30 déc, Lc 2, 22-40 : Écoutez Marie, elle est la source de la vie cachée de Jésus.

 In Méditer les écritures

 

Évangile :

Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petites colombes. Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. L’Esprit lui avait révélé qu’il ne verrait pas la mort avait d’avoir vu le Messie du Seigneur. Poussé par l’Esprit, Syméon vint au Temple. Les parents y entraient avec l’enfant Jésus pour accomplir les rites de la Loi qui le concernaient. Syméon prit l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d’Israël ton peuple. » Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qu’on disait de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Vois, ton fils, qui est là, provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. — Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. — Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre. » Quand les parents de Jésus vinrent le présenter au Temple, il y avait là une femme qui était prophète. Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Demeurée veuve après sept ans de mariage, elle avait atteint l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. S’approchant d’eux à ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

Commentaires :

Qui d’autre que Marie pouvait raconter ce face-à-face avec Syméon et rapporter ses paroles? Qui d’autre que Marie pouvait faire le récit de cette rencontre avec la prophétesse Anne? Marie se souvient bien des détails de ce moment, des noms de ces deux personnes précieuses à son cœur. Elle gardait en son cœur cet événement et le méditait toujours dans le silence et le secret.

« Selon les bons exégètes, Luc est un intellectuel, un artiste aussi, un homme d’une grande intelligence. Il écrit un grec parfait, tandis que Jean, toujours selon les exégètes, a un style plus chaotique.» ( « Suivre l’Agneau » du Père Marie Dominique Philippe – Saint Paul 2005.)  Sa rencontre avec Luc sera pour lui un soulagement. Luc transmettra tout ce que Jean a à lui dire et tout ce que Marie a transmis à Jean. En homme intelligent qu’il est, Luc se rend à la source pour écrire son Évangile, il vient puiser ses mots dans le murmure du cœur de Marie. Les bons exégètes de Jean — le P. Feuillet, le P. Braun, le P. Spicq — sont attentifs à cette dépendance de Luc à l’égard de Jean. Jean est la source principale de l’évangile de Luc. Jean écrira son Évangile très tard, c’est la dernière œuvre révélée. Bien que le texte de l’Apocalypse soit situé en dernier dans les Bibles, ce n’est pas ce récit qui termine les écritures, c’est l’Évangile de Jean.

Luc, dans le Prologue de son Évangile, affirme qu’il veut dire les choses depuis le commencement. (Lc 1, 2-3) Prenons bien notre souffle et écoutons en silence avec Luc ce que Jean lui raconte de ce que Marie lui a dit un jour sur la présentation de Jésus au temple. Cette histoire est profondément ancrée dans son cœur, aussi profondément que ce glaive dont parle Syméon. Les mots lui viennent difficilement à la bouche, tellement son émotion est vive lorsqu’il ramène à sa mémoire ce moment avec Marie. Il ressentait bien comment Marie avait été étonnée d’entendre tout ce qui se disait de Jésus. Elle montrait bien que Joseph avec elle, était tout à fait stupéfait. Ce que l’on disait de Jésus les renversait, mais ce qui les bouleversait encore plus c’était que Dieu les ait choisis pour veiller sur celui qui était leur Créateur. « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante. » (Lc 1, 45-48) Marie raconte son bouleversement et reconnaît en cela la bonté de Dieu, sa grande miséricorde de toujours. Qui pouvait créer un monde en sachant qu’il se retournerait contre lui? Cela était déjà inconcevable. Voilà que son amour le mène à se livrer pour eux afin de les ramener dans ses bras! Marie chante cette miséricorde de Dieu dans son Magnificat : « Saint est son nom, et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au coeur superbe. » (Lc 1, 49-51) La crainte de Dieu n’a rien à voir avec la peur, c’est une disposition de docilité aux inspirations de l’Esprit de Dieu.

La vie cachée de Jésus est pour ceux qui le craignent, pour ceux qui reconnaissent son amour de toujours, sa bonté de toute éternité : « Est-il un homme qui craigne Yahvé, il le remet dans la voie qu’il faut prendre;  son âme habitera le bonheur, sa lignée possédera la terre.   Le secret de Yahvé est pour ceux qui le craignent, son alliance, pour qu’ils aient la connaissance. Mes yeux sont fixés sur Yahvé, car il tire mes pieds du filet. » (Ps 25, 11-15) Syméon était un homme juste et religieux, un homme qui reconnaissait l’amour de Dieu dans sa conscience, même si Dieu lui demeurait caché. Il attendait avec foi le salut et il lui avait été dit dans le murmure de son cœur qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le visage de Dieu. Sa prière constante le gardait dans la confiance, bien que son âge avançait et que la maladie venait frapper à sa porte. « De toi mon coeur a dit “Cherche sa face.” C’est ta face, Yahvé, que je cherche, ne me cache point ta face. »(…) Je le crois, je verrai la bonté de Yahvé sur la terre des vivants. » (Ps 27, 8-9-13) Syméon portait en son cœur cette conviction et il demeurait attentif au moindre mouvement de l’Esprit en son esprit. « Lève-toi, pourquoi dors-tu, Seigneur? Réveille-toi, ne rejette pas jusqu’à la fin! Pourquoi caches-tu ta face, oublies-tu notre oppression, notre misère? » (Ps 44, 24-25) Syméon voulait voir la bonté du Seigneur, cette bonté demeurait cachée. Elle existait depuis toujours, mais Syméon ne pouvait s’attendre à ce que cet amour soit si grand. Tout comme Marie et Joseph, ils sont chavirés devant une telle tempête d’amour.

