30 janv, Mc 4, 1-20, Écoutez ce qui pousse sans faire de bruit dans la terre.

 In Méditer les écritures

Évangile :
Jésus s’est mis une fois de plus à enseigner au bord du lac, et une foule très nombreuse se rassemble auprès de lui, si bien qu’il monte dans une barque où il s’assoit. Il était sur le lac et toute la foule était au bord du lac, sur le rivage.
Il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles, et il leur disait, dans son enseignement : « Écoutez! Voici que le semeur est sorti pour semer. Comme il semait, il est arrivé que du grain est tombé au bord du chemin, et les oiseaux sont venus et ils ont tout mangé. Du grain est tombé aussi sur le sol pierreux, où il n’avait pas beaucoup de terre; il a levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde; et lorsque le soleil s’est levé, ce grain a brulé et, faute de racines, il a séché. Du grain est tombé aussi dans les ronces, les ronces ont poussé, l’ont étouffé, et il n’a pas donné de fruit. Mais d’autres grains sont tombés sur la bonne terre; ils ont donné du fruit en poussant et en se développant, et ils ont produit trente, soixante, cent pour un. »
Et Jésus disait : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende! »
Quand il resta seul, ses compagnons, ainsi que les Douze, l’interrogeaient sur les paraboles. Il leur disait : « C’est à vous qu’est donné le mystère du royaume de Dieu; mais à ceux qui sont dehors, tout se présente sous l’énigme des paraboles, afin que se réalise la prophétie : « Ils pourront bien regarder de tous leurs yeux, mais ils ne verront pas; ils pourront bien écouter de toutes leurs oreilles, mais ils ne comprendront pas; sinon ils se convertiraient et recevraient le pardon. »
Il leur dit encore : « Vous ne saisissez pas cette parabole? Alors comment comprendrez-vous toutes les paraboles? Le semeur sème la Parole. Ceux qui sont au bord du chemin où la Parole est semée, quand ils l’entendent Satan survient aussitôt et enlève la Parole semée en eux. Et de même, ceux qui ont reçu la semence dans les endroits pierreux; ceux-là, quand ils entendent la Parole, ils la reçoivent avec joie; mais ils n’ont pas en eux de racine, ce sont les hommes d’un moment; quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, ils tombent aussitôt. Et il y en a d’autres qui ont reçu la semence dans les ronces, ceux-ci entendent la Parole, mais les soucis du monde, les séductions de la richesse et tous les autres désirs les envahissent et étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit.
« Et il y a ceux qui ont reçu la semence dans la bonne terre : ceux-là entendent la Parole, ils l’accueillent, et ils portent du fruit : trente, soixante, cent pour un. »
Commentaires :
Jésus voit la foule nombreuse qui le voit et qui ne voit pas sa lumière de vie briller dans les ténèbres. Jésus voit toutes ces lampes vacillantes autour de lui qui cherchent nourriture et vêtement, santé et guérison sans se soucier de chercher d’abord le Royaume et sa justice. Jésus les voit, aucun n’échappe à son regard, du petit enfant dans les bras de sa mère, au vieillard bousculé, au papa inquiet du lendemain. Il entend les supplications de chacun que leurs yeux hurlent. Il voit combien plusieurs ont peur encore une fois d’être oubliés, négligés, rejetés et pourtant il est présent à chacun tout entier sur la barque où il s’installe pour les enseigner. Le soleil malgré sa visibilité est moins présent que Jésus dont la présence est invisible ! Jésus est si présent, sa lumière si intense qu’aucune ombre apparaît pour dire la tendresse de la chaleur de son étreinte. «Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie (…) Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme; il venait dans le monde. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu.» (Jn 1, 4-5. 9-10)
Les ténèbres ne l’ont pas saisi, le monde ne l’a pas reconnu et pourtant chacun par lui subsistait, chacun était porté par ce qu’il avait créé et créait toujours.
Écoutez ! dit Jésus. Écoutez le silence pour entendre le bruit de la vie ! Voyez ce qui ne se voit pas et pourtant palpite de vie et vous le savez. Voyez le semeur qui est sorti pour semer. Son pas sans bruit s’avance et le moment venu, il plonge sa main sans bruit dans le sac de semences pleines de vie à son côté. La main pétillante de grains, son bras s’élance, sa main s’ouvre et les semences fendent l’air et tout cela se passe sans bruit. Le pas du semeur, son sac qui danse sur sa hanche, sa main plongeant dans la mer de grains, l’envol de la semence, son atterrissage… Écoutez, il n’y a aucun bruit et pourtant, pourtant, quel déferlement de vie dans le petit monde des semences où chacune court se trouver une place pour sortir de sa coquille dorée et prendre vie! Quelle sagesse faut-il avoir afin de trouver l’endroit pour s’en sortir! Une semence sans réfléchir se réfugie sous les ronces, l’autre sous les pierres, une autre sur le bord du chemin, seule celle qui accepte d’aller là où le semeur l’a lancée pour mourir en silence se verra croître en silence sous la terre.
Écoutez, la vérité de la vie est dans le silence, c’est là qu’elle fait entendre sa voix et demande de mourir avec elle pour ressusciter avec elle au grand jour de la lumière que nous ne pouvons voir sur cette terre.
« Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende! » Celui qui a des yeux pour voir, qu’il voit ! Que celui qui a des oreilles pour n’entendre que ce qui s’entend par l’esprit entende ! Que celui qui a des yeux pour voir la réalité qu’on ne peut voir qu’avec le cœur, voie et qu’ainsi il voie celui qui vient faire entendre l’amour de Dieu en silence sur la croix. Qu’il voie les fleuves pourpres couler de son corps qui blanchit à se vider de son sang pour redonner la couleur à nos corps blêmes de poussière!
Écoutez la neige qui tombe sans bruit et qui pourtant couvrira la terre d’un immense édredon d’étoiles de neige se tenant la main. Écoutez la semence qui grandit sans bruit sous la terre et qui fera au temps venu jaillir ses petites pousses, prometteuses des grands champs de blé qui donneront farine et pain.
Voyez la lumière de la vie qui brille dans l’obscurité, fermez les yeux et ressentez en vous la chaleur de sa présence qui vous a conduit des cellules que vous étiez à ce que vous êtes et pouvez devenir en celui qui vous a semés.
La Parole de vie ne s’entend pas, elle s’écoute dans le silence, elle se garde dans le cœur pour se faire entendre le jour et la nuit comme une lumière qui chasse l’obscurité sans bruit. Il faut accueillir cette Parole et laisser sa science nous instruire afin que nous portions du fruit dans l’amour.
NDC