4 juin, Mc 12, 1-12 : L’amour incommensurable pour les vignerons homicides.

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Évangile :
Jésus se mit à parler en paraboles aux chefs des prêtres, aux scribes et aux anciens : « Un homme planta une vigne, il l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage.
« Le moment venu, il envoya son serviteur auprès des vignerons pour se faire remettre par ceux-ci ce qui lui revenait du produit de la vigne. Mais les vignerons se saisirent du serviteur, le frappèrent, et le renvoyèrent sans rien lui donner.
« De nouveau, il leur envoya un autre serviteur; et celui-là, ils l’assommèrent et l’insultèrent. Il en envoya encore un autre, et celui-là, ils le tuèrent : puis beaucoup d’autres serviteurs : ils frappèrent les uns et tuèrent les autres.
« Il lui restait encore quelqu’un : son fils bien-aimé. Il l’envoya vers eux en dernier. Il se disait : Ils se saisirent de lui, le tuèrent, et le jetèrent hors de la vigne.
« Que fera le maître de la vigne? Il viendra, fera périr les vignerons, et donnera la vigne à d’autres. N’avez-vous pas lu ce passage de l’Écriture : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux? »
Les chefs des Juifs cherchaient à arrêter Jésus, mais ils eurent peur de la foule. (Ils avaient bien compris que c’était pour eux qu’Il avait dit cette parabole.) Ils le laissèrent donc et s’en allèrent.
Commentaires :
À la suite de la question des prêtres, des scribes et des anciens qui demandaient à Jésus de qui il tenait l’autorité d’enseigner au Temple, il règne un silence tendu au milieu d’eux. Jésus, à leur grand étonnement, a déposé la réponse à leur question sur leurs propres lèvres, par une question à la question sur son autorité. Le baptême de Jean de qui « venait-il du ciel ou des hommes? » (11, 30). Les prêtres, scribes et anciens qui sont d’habiles stratèges pour piéger leurs adversaires comprennent vite que répondre à cette question de manière négative ou positive ne mène pas à confondre Jésus et à le faire taire. Ils choisissent délibérément de se taire et d’attendre une autre occasion pour le condamner publiquement.
Le silence est lourd, car la réponse est claire dans l’esprit de plusieurs qui sont présents. Le baptême de Jean vient du ciel et Jean a bien témoigné que Jésus était l’Élu de Dieu. Pourtant, si les autorités n’osent affirmer le contraire, c’est qu’ils ont peur de la foule qui tient Jean Baptiste pour un prophète. Les gens dans la foule n’osent dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Ils craignent de témoigner de peur des autorités. Ils savent qu’ils seront exclus du Temple. Le silence est lourd et inquiet. Les regards sont tournés vers Jésus. Va-t-il répondre à ce silence à sa question? Les prêtres, scribes et anciens fendent le silence pour mieux se justifier de se taire : « Nous ne savons pas! » Alors Jésus leur dit : « Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais cela. » (11, 33) Jésus ne le dira pas parce que dans sa question, il leur dit par quelle autorité il enseignait au Temple. Dans sa question, il leur dit aussi qu’ils ne veulent pas savoir par qui il a autorité, ce qu’ils veulent, c’est le tuer. « De la gloire, je n’en reçois pas qui vienne des hommes; mais je vous connais : vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu; je viens au nom de mon Père et vous ne m’accueillez pas; qu’un autre vienne en son propre nom, celui-là, vous l’accueillerez. Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique. » (Jn 5, 41-44)
Jésus aime de l’amour dont il est aimé du Père, il aime, il n’est qu’amour, il aime ces gens qui l’écoutent, les scribes, les prêtres et les anciens comme les autres et tout autant que tous les autres. Il n’est pas là pour argumenter, négocier, débattre, convaincre, confondre, il est là pour se donner, se livrer pour ceux à qui il donne déjà tout et qui sans lui ne serait pas là, car il subsiste en lui. Sans lui, il n’y aurait rien, tout ne serait que vide et néant, c’est par lui que tout a été créé et en qui tout subsiste, il était avant le commencement. « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham existât, Je Suis. » (Jn 8, 58) Qui peut entendre de la voix d’un homme semblable à un autre homme, une telle vérité? Avant Moïse, avant le Temple, avant David, avant les prophètes, avant le commencement du monde, il était.
Jésus est là, revêtu de notre condition humaine, pour élever notre nature à la dignité d’enfant de Dieu, comme lui, par lui qui se donne à ceux à qui il donne déjà tout. Que pourrions-nous bien lui rendre?
