5 déc. Mt 15, 29-37 : Le pain du groupe rock et le pain de Jésus.

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Évangile :
Jésus gagna les bords du lac de Galilée, il gravit la montagne et s’assit. De grandes foules vinrent à lui, avec des boiteux, des aveugles, des estropiés, des muets, et beaucoup d’autres infirmes; on les déposa à ses pieds et il les guérit. Alors la foule était dans l’admiration en voyant des muets parler, des estropiés guérir, des boiteux marcher, des aveugles retrouver la vue; et ils rendirent gloire au Dieu d’Israël.
Jésus appela ses disciples et leur dit : « J’ai pitié de cette foule : depuis trois jours déjà, ils sont avec moi et n’ont rien à manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeun; ils pourraient défaillir en route. » Les disciples lui disent : « Où trouverons-nous dans un désert assez de pain pour qu’une telle foule mange à sa faim? » Jésus leur dit : « Combien de pains avez-vous? » Ils dirent : « Sept, et quelques petits poissons. » Alors il ordonna à la foule de s’asseoir par terre. Il prit les sept pains et les poissons, il rendit grâce, les rompit, et il les donnait aux disciples, et les disciples aux foules.
Tous mangèrent à leur faim; et, des morceaux qui restaient, on ramassa sept corbeilles pleines.
Commentaires :
Un groupe rock arrive en ville. Il est là pour se produire en spectacle. Les billets pour y assister sont tous vendus depuis longtemps. De nombreux admirateurs informés de leur arrivée s’attroupent pour apercevoir les membres du groupe. Les fans se bousculent pour les atteindre et obtenir un autographe. Plusieurs en s’approchant n’arrivent pas à croire qu’ils sont devant leurs idoles. Ils tremblent, pleurent, deviennent muets et sourds.
Au soir attendu du spectacle, ils sont là devant la scène à attendre l’entrée du groupe. Ils sont impatients de sortir de leur petit monde au son de la musique. Dans cette frénésie, ils oublieront leurs maux, ils se laisseront emporter par la contagion qui se répandra sur la foule. Les immenses boîtes projetant le son des guitares et des drums assureront que personne dans la salle n’échappe au rythme. Chaque poitrine deviendra une peau de tambour. Les spectateurs se fusionneront les uns aux autres dans le feu produit par leurs idoles et pour quelques instants, ils se noieront dans ce déluge de son.
Toutefois, il y a un prix à payer pour être là autour de ces magiciens qui suscitent la transe. Tous ne peuvent entrer dans cette fête. Les pauvres, les malades, les sourds, les muets, les handicapés en sont exclus. Personne ne trouve à redire sur cette règle implicite.
Il y a un prix pour entrer dans cette danse et assister à l’apparition des idoles. À la fin du spectacle, les gens sortiront de ce cirque tonitruant en imitant les gestes de l’un ou de l’autre des musiciens, en chantant sans souci du regard de l’autre. La déprime viendra rapidement au bruit du galop du quotidien qui revient en hâte refaire son nid dans les esprits. Après la montée dans la fusion, ce sera le retour dans la solitude. Déjà, plusieurs sortiront de leur poche des oreillettes pour se brancher et écouter en boucle cette musique. Ils se retrouveront aussi seuls qu’au milieu du spectacle parmi et avec les autres.
Les couleurs de la ville semblent si sombres et monotones après les lumières éclatantes de la scène. L’imagination s’éteint dans la lenteur du retour vers chez soi. Les chaines du quotidien font entendre leur musique morose. Elles reprennent leurs droits aux chevilles, aux mains. L’immense cortège déambule, quelques cris résonnent encore, le feu de la fête est éteint et tout ce monde semble grelotter de froid.
Nous sommes loin des bords du lac Galilée où Jésus a pitié de la foule qui s’éloigne après les trois jours passés avec lui. Il veut demeurer avec eux et que la joie de la liberté qu’il donne demeure. Jésus affirme sa détermination à ne pas les laisser repartir dans la ville glauque sans une nourriture de vie éternelle qui les gardera dans la fête de l’amour et de l’unité. « Je ne veux pas les renvoyer à jeun ; ils pourraient défaillir en chemin. » « Je ne veux pas », insiste Jésus.
Ce n’est pas seulement pour ces grandes foules sur la montagne que Jésus se préoccupe, mais pour toutes les foules jusqu’à la fin des temps. Dans ce désert de notre monde sans amour où nous devons toujours payer, excluant ainsi tous les pauvres, Jésus donnera gratuitement une nourriture capable de soutenir chacun dans sa marche en cette terre d’exil afin de demeurer dans la confiance qu’il est aimé et capable d’aimer et que la grande noce de l’unité vient.
« Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé! Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé!» ( Lc 12, 49-50) Jésus veut se faire pain pour se donner à tous et les nourrir de la vie qui fait entrer dans la fête de l’amour du Père.
Jésus ordonne à la foule de s’asseoir pour leur faire comprendre que le jour où il sera élevé de terre sur la croix, il deviendra nourriture de vie éternelle, breuvage de vie éternelle et que chacun pourra se nourrir à l’arbre de vie qu’il deviendra.
Tous mangèrent à leur faim et cette nourriture demeura en eux source de pain quotidien.
À ce feu, à cette nouvelle création, à ce repas de noce, tous sont invités. Les estropiés, aveugles, malades de toutes sont aux premières loges, ils entendent bien la musique du coeur de Jésus et la joie de l’espérance fait son nid dans leur visage qui bat au rythme de l’amour de Dieu qui livre son Fils pour tous.

NDC