4 déc, Mt 8, 5-11 : Le centurion, son serviteur et sa foi dans le Serviteur des serviteurs.

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Évangile :
Jésus était entré à Capharnaüm; un centurion de l’armée romaine vint à lui et le supplia : « Seigneur, mon serviteur est au lit, chez moi, paralysé, et il souffre terriblement. » Jésus lui dit : « Je vais aller le guérir. »
Le centurion reprit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Ainsi, moi qui soumis à une autorité, j’ai des soldats sous mes ordres : je dis à l’un : , et il va, à un autre et il vient, et à mon esclave : , et il le fait. »
À ces mots, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. Aussi je vous le dis : Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du Royaume des cieux. »
Commentaires :
Qui n’a pas entendu parler de Jésus. Voilà bien deux mille ans que son nom circule sur les lèvres. Chrétiens, musulmans, bouddhistes, hindous, athées, agnostiques, tous connaissent Jésus et le voient à leur manière. Pour les musulmans, c’est un prophète, mais non le Seigneur, pour les bouddhistes, un maître sur le chemin de l’illumination, pour les hindous, un avatar parmi bien d’autres, pour les athées, une légende, un personnage historique sans plus. « Pour vous qui suis-je? » (Luc 9,20; Mt 16,15; Mc 8,29) demande Jésus. Une idéologie favorable à instaurer la paix sociale, une fiction utilisée pour calmer l’angoisse de la mort, un homme comme les autres.
Un centurion de l’armée romaine dont la religion a pour idée maîtresse que toute chose, animée ou inanimée, a son génie, que peut-il penser de Jésus? Un génie n’a rien d’un savant, ce sont des puissances abstraites, des numina. Les dieux pour les romains sont des divinités comme des êtres animés, de sexe différent, ayant entre eux certaines relations et placés les uns à l’égard des autres dans des rapports hiérarchiques. La religion romaine fait un décalque dans le monde abstrait de ce qui se passe dans le monde concret. Le monde d’en haut est comme celui d’en bas pour eux. Il s’agit de rendre des cultes aux dieux des cieux, de la terre et des enfers pour se les rendre favorables ou s’en protéger.
À se donner la prétention de comprendre ce que personne n’a vu, nous aboutissons à donner une forme à notre mesure de ce que nous ne pouvons connaître. Jésus dénoncera cette prétention qui pousse l’homme à des visées excessives sur sa connaissance de Dieu. « Nul n’a vu le Père, sinon celui qui vient d’auprès de Dieu : celui-là a vu le Père. » (Jn 6, 46) « Dieu, personne ne l’a jamais vu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître. » (Jn 1, 18) « Vous, vous êtes d’en bas; Moi, Je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde; Moi, Je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés; car, si vous ne croyez pas à ce que Je suis, vous mourrez dans votre péché. » (Jn 8,23-24). Jésus, comme le disait à sa maman Syméon, sera un signe de contradiction en ce monde : « Vois! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël; il doit être un signe en butte à la contradiction — et toi-même, une épée te transpercera l’âme! — afin que se révèlent les pensées intimes de bien des coeurs. » (Lc 2, 34-35) Il sera un signe de contradiction avec la manière d’aimer : « Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui l’autre, s’il te demande mille pas, fais-en deux milles. » (Mt 5,39) Il contredira les puissants, lui le Tout-Puissant : « Les puissants de ce monde font sentir leur pouvoir, mais qu’il n’en soit pas ainsi parmi vous, celui qui veut devenir grand sera votre serviteur; et celui qui veut être le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »(Mt 20, 27-28) Le Créateur de l’univers s’incarne dans la chair et choisit de naître dans une étable, d’être couché dans une mangeoire d’animaux… En ce début de l’avent, qui peut le reconnaître dans ce petit nid de bois et de paille, ce Dieu inconnu qui n’est qu’amour, que feu d’amour.
Le centurion romain reconnaît cette contradiction comme un signe venant de Dieu en entendant parler de Jésus et de ce qu’il fait. Il n’est pas dupe du ridicule des flatteries et des honneurs que l’on rend à César pour en faire un dieu, il n’est pas sensible à tous ces cultes rendus à des génies ou démons. Il sait bien que les devins ne prévoient en rien l’avenir, tant de fois, il a été victime de leurs augures, que le feu maintenu dans sa maison n’apporte pas la protection. Son serviteur qu’il aime est si malade et quel est le génie qui peut y changer quelque chose. Y a-t-il un dieu qui parle d’amour dans tous ses dieux, un dieu sensible aux pauvres? Le centurion reconnaît en Jésus celui qui nomme l’ineffable, l’indicible, il le sent dans son cœur, il le ressent si fort. « Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens; je ne viens pas de moi-même; mais lui m’a envoyé. » (Jn 8, 42) Dieu est amour, celui qui demeure dans l’amour, aime celui qui vient au nom du Dieu qui est amour. Le centurion est dans l’amour puisqu’il vient vers Jésus et le reconnaît parce qu’il aime : « Ce que vous faites au plus petit de tous les miens, c’est à moi que vous le faites. » (Mt 25, 40) Il aime ce serviteur, il le considère comme son égal et s’attriste de le voir souffrir et de le perdre. Le centurion voit comme Syméon que cet homme est Celui qui vient au nom du Seigneur, car il vient non comme un maître, mais en Serviteur des serviteurs.
« Seigneur, mon serviteur est au lit, chez moi, paralysé, et il souffre terriblement. » Jésus lui dit : « Je vais aller le guérir. » À l’instant même, ce serviteur est guéri. Jésus n’est pas enfermé dans les limites du temps et de l’espace. Il est libre à l’intérieur de ce temps et il est toujours là où l’amour le demande, qu’importe la distance entre son corps et le malade. Le centurion le sent bien en regardant Jésus dans les yeux. Il voit bien la liberté de son regard, l’autorité de sa parole, la douceur de son visage, l’attention immédiate qu’il lui prête sans rien demander en retour, sans jugement, ni procès.
Jésus ne partage en rien le sentiment commun envers le centurion romain qui est considéré comme un soldat fruste qui se permet tout, tel un vainqueur. Sa présence suscitait la haine dans les cœurs parmi les gens. Jésus l’accueille en regardant au-delà des apparences. Il voit bien ce cœur qui cherche l’amour et la vérité. Jésus entend bien le centurion qui lui dit qu’il n’est pas digne d’entrer sous son toit, il ne demande qu’une parole. Il croit en cette parole qui traverse les cœurs, en cette parole qui soigne, qui élève, qui rend la vie. Il croit. Il reconnaît cette voix qui mène à la joie, qui désarme, qui fait tendre la main. Qui est digne de faire entrer Jésus chez lui? Qui est digne de manger son Pain et de le laisser seul en lui?
Jésus est dans l’admiration devant une telle foi, un tel regard qui voit la réalité qu’on ne peut voir, la réalité non apparente de ce qu’il est pour la multitude.
Ne craignons pas de nous rendre à l’étable devant cet enfant si vulnérable en apparence, ne craignons pas de lui demander d’augmenter notre foi pour nous guérir de ce qui nous enferme dans les artifices de ce qui n’est pas Noël.
« Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, et la domination reposera sur Son épaule.
On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. »(Is 9, 5)
NDC