Jésus ne renoncera pas à leur dire son amour et l’amour du Père pour eux. Il voudrait tant les rassembler sous ses ailes : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes… et vous n’avez pas voulu! Voici que votre maison va vous être laissée déserte. Je vous le dis, en effet, désormais vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! » (Mt 23, 37-39)
Jésus leur racontera une parabole pour leur faire saisir cet amour du Père, l’amour du Fils et de l’Esprit qu’ils ont en commun. C’est l’histoire d’un homme qui plante une vigne, sa vigne, une belle vigne, toute prête pour en tirer des vendanges et du vin pour la fête. Il l’entoure d’une clôture afin que « les passants ne la grappillent pas en chemin, que le sanglier des forêts ne la ravage, que la bête de champs la dévore. » (Ps 80, 13-14) Une belle vigne, avec son pressoir et sa tour de garde pour veiller à la préserver des ennemis. Un homme a planté une vigne, disait Jésus, et les auditeurs croient entendre le psaume : « Il était une vigne, tu l’arraches d’Égypte, tu chasses des nations pour la planter; devant elle tu fais place nette, elle prend racine et remplit le pays. Les montagnes étaient couvertes de son ombre, et de ses pampres les cèdres de Dieu; elle étendait ses sarments jusqu’à la mer et du côté du Fleuve ses rejetons. » (Ps 80, 9-12) Et cet homme partit en voyage et la confia en fermage à des vignerons. Les chefs du peuple comprenaient bien le sens du début de la parabole de Jésus.
Ils ne savaient trop où Jésus les conduirait. Le moment venu, l’homme envoya son serviteur auprès de ceux à qui il avait confié la vigne pour recevoir ce qui lui revenait. Il sera chassé par les locataires de la vigne. Le maître pouvait bien réclamer justice sur le champ et envoyer des autorités pour les punir, non, il envoie un autre serviteur et le traitement qui lui est réservé est pire que celui du premier. Le maître envoie un autre serviteur et son sort sera encore pire. Quel est ce maître qui déploie tant de patience envers des vignerons si injustes, si coupables? Ils sacrifient ses fidèles serviteurs en leurs mains dans l’espoir qu’ils changeront. Malgré les traitements réservés à tous ceux qu’il leur envoie, il déléguera son fils bien-aimé pour leur réclamer ce qui lui revient.
Cet homme brûle d’un amour certain pour ces vignerons pour livrer entre leurs mains celui qui est précieux comme la prunelle de ses yeux. Ces hommes demeurent aveugles à cet amour, ils restent sourds à ses cris de tendresse. « Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe qui disait : Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. C’est que l’esprit de ce peuple s’est épaissi : ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur esprit ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. » (Mt 13, 14-15)
En voyant le fils du maître, ils se disent la chose la plus insensée qui soit, tellement leur esprit s’est épaissi, leur cœur s’est endurci à tirer profit de ce qui ne leur appartenait pas et qu’ils avaient reçu gratuitement et continuaient à profiter sans vouloir en rendre compte. « Voici l’héritier, tuons-le, et l’héritage sera à nous. » Comment avoir l’héritage en tuant l’héritier? Cela ne force en rien le testateur à donner son héritage à ceux qui ont tué son héritier!
Pourtant l’amour du Père et quel amour, un amour dont nous ne pouvons être à la hauteur, persiste, car voici ce qui se passera! L’héritier que les vignerons tueront, le Père en fera la vigne véritable : « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. » (Jn 15, 1-2)
Quel amour insupportable que cet amour qui n’est qu’amour et à qui nous devons tout, car tout vient de lui, tout est par lui et en lui! Quel amour insoutenable que cet amour à qui nous ne pouvons rien rendre, car tout nous vient de lui! Chaque raisin que nous pressons vient de lui, chaque esprit mauvais gardé hors de la vigne est chassé par lui, et pourtant, sur rien de ce qu’il nous donne, il ne met son nom, et sur tout il nous demande de donner un nom, comme si nous en étions les maîtres : « Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné. » (Gn 2, 19)
Quel amour intolérable pour nos cœurs si avides de gloire humaine! Quel amour inépuisable, patient, doux, tendre avec lequel nous ne pouvons pas nous mesurer, car il est incommensurable!
Que fera le maître de la vigne à ceux qui ne veulent pas aimer de l’amour dont ils sont aimés? Il les fera périr de la manière dont ils font périr son amour dans leur cœur. Qui peut vivre sans cet amour qui n’est qu’amour? Dieu est amour, il est la vie. Comment rendre à Dieu son amour sinon en mourant d’amour avec lui pour les autres afin de construire la vigne véritable, là où le vin de l’ivresse dans l’Esprit est inépuisable?
« N’avez-vous pas lu ce passage de l’Écriture : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux? » « C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. » (Jn 15, 8-11)
Les chefs des prêtres ne voulaient pas de cette joie. Ils avaient à la bouche le goût du fruit interdit, cette saveur d’homicide provenant du père du mensonge, qui répétait sans cesse : Dieu ne vous aime pas! Dieu ne vous aime pas! Devenez héritiers de son royaume en tuant l’héritier! Versez le sang innocent pour vous enivrer! Pourtant l’amour de Dieu a été plus fort que l’homicide et c’est dans la mort de l’héritier qu’il a donné, à tous ceux qui croyaient à son amour, de devenir enfants de Dieu et ainsi héritiers du Royaume.
Comment rendre à Dieu son amour, sinon en se donnant avec lui pour les autres, Lui qui ne cesse de se donner pour nous afin que nous ayons la vie éternelle? N’est-ce pas ce don à celui qui se donne qu’est l’adoration véritable? « Mais l’heure vient — et c’est maintenant — où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer. » (Jn 4, 23-24)
NDC