Marie et Joseph gardent le silence devant tant de merveilles. Ils ne savent trop comment se dévoilera l’identité de cet enfant et comment il accomplira cette libération, ils n’ont que l’amour de Dieu en leur cœur pour guide. « Je n’ai pas pris un chemin de grandeurs ni de prodiges qui me dépassent. Non, je tiens mon âme en paix et silence; comme un petit enfant contre sa mère, comme un petit enfant, telle est mon âme en moi. » (PS 131, 1-2) Cette famille qui arrive au temple est comme plusieurs autres familles modestes. Elles traversent la rue Hérode, entrent dans le Temple, traversent la salle des gentils pour se rendre à la salle des femmes, là où sont les troncs du Trésor pour accomplir la loi du Seigneur. Joseph et Marie ont dans leurs bras le Seigneur, celui qui est plus grand que le temple. Ils gardent ce précieux secret au fond de leurs cœurs et ils se dirigent en silence pour accomplir ce qui est prescrit. Une joie indescriptible rayonne des visages du couple, Syméon reconnaît en les voyant ce qu’il attendait. Il s’approche et prend l’enfant dans ses bras. Pourtant, Marie et Joseph ont croisé plusieurs personnes sur le chemin et personne n’est venu vers eux. Ils sont cachés aux yeux de ceux qui ne vivent pas dans le secret du cœur avec Dieu. « Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Mt 6, 6) Ton Père voit dans le secret, il voit ce que tu fais en secret pour demeurer dans l’amour et non pour rechercher l’estime des autres ou la gloire qui vient des hommes. Il voit dans le secret, et il te le rendra en te montrant son visage. Dieu ne veut pas se cacher, il vient pour se montrer et monter sur le lampadaire de la croix afin d’ouvrir la porte du Royaume. Qui peut le voir, sinon celui qui agit pour plaire à Dieu dans le silence et le secret? « Est-ce que la lampe vient pour qu’on la mette sous le boisseau ou sous le lit? N’est-ce pas pour qu’on la mette sur le lampadaire? Car il n’y a rien de caché qui ne doive être manifesté et rien n’est demeuré secret que pour venir au grand jour. Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende! » (Mc 4, 21-23)

Entendre Marie raconter l’inexprimable exige silence, de ce silence qui est soif et faim de la parole de Dieu, appétit de justice, de paix, de joie pour tous.

« Est-il un homme qui craigne Yahvé, il le remet dans la voie qu’il faut prendre;  son âme habitera le bonheur, sa lignée possédera la terre.   Le secret de Yahvé est pour ceux qui le craignent, son alliance, pour qu’ils aient la connaissance. Mes yeux sont fixés sur Yahvé, car il tire mes pieds du filet. » (Ps 25, 11-15)

Anne, cette femme qui est jour et nuit dans le temple de son cœur et qui dans le silence le sert en secret. Voilà qu’elle ne peut se taire et dit tout haut la merveille qu’elle voit en cet enfant!

Syméon ainsi que Anne ne peuvent retenir leur joie devant un amour qu’ils n’attendaient pas aussi immense, incommensurable! Ils regardent cet enfant et ils ne voient qu’un enfant, mais leurs cœurs chantent la gloire du Fils de Dieu qui vient nous sauver. Cette vieille femme, veuve depuis si longtemps, voit que la vie sera victorieuse de la mort, que le mal cessera ses ravages et que déjà dans ce visage d’enfant, c’est l’aube nouvelle qui est levée.

« Frémissez et ne péchez plus, parlez en votre coeur, sur votre couche faites silence. Offrez des sacrifices de justice et soyez sûrs de Yahvé. Beaucoup disent, “Qui nous fera voir le bonheur?” Fais lever sur nous la lumière de ta face. Yahvé, tu as mis en mon coeur plus de joie qu’aux jours ou leur froment, leur vin nouveau débordent. En paix, tout aussitôt, je me couche et je dors c’est toi, Yahvé, qui m’établis à part, en sûreté. » (PS 4,5-9)

La lumière de sa face est levée et elle brille pour toutes les nations et à jamais.

Normand Décary-Charpentier