5 avril, Lc 24, 35-48 : « Avez-vous ici quelque chose à manger? demande Jésus

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5 avril, Lc 24, 35-48 : « Avez-vous ici quelque chose à manger? demande Jésus
Évangile :
Les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment ils avaient reconnu le Seigneur quand il avait rompu le pain.
Comme ils en parlaient encore, lui-même était là au milieu d’eux, et il leur dit : « La paix soit avec vous. » Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. » Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement.
Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger? » Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. Puis il déclara : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures. Il conclut : « C’est bien ce qui était annoncé par l’Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins. »
Commentaires :
À la suite de la mort de Jésus, les disciples étaient dans une profonde tristesse. Pourtant, ils ne voulaient pas laisser mourir Jésus en eux. Il était bien mort celui qu’ils aimaient. Ils l’ont vu sur la croix. Certains se cachaient pour le contempler de loin de peur d’avoir le même sort. Jean lui était tout près de la croix avec Marie, la mère de Jésus. Il était tout près comme il était près lors de la dernière cène et cette proximité lui enlevait toute peur. L’odeur des parfums de la vie était si forte, malgré l’acharnement dont Jésus était victime de ceux qui souhaitaient le faire mourir. Dans l’ombre de la croix, il n’avait pas l’impression d’être au chevet d’un mourant, mais plutôt d’être proche de sa propre mort. Jean devenait invisible dans cette proximité avec Jésus et sa mère. Il était aussi invisible que la gloire du crucifié dans cette obscurité de haine sans raison. Il n’y avait que les moqueries et les insultes qui se faisaient entendre, les pardons de Jésus demeuraient secrets avec le Père. Oui, une gloire démesurée illuminait le calvaire, une gloire dont les anges stupéfaits contemplaient l’éclat avec adoration pour unique réponse. Dans les ténèbres du mensonge de sa condamnation brillait la vérité de son amour et de l’amour du Père. Dans l’obscurité de la mort éclatait la lumière de la vie éternelle qui se livrait librement afin de donner sa vie à ceux qui le menaient à la mort. Les ténèbres de la mort avec son voile plus épais que les océans se jetaient sur l’Agneau de Dieu pour ne pas laisser passer sa lumière aux yeux des mortels. Les ténèbres se dissipaient pour ceux et celles qui étaient proches du charbon ardent du corps de Jésus, de son sang très précieux. Ils en ressentaient la chaleur dans la froideur de la mort qui inondait la place.
Les disciples, pour mieux combattre la tristesse de la mort de Jésus et vivre leur deuil, se cherchaient afin de se rassembler et de se raconter toutes les merveilles qu’ils avaient vécues avec lui, pour essayer de comprendre, pour se réconforter. Le temps avait perdu tout son sens sans Jésus. Ils étaient retournés à la vie sans but qu’ils connaissaient avant de rencontrer Jésus. Ils voulaient parler de lui, se soulager de leur honte de l’avoir abandonné. Plusieurs disciples se culpabilisaient. Heureusement que Marie était là pour les porter dans la lumière qui rayonnait par sa présence. Elle était là, dans un silence qui parlait fort de l’espérance, de la foi, de l’amour dont Jésus les aimait.
Si les disciples n’avaient pas été à la hauteur pour mourir avec lui, ils voulaient le garder en vie à un niveau moral, ils voulaient préserver la présence de Jésus, le faire survivre du moins dans la mémoire. Pourtant, ils avaient encore si peur des autorités. Ils ne se voyaient pas sortir sur la place publique pour maintenir le souvenir vivant de Jésus dans la mémoire collective. C’est entre eux qu’ils partageaient anecdotes et histoires pour le rendre présent. Ils auraient bien voulu déchirer le voile de la mort pour le tirer de son linceul et le ramener à la vie comme Jésus savait si bien le faire. Son ami Lazare était là pour témoigner de cette puissance que Jésus avait en lui. Pourquoi cette impuissance tout à coup, pourquoi cette distance infranchissable avec lui? Jésus n’était plus dans le temps, il était passé du côté de l’intemporalité, du côté où le corps se fond dans la terre, du côté où l’esprit n’a plus de main pour toucher, d’yeux pour voir, d’oreilles pour entendre, de bouche pour parler.
