3 sept, Mt 16, 21-27 : En un clin d’œil la vie reprendra ses droits sur la mort!

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Évangile :

À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur! cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paye de sa vie? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie?
Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père; alors il rendra à chacun selon sa conduite.

 

Commentaires :

Dans la quarantaine, il est normal que l’on s’interroge sur ce que l’on a fait de sa vie et qu’il serait bien temps de lui donner un sens selon nos valeurs avant de mourir. De l’âge de 50 à 60 ans, la pensée de la mort se fait plus présente. Certains y trouvent la motivation de transmettre leurs expériences, d’autres ont la conviction de ne plus trouver leur place. À tel point que depuis quelques années, le taux de suicide chez les personnes âgées de 50 à 64 ans demeure obstinément stable, à un peu plus de 21 pour cent. Environ 300 personnes dans cette tranche d’âge s’enlèvent la vie chaque année au Québec, dont 70 pour cent d’hommes. La dépression est souvent la principale cause ou encore la solitude, la perte d’un travail, d’un conjoint, de la sécurité financière.

Dans la trentaine, la mort est absente de l’esprit d’un jeune adulte. Il organise des projets de vie, il travaille fort pour atteindre ses buts. Jésus est dans la trentaine, il vient tout juste de poser la première pierre de son Église en la personne de Pierre en déclarant que la mort n’aura pas de prise sur cette construction de pierres vivantes.

“À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.”

Pierre est jeté par terre par cette déclaration.

Le projet débute, les ouvriers sont enthousiastes et Jésus annonce sa mort prochaine, non seulement sa mort, mais qu’il devra souffrir beaucoup de la part des Anciens, les plus hautes autorités religieuses du peuple.

Jésus a beau ajouter que le troisième jour il ressuscitera, les disciples ne comprennent rien à ce mot de résurrection. La souffrance comme la mort sont des gouffres à éviter. Ils ne rendent pas ceux qui y tombent. Aujourd’hui, nous savons que Jésus est ressuscité et combien de fois entendons-nous dire que personne n’est jamais revenu des morts pour nous dire ce qui se passait. Une façon de dire que la mort est un endroit sans retour. Pierre n’entend que le mot souffrance de la part des anciens et plus encore qu’ils le tueront. La terre tournait ce jour-là comme tous les jours et encore aujourd’hui, cependant ce tournoiement de la planète n’était rien en comparaison avec les idées qui tournaient dans la tête de Pierre. Il était comme une mère qui vient d’apprendre que son enfant va mourir! Un enfant ne meurt pas avant sa mère. Le Fils de Dieu ne peut mourir! Pierre ignore tout de l’amour contenu dans les paroles de Jésus. Il ne fait pas le lien avec l’Agneau pascal, avec le bâton qui ouvre la mer Rouge pour laisser passer le peuple à pied sec, il ne voit pas la régénération de la multitude par l’eau qui viendra de son cœur transpercé, ni la descente de l’Esprit Saint qui viendra faire sa demeure en eux, il ne voit pas le pain eucharistique. Il est comme une mère sans espérance avec son enfant mort dans ses bras.

L’unique-Engendré de Dieu par l’Esprit Saint dans le sein de la vierge Marie sera le Premier-né d’entre les morts pour devenir nourriture de vie éternelle pour tous les autres.

Il ne faut pas regarder Pierre de manière hautaine en se faisant croire que nous aurions agi autrement.

Qui d’entre nous ne pleure pas à chaude larme la perte d’un être cher? Pourtant, nous avons des témoins de la résurrection qui nous assurent que Jésus a vaincu la mort pour nous et que nous retrouverons nos êtres chers : “Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie; car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue — ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Tout ceci, nous vous l’écrivons pour que notre joie soit complète.” (1 Jn 1-4)

Entendre parler de la mort d’un être cher nous coupe les jambes. L’homme politique Jack Layton est mort dernièrement des suites du cancer. Nous entendons parler de ce qu’il était. Sa dépouille est mise à l’honneur, les gens applaudissent sur son passage, ses proches pleurent et sont en vêtements de deuil. Qui se dégagerait de sa peine en se faisant dire que bientôt, il ressuscitera grâce au Fils de Dieu. Devant la mort, nous perdons pied, aucun mot de soulagement ne nous vient à l’esprit. Nous ne savons que dire aux personnes éprouvées. La mort proclame avec autorité sa puissance, elle dit à la maman que jamais plus elle ne reverra le sourire, les yeux, le corps de son enfant bien-aimé. Poussière, poussière, il ne restera que de la poussière. Tout le monde retourne chez soi en s’essuyant les yeux et après quelques semaines, tout est oublié. Ne faut-il pas deux générations pour oublier le nom des grands-parents?

