4 juillet, Mt 9, 1-8 : La paralysie du corps et la paralysie du cœur.

 In Méditer les écritures


Évangile :

S’étant embarqué, Jésus traversa le lac et vint dans sa ville. Et voici qu’on lui apportait un paralytique étendu sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : « Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis. » Et voici que quelques scribes se dirent par-devers eux : « Celui-là blasphème. » Et Jésus, connaissant leurs sentiments, dit : « Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs? Quel est donc le plus facile, de dire : Tes péchés sont remis, ou de dire : Lève-toi et marche? Eh bien! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et va-t-en chez toi. » Et se levant, il s’en alla chez lui. À cette vue, les foules furent saisies de crainte et glorifièrent Dieu d’avoir donné un tel pouvoir aux hommes.
Commentaires :

Voici qu’on apporte à Jésus un paralytique étendu sur un lit. Ceux qui apportent le paralytique viennent à Jésus, non pour eux, mais pour ce paralysé. Les porteurs sont convaincus de ne pas avoir besoin de Jésus et de sa médecine. Ils viendront à lui pour eux, le jour où ils seront dans une situation d’impuissance comme l’homme qu’ils transportent. Ils ont une foi tout extérieure en la puissance de Dieu qui se manifeste en Jésus par l’Esprit. 

« On lui apportait tous les malades et les démoniaques, et la ville entière était rassemblée devant la porte. » (Mc 1, 32-33)  

Le Fils de Dieu se fait Fils de l’homme, dans un corps comme le nôtre, pour infiniment plus que l’établissement d’un paradis temporaire sur terre pour une petite élite. Il ne vient pas abolir la loi, il vient l’accomplir, il ne vient pas abolir le mal dans l’immédiat, ce mal qu’Adam a introduit dans le monde avec son libre arbitre. Jésus vient prendre sur lui ce mal pour nous libérer de son non-sens et lui donner un sens par la grâce qu’il nous obtient pour vivre quelques états que ce soit en ce monde tout en demeurant dans l’amour par son amour. 

Ce qui nous a rendu paralytiques en ce monde, autant que nous sommes, c’est qu’à l’origine, notre père Adam a trouvé séduisante l’idée qu’il n’y avait pas d’autre moyen de se faire l’égal de Dieu que sans Dieu, car il ne nous aimait pas. Il a mordu au fruit de l’individualisme pour découvrir ainsi sa nudité de moyens à se maintenir dans l’unité de l’amour. « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’ai mangé! » (Gn 3, 12) Le prochain est devenu un adversaire, un concurrent, un rival. Voyez Adam qui accuse la chair de sa chair pour sauver son individualité aux yeux de Dieu et Ève qui pour se justifier montre du doigt le Tentateur avec son masque de serpent. Lui ne lève le doigt sur personne, il est décidé de faire chuter Dieu dans la violence, la haine, la vengeance pour qu’ainsi par son mensonge, il instaure son monde nouveau et qu’il en soit le Dieu.  

 La Trinité Sainte ne chutera pas dans la violence, au contraire, elle y entrera pour la prendre sur ses épaules et prouver son amour en se livrant en rançon dans son humanité pour la renouveler. Insoutenable histoire pour notre coeur qui au moindre affront cherche vengeance et savoure sa victoire sur l’ennemi. Déjà dans son amour, le Père prépare plus pour ses créatures qui l’ont expulsé de sa propre création. À l’avance, par les mérites de son Fils qui se donnera librement pour faire renaître l’humanité, il annonce la nouvelle Ève, l’Immaculée Conception qui donnera naissance au Fils de Dieu par la puissance de l’Esprit dans la volonté du Père. « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. » (Gn 3, 15) Dieu ne tombe pas dans la violence. Il demeure dans l’amour, lui qui n’est qu’amour et c’est cet amour qui nous apportera la délivrance de cette paralysie qui nous garde dans notre individualisme, loin des autres qui sont pourtant la chair de notre chair, l’os de nos os.  

Voici ce qu’il donnera comme pouvoir à ceux qui croiront en son amour : « Il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 12-13) Le fruit de la vie éternelle s’élèvera sur la croix et tous ceux qui croiront pourront le cueillir et le manger. L’amour nous sortira du lit de nos tombeaux où Adam est paralysé avec Ève, son épouse. Ils pourront se relever de ce lit et retrouver le regard de l’innocence qui nous donne d’aimer l’autre comme soi-même, car il est la chair de notre chair et l’os de nos os. 

Le temps de l’accomplissement de la promesse d’amour de Dieu est venu. Celui qui prend sur lui le péché qui nous divise est là devant ce paralysé qu’on lui apporte et il dit : « Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis. » Quelle joie devrait exploser dans la foule à ces paroles! Jésus donne sens à la paralysie de cet homme, il le relève intérieurement afin qu’avec lui, il puisse choisir l’amour au lieu de la révolte et s’offrir avec lui pour le salut de tous. 

Au contraire de la joie, quelques scribes outragent le dessein d’amour de Dieu en accusant Jésus d’être un blasphémateur. Eux qui prétendent connaitre l’Écriture ne sentent pas le parfum de l’arbre de vie qui grandit au milieu d’eux et du grand mystère de nouvelle création qui se passera sous leurs yeux. Ils sont paralysés dans leur individualité. Ils n’ont d’oreille que pour ce qui les maintient au pouvoir de la chaire de Moïse pour recevoir honneur et gloire personnelle.

« C’est que l’esprit de ce peuple s’est épaissi : ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur esprit ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. Quant à vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient; heureuses vos oreilles parce qu’elles entendent. En vérité je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu! » (Mt 13, 15-17) Moïse et Élie sortiront de leurs tombeaux pour venir au mont Thabor témoigner de la gloire qui se manifeste parmi nous. Abraham se réjouit de la naissance de Jésus et pourtant ces scribes demeurent aveugles à une telle lumière, ils restent froids devant tant d’amour, d’humilité, de douceur. 

Jésus dans sa bonté, pour leur donner de voir l’immensité de l’amour de Dieu qui venait prendre sur lui nos péchés en son Fils qui se livrait pour nous et les faire entrer dans la joie, leur propose de voir de l’extérieur la guérison du paralysé pour qu’ils croient en son pouvoir de faire de même de l’intérieur. 

« Eh bien! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et vas-t-en chez toi. »

À cette vue, plusieurs cœurs sortirent du lit de leur paralysie et exprimèrent une vénérable crainte à l’endroit de Jésus, de cette crainte dont Pierre, comme suite à la pêche miraculeuse, témoigne : « À cette vue, Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant : “Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur!” (Lc 5, 8) Les langues se déliaient dans la foule et plusieurs glorifiaient Dieu. 

Les quelques scribes, ces chercheurs de gloire individuelle, s’offusquaient d’entendre des gens glorifier Dieu devant le miracle accompli par Jésus, c’était reconnaître que ce Jésus avait le pouvoir de remettre les péchés. 

NDC