Jésus était mort, mais pour eux, il existait toujours en tant que personne à aimer. Jean Baptiste aussi était mort et pour les disciples, Jésus était allé le rejoindre, l’histoire de ces deux grands maîtres était du passé. « Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël! » La mort avait bel et bien mis un point final à cet espoir.
Pourtant, l’invraisemblable se discute parmi les disciples rassemblés et cachés. Ils se racontent entre eux non pas le passé, mais le présent. Jésus était présent dans notre présent, il était là dans l’actuel, tout autant que nous. Il a marché avec nous, il nous a parlé. Jamais les Écritures n’ont été si claires qu’après ses explications et en plus notre cœur était brûlant à l’écoute de sa parole. Ne pouvant croire que c’était lui, nous ne le reconnaissions pas, mais lorsqu’il a rompu le pain, à ce moment, nous l’avons reconnu et il a disparu. À l’instant, ils sont revenus à Jérusalem pour rencontrer les disciples et leur dire.
En le racontant, à voir le visage des disciples, ils se demandaient si ceux-ci accordaient du crédit à cette histoire de leur rencontre avec Jésus. Voyons, une telle rencontre dépasse l’entendement! Il est mort, il est bel et bien mort. Nous savons où se trouve son corps. S’il était là, bien vivant, en chair et en os, nous le saurions. Il viendrait chez l’un ou l’autre d’entre nous. Il ne pourrait passer inaperçu à Jérusalem.
Comme ils parlaient encore et s’interrogeaient intérieurement, Jésus lui-même était là au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. » Qui a dit cela, se demandent-ils? Ils regardent celui qui a parlé, ils semblent voir Jésus. Ils ne parviennent pas à croire ce qu’ils voient. Le gros bon sens des pêcheurs de poissons s’efforce de reprendre raison devant ce qu’ils voient et entendent. C’est impossible que Jésus en chair et en os soit là au milieu d’eux. Comment un mort peut-il revenir de la mort avec son corps et un corps intact de ce qu’il venait de subir voilà trois jours? Il a été flagellé ce corps, sa tête a été couronnée d’épines, ses mains et ses pieds cloués à la croix, son cœur transpercé d’une lance. Les disciples sont muets devant cette présence au milieu d’eux. Ils se rangent le long des murs, les chaises se renversent. Ils se croient victimes d’une illusion ou encore d’une visite d’un esprit du monde des morts qui vient leur demander des comptes pour leur abandon de Jésus lors de son arrestation.
S’ils pouvaient s’enfuir encore une fois, ils le feraient. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. » La joie se faufile une place dans leur visage encore rempli de stupeur. Ils n’arrivent pas à croire que c’est bien Jésus qui est au milieu d’eux. Ils approchent et reculent, ils croient et ils doutent, ils lèvent les yeux vers lui et l’instant d’après se frottent les yeux pour être surs qu’ils voient ce qu’ils voient. Comment peut-il être là, la porte était bien verrouillée?
Ils sont bien comme tous les êtres humains. Ils croient aisément de ce dont ils devraient douter, comme en la puissance de l’argent, au plaisir, au pouvoir, au savoir, à la gloire humaine, à la richesse, à la santé, à la mort, au vide, au néant. Ils croient facilement ce qui ne comporte aucun risque et qui leur apporte un gain immédiat, qu’importe d’y perdre son âme. Avons-nous vraiment une âme, ne sommes-nous pas que des êtres chimiques, enfant du hasard et du néant? Ils veulent bien tout perdre au jeu et croire que la chance leur sourira au prochain tour, de toute manière nous allons tout perdre et mourir. Ils veulent croire que la vie est courte et qu’il faut en profiter pour ne pas s’interroger sur le sens de la vie.
