez tous m’abandonner lorsque je revêtirai le vêtement de l’Agneau, lorsque je me ferai faible. Vous ne comprendrez pas tout de suite que dans cette descente dans la faiblesse, je viens vous donner la force pour qu’au moment où le plus fort que vous viendra vous étouffer dans la mort, vous gardiez confiance que je suis là et que je vous soutiendrai de cette force pour vous faire traverser ce moment. “Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse.”  2 Co 12, 9) Je serai là lorsque la mort te dépouillera et je te revêtirai de la lumière de vie, de cette lumière de ma résurrection des morts. 

Vous croyez et pourtant c’est l’heure où vous serez dispersés : “Il est écrit en effet : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais après ma résurrection je vous précéderai en Galilée.” (Mt 26, 31-32) Après ma résurrection, vous comprendrez où est ma richesse, ma grâce, ma force et vous trouverez la paix. “Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe.” (Mt 12, 30)

“Je vous ai dit tout cela pour que vous trouviez en moi la paix. Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde.” Ce monde avec sa mentalité disperse et rend esclave d’idoles qui ne peuvent rien pour vous aimer et vous entendre. «Le voleur ne vient que pour voler, égorger et faire périr. Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante.» (Jn 10, 10)  

NDC