4 oct, Mc 10, 13-16, Les enfants, ces maîtres de l’esprit.

 In Méditer les écritures


Évangile :

On présentait à Jésus des enfants pour les lui faire toucher; mais les disciples les écartèrent vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : Celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.

Commentaires :

Qui n’a pas de difficultés dans l’éducation des enfants? Ils sont souvent turbulents, enjoués, susceptibles d’attraper des virus. Ils posent des questions sans arrêt, les uns sont jongleurs, d’autres acrobates, certains se replient sur eux-mêmes, un autre est agressif, trop gentil. Les enfants sont un souci pour les parents et ils voudraient bien les orienter afin qu’ils prennent le chemin pour se réaliser pleinement.

Il était tout à fait normal que les parents désirent que leurs enfants touchent à Jésus en qui ils voyaient un adulte accompli, plus encore pour certains, le Saint de Dieu qui pouvait leur assurer d’être sous la bonne garde du Père des cieux.

Les disciples croyaient que ce n’était pas la place des enfants d’être là à vouloir toucher Jésus. À la synagogue, les enfants ne tenaient pas en place longtemps. Ils ont bien la tête couverte d’une kippa, en signe de soumission et de crainte de l’Éternel, mais ils ont la tête ailleurs après quelques moments. Ils ne comprennent encore rien aux prières en hébreu. Les cérémonies n’arrivent pas à maintenir leur attention et ils  deviennent vite agités.

Les disciples écartent donc vivement les enfants, assurés de faire ainsi la volonté de Jésus. Loin de là! Jésus se fâche! Ce n’est pas une attitude courante chez Jésus que de se fâcher. Au temple, il se fâche pour sortir les vendeurs afin la maison de son Père demeure une maison de prière. Ici, il se fâche pour sortir de la tête des disciples leur manière de voir les enfants.

Malgré toutes leurs distractions, leurs agitations, leurs manques de connaissance, leurs franchises à dire leur ennui, leur curiosité, leur insolence inconsciente, malgré tout cela, laissez-les venir à moi, dit Jésus. Les disciples sont étonnés que Jésus porte autant d’attention aux enfants. Jésus ajoute une chose qui les bouleversera encore plus; « Le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent ».

Nicodème avait entendu quelque chose de semblable de la bouche de Jésus lorsqu’il était venu le voir en secret de ces collègues du sanhédrin pour lui poser des questions sur son identité : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » Nicodème lui dit : « Comment un homme peut-il naître, étant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître? » (Jn 3, 3-4)

Évidemment, tout comme pour Nicodème, il ne faut pas sauter trop vite à une conclusion du mot à mot. Jésus ne demande pas è Nicodème de retourner dans le sein de sa mère, pas plus qu’il ne demande aux disciples de devenir infantiles. Il s’agit d’accueillir le royaume de Dieu à la manière d’un enfant.

N’est-ce pas un enfant qui le premier a tressailli à sa présence : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi? Car lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. »(Lc 1, 43-44)

Jusque dans les années 1960, nous pensions qu’un enfant n’était qu’un tube digestif et une bouche. Nous découvrons de plus en plus toute la sensibilité de l’enfant, sa réceptivité à ce qui se passe autour de lui, son intuition, son intelligence. Il sent et ressent ce qui se passe autour de lui avec beaucoup de compassion, pourrions-nous dire : une sorte d’empathie naturelle envers la joie et la tristesse de ceux qui l’entourent. L’enfant est un être entier malgré qu’il ne connaisse pas encore sa fonction. Ce n’est pas notre métier qui nous dit notre identité. Je ne suis pas un pompier, un médecin, un avocat, un plombier ou ce que vous voulez. Je suis beaucoup plus que cela. Je suis un enfant de Dieu, un enfant créé à son image et qui doit se mettre au monde à la ressemblance de Dieu par son Fils que le Père nous envoie.     

Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » Nous sommes des enfants, qu’importe notre tâche, notre fortune, notre gloire en ce monde, nous demeurons des enfants et nous devons renaître comme Jésus le dit à Nicodème.

Il est impossible de vivre l’amour de Dieu et du prochain comme Jésus le demande et le vit sans l’esprit d’enfance. Qui peut accepter de faire deux mille pas avec celui qui lui en demande mille, sinon un enfant? Qui peut pleurer avec ceux qui pleurent sinon un enfant? Qui peut ne pas juger et continuer à aimer avec autant d’intensité, sinon un enfant? Qui peut donner sa vie par amour pour ses amis, de manière naturelle sans se prendre pour un héros, sinon un enfant? Qui peut donner d’une main tandis que l’autre main l’ignore, sinon un enfant? Qui peut se fâcher sans avoir de rancune, sans intérêt, sinon un enfant?

Qui mieux que Marie vivait l’enfance spirituelle dont Jésus parlait? Son silence en dit long de cet esprit. Elle n’a jamais pris trop de place malgré que Dieu lui demandait de prendre sa place de mère et de fille de Dieu. Qui mieux qu’elle, peut nous enseigner cet esprit. « Le regard de la Vierge est le seul regard vraiment enfantin, le seul vrai regard d’enfant qui ne soit jamais levé sur notre honte et notre malheur.

Oui, pour la bien prier, il faut sentir sur soi ce regard qui n’est pas tout à fait celui de l’indulgence (car l’indulgence ne va pas sans quelque expérience amère), mais de la tendre compassion, de la surprise douloureuse, d’on ne sait quel sentiment encore, inconcevable, inexprimable, qui la fait plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle est issue, et bien que Mère par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain. » (Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne, 1936, p. 1194.)

Qui peut se prétendre plus jeune que Marie, nous qui avons à nous défaire de l’homme ancien pour retrouver cette jeunesse qui nous permet de passer par la porte étroite du royaume de Dieu. « Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, de l’homme ancien qui est en vous, corrompu par ses désirs trompeurs. Laissez-vous guider intérieurement par un esprit renouvelé. Adoptez le comportement de l’homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l’image de Dieu. Débarrassez-vous donc du mensonge, et dites tous la vérité à votre prochain, parce que nous sommes membres les uns des autres. » (Ép 4, 21-25)

NDC