L’être humain toutefois doute de ce qu’il devrait croire. En regardant les yeux d’un bébé, de sa grâce, ne devrait-il pas croire que cet enfant n’est pas fait pour la mort? Pourquoi douter que cet enfant vaille plus que tout l’univers, les mamans en témoignent chaque jour depuis le début des temps? Pourquoi douter que notre désir de vivre doive baisser les bras devant la mort qui se fait inévitable? Pourquoi douter que l’amour en nous qui est si fort quelquefois que nous donnerions notre vie pour ceux que nous aimons, pourquoi douter que cet amour vient d’une source d’amour qui est à l’origine de ce que nous sommes? Pourquoi douter que nous soyons aimés, nous qui pleurons si aisément devant les histoires d’amour que nous racontons? Pourquoi douter que Dieu nous aime au point de s’incarner dans notre chair et nos os et se livrer pour nous à ce qui nous tient enchainés à la tristesse, à l’esclavage de la mort pour nous en sortir et nous élever à sa dignité?
Nous doutons de ce dont nous devrions ne pas douter en voyant les yeux d’un enfant et nous ne doutons pas de ce que nous devrions douter à la seule vue de l’or qui brille et de la puissance provisoire qu’elle donne.
Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger? » Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. » Jésus n’est pas venu sur terre pour retourner au ciel et se dire dans son bonheur qu’il n’y a rien à faire avec nous. Il est venu sur terre pour se livrer pour nous et nous élever à sa dignité d’enfants de Dieu avec notre nature humaine. Crois-tu cela? Crois-tu que la vie est faite pour vivre et la mort pour mourir? Crois-tu que l’amour doit prendre toute la place dans nos cœurs et que la haine avec toutes ses vengeances, rancunes, meurtres, jalousies, disputes doit en disparaître pour ne plus y trouver la moindre place pour respirer?
Que la paix soit avec vous, dit Jésus. Le temps des blessures que l’on fait, que l’on se fait et que l’on se fait faire est révolu. Jésus a pris sur lui toutes nos blessures, toutes et il guérit ceux qui les lui remettent pour leur donner sa paix qui est vie. « Vous le savez, ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or et l’argent, car ils seront détruits; c’est le sang précieux du Christ, l’Agneau sans tache. » (1 Pi 18-19) « Lui qui n’a pas commis de faute — et il ne s’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche; lui qui insulté ne rendait pas l’insulte, souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge avec justice; lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice; lui dont la meurtrissure vous a guéris. » (1 Pi 2, 22-24)
« Avez-vous ici quelque chose à manger? » Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. » Jésus est venu sauver chacun dans son intégrité avec tous ceux qui ont participé à sa venue au monde et tous ceux qui suivront avec lui, avec leur chair et leur os. Il a tout pris sur lui pour nous réconcilier avec le Père, source de la vie et nous réconcilier entre nous afin que nous retrouvions l’unité dans la diversité, Dieu en nous par le Fils dans l’Esprit Saint et nous en lui par notre accueil de son amour et notre volonté d’y demeurer par la grâce du Christ.
L’histoire peut oublier tous ces enfants morts à travers les siècles, toutes ces mères, ces fils, ces filles, ces papas, Dieu, lui n’en oublie aucun, plus encore, Dieu garde en son cœur chaque instant de leur vie, chaque soupir, chaque peine, il prend tout sur lui pour rendre à chacun la vie. « Dieu a choisi Jésus comme juge des vivants et des morts. C’est à lui que tous les prophètes rendent ce témoignage : Tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés. » (Act 10, 43) Par la foi en lui, il reçoit le pardon des blessures qu’il a faites aux autres, il donne le pardon à ceux qui l’ont blessé et ainsi il vit en Jésus dans le Père, par l’Esprit Saint que le Fils lui a donné en descendant dans la mort pour tous.
Dieu n’est pas un fantôme, ni un souvenir, c’est un Dieu vivant en trois personnes qui ne font qu’un et en qui nous pouvons vivre par le Christ qui s’est fait chair.
L’Éternel est là, au milieu d’eux en chair et en os dans le monde temporel. Il est là pour les envoyer annoncer cette conversion, ce renversement de nos mentalités mortelles en mentalités immortelles, car l’Éternel a pris sur lui tout ce qui était blessure causée par le péché et tout ce qui était mort.
« La paix soit avec vous. »
NDC