5 déc, Mt 9,35-38.10,1.6-8, La Bonne Nouvelle pour les itinérants.

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Évangile :

Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité.
Voyant les foules, il eut pitié d’elles parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger.
Il dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, et les ouvriers sont peu nombreux.
Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »
Alors Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits mauvais et de guérir toute maladie et toute infirmité.
Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël.
Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. »
Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement.

Commentaires :

Une brebis sans berger est une brebis qui devient vite méconnaissable. Sans berger, elle erre sur la route et dans les forêts, son corps se couvre de boue, une gadoue que le soleil cuit et qui devient aussi dure que la pierre sur sa toison blanche. Sa laine se couvre de cette mixture de terre, de sable où les petites pierres se font un nid. Elle devient méconnaissable sous ce masque de saletés. Si elle croise un passant au hasard de son errance, elle s’effraie et la peur lui monte à la gorge. Elle fuit aussitôt vers nulle part, le premier creux de rocher qui se présente dans sa course devient son abri. Le marcheur a l’impression de voir un monceau de gravats se déplacer en hâte puis disparaître dans un rocher. Elle court inutilement, car qui voudrait de cet animal qui inspire le dégoût plus que la pitié. Le promeneur se demande comment dans une telle condition a pu survivre cette bête inconnue. En la voyant s’éloigner dans sa robe de boue, il lui souhaite de mourir pour se libérer de cette médiocre existence. Le loup, son prédateur, n’en veut même pas tellement elle n’a rien d’autre sur le corps que cette fange durcie et les os. 

Y a-t-il un berger qui voudrait accueillir cette brebis immonde? À la voir dans cet état, elle paraît irrécupérable à toute personne raisonnable. Est-ce possible de laver cette pauvre bête de sa cuirasse de boue, de lui rendre sa dignité, de lui faire retrouver sa blancheur, sa joie de vivre? Parviendra-t-elle à se laisser apprivoiser et retrouver sa place dans un troupeau? Tout ce travail pour récupérer cette brebis couverte d’immondices nécessite un prix et il est élevé pour une brebis qui a perdu toute valeur. Le berger ne peut trouver son compte en la soignant, ce ne serait que pure perte que de la prendre à sa charge et de lui redonner vie. La mort est le meilleur remède pour les brebis dans cette condition, c’est bien elle qui la menait paître dans la poussière pour mieux la dévorer, lui voler son nom et la plonger dans l’oubli. C’est bien la mort qui la couvrait de son linceul d’obscurité sur la route, de cette boue qui cache le visage de la créature de Dieu. Il en est ainsi pour les êtres humains qui se perdent sur les routes en ne sachant où aller. La poussière les étouffe et ils perdent le sens de leur dignité. Où est-il le berger de l’être humain créé à l’image de Dieu, où est-il celui qui le relèvera de la poussière?

« Grande était la blessure de l’humanité ; des pieds à la tête, pas une place saine, pas d’endroit où mettre bande, ni huile, ni pansement (Is 1,6). 

« Les flots de la Mort m’enveloppaient, les torrents de Bélial m’épouvantaient; les filets du Shéol me cernaient, les pièges de la Mort m’attendaient. Dans mon angoisse j’invoquai le Seigneur, vers mon Dieu je lançai mon cri; il entendit de son temple ma voix et mon cri parvint à ses oreilles. Et la terre s’ébranla et chancela, les assises des montagnes frémirent… » (Ps 18, 5-8) 

 La terre s’ébranla à la réponse du Seigneur, à sa tendresse, à son humilité : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es nullement le moindre des clans de Juda; car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël. » (Mi 5, 14) « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : “Dieu avec nous.”  (Mt 1, 23)

« Car ainsi parle le Seigneur, l’Eternel : Voici, j’aurai soin moi-même de mes brebis, et j’en ferai la revue. (…) C’est moi qui ferai paître mes brebis, c’est moi qui les ferai reposer, dit le Seigneur, l’Eternel. Je chercherai celle qui était perdue, je ramènerai celle qui était égarée, je panserai celle qui est blessée, et je fortifierai celle qui est malade. (…) Vous, mes brebis, brebis de mon pâturage, vous êtes des hommes; moi, je suis votre Dieu, dit le Seigneur, l’Eternel. » (Ez 34, 11.15-16.31)

  Nous sommes à l’image de Dieu et Jésus vient pour nous donner sa ressemblance et nous élever à la dignité d’enfants de Dieu, d’héritiers de son Royaume. Il vient nous enlever ce masque de pierre qu’il prendra sur lui pour nous rendre notre visage de vivant et nous donner sa dignité de Fils de Dieu. 