Pierre est bouleversé d’entendre Jésus commencer à parler de souffrance et de mort, si jeune. Ils viennent tout juste de le connaître, deux ans peut-être, trois. C’est si court dans une amitié, trois années.

-Tu viens de me remettre les clefs du Royaume des cieux et tu parles de mourir!

Ce que Pierre oublie et que nous oublions aisément, c’est que la vie du mortel est bien courte. Elle n’est jamais plus qu’un instant, car à chaque instant nous pouvons mourir et nous le savons. Nous oublions cette brièveté avec toutes nos occupations, mais elle est brève et qu’importe notre âge, notre fortune, notre statut social, en un instant, nos yeux se ferment. Jack Layton venait d’être élu chef de l’opposition, il n’a pas eu le temps de siéger.

Le bouleversement de Pierre le fera s’emporter contre Jésus dans l’espoir de le convaincre de se défendre d’une telle fin devant Dieu. Jésus ne s’adressera pas à Pierre dans sa réplique à son emportement. Il s’adressera à celui qui est à l’origine de la mort et du mensonge qui entretient dans l’homme mortel la conviction que personne ne peut y échapper ni en sortir. Il organise son royaume pour nous rendre esclaves de l’idée de l’omnipotence de la mort, du mal, de la division, de la haine. “Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.” Pierre s’éveillera de sa torpeur, ses idées reviendront au calme devant l’autorité de Jésus.

Il leur fera comprendre que pour vaincre la mort, il faut passer par la mort avec lui pour traverser cet instant de notre vie et accéder à la vie éternelle dans le royaume du Père, là où nous ne faisons qu’un dans l’Esprit d’amour. Les mots semblent durs à l’oreille de celui qui n’a d’oreille que pour les propos de ce monde, pourtant Jésus, le maître doux et humble ne peut dire que des mots d’amour : “Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suit.” Il supplie ses disciples de ne pas être bouleversés, il les supplie comme il le fera après sa résurrection : “Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre coeur? Voyez mes mains et mes pieds; c’est bien moi! Palpez-moi et rendez-vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai.” (Lc 24, 38-39)

Nous n’arrivons pas à croire que nous sommes aimés à ce point. Il faut demander la foi pour voir que nous le sommes, que l’étreinte de Dieu est déjà présente pour nous consoler, nous réconforter, nous donner le goût de la vie. Il ne faut plus que des personnes âgées s’enlèvent la vie, il faut des personnes âgées qui découvrent ce témoignage par l’intermédiaire de toutes les pierres vivantes de l’Église.
“Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paye de sa vie?” Il faut entendre ces paroles comme des supplications d’amour et non des menaces. La vie n’est qu’un instant, qu’est-ce que donner un instant à celui qui nous donne la vie éternelle?

“Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère

Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit

Tu le sais, O mon Dieu!

Pour t’aimer sur la terre, je n’ai rien qu’aujourd’hui!…

Oh! Je t’aime, Jésus! Vers toi mon âme aspire

Pour un jour seulement reste mon doux appui

Viens régner dans mon cœur, donne-moi ton sourire

Rien que pour aujourd’hui!” (Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, 1er juin 1894)

Un instant, encore un instant et le Fils de l’homme va venir dans la gloire de son Père et la gloire de son Père c’est que nous soyons vivants et “portions beaucoup de fruits” ( Jn15, 8)

“En un instant, en un clin d’oeil, au son de la trompette finale, car elle sonnera, la trompette, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons transformés.” (1 Cor 15:52)

 

NDC