L’enthousiasme de Jésus à répandre cette Bonne Nouvelle monte sans cesse en lui. Il parcourt inlassablement toutes les villes et les villages, il enseigne et proclame la Bonne Nouvelle du jour nouveau qui se lève. Dieu vient lui-même dans la chair en son Fils pour prendre sur lui toute cette boue qui défigure ses enfants et les mène à la mort. Il vient prendre sur lui de les racheter de cet état, d’y descendre pour bien les soigner, les laver et rendre à chacun de ses enfants son intégrité. Jésus n’est pas dégoûté devant notre état misérable, nos errances, il a pitié et il se livre pour nous, gratuitement, sans rien attendre en retour, en pardonnant déjà à ceux qui lui cracheront au visage… 

Jésus a pitié des foules, il ressent leurs fatigues et leurs abattements, il voit l’isolement de chacun dans sa relation à l’autre, sa solitude comme cette brebis qui court vers nulle part, méconnaissable sous son habit de gravats.  

« Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie; et l’Éternel a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous. » (Is 53, 6) Qui peut comprendre l’abîme d’amour du cœur de Jésus envers chacun ?  Y a-t-il quelqu’un dans la foule qui puisse entendre les battements de son cœur pour eux, y a-t-il quelqu’un parmi ses disciples qui se chauffe à ce feu ? Qui peut comprendre son cœur qui déjà veut s’ouvrir pour purifier, sanctifier, guérir, abreuver, nourrir et faire advenir l’être nouveau. Un être libre de cette fange qui lui cache son identité, son appel à devenir enfant de Dieu par le Fils du Père qui vient mourir pour eux afin de les inviter à être baptisé dans sa mort pour ressusciter avec lui.

Jésus a pitié, une pitié qui n’a rien à voir avec de la condescendance puisqu’il se fait petit, si petit qu’il se dépose dans les mains de chacun et s’offre en nourriture comme pain de vie. Voilà un amour dont nous ne pouvons avoir idée sans qu’il nous donne de son amour pour lui offrir son amour et lui en rendre grâce. N’est-ce pas cet amour qui nous fait passer de la mort à la vie?   

« Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits; objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu’un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n’en faisions aucun cas. Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. » (Is 53, 2-5) Une pitié qui vient nous soigner par ses blessures. Vraiment, nous étions errants et nous le sommes et serons toujours sans lui, car où puiser de cet amour qui donne un sens à la vie, un amour qui ramène à l’unité avec tous les autres. « Vous étiez errants comme des brebis; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous. » (1 P 2,25)

Jésus dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, et les ouvriers sont peu nombreux. »  Peu nombreux sont ceux qui veulent prendre sur eux avec lui, la fatigue et l’abattement des autres et y mettre fin par la foi en la puissance de l’amour de Dieu pour l’humanité. Personne sans lui ne peut boire à cette coupe de l’amour qui n’est qu’amour. Peu nombreux sont ceux qui comprennent la grandeur, la profondeur, la hauteur, la largeur de cet amour. Il y a bien Marie, qui est là, en silence. Elle « offre sa personne et sa vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour nous l’adoration véritable. » (Ro 12,1) Il y a bien Marie qui déjà travaille à la moisson avec lui. Elle le prie d’envoyer des ouvriers à sa moisson pour tirer la multitude de cette boue. 

Jésus appelle ses douze disciples et les investit de ses pouvoirs pour aller par les chemins à la rencontre de tous les enfants de Dieu et leur dire que Dieu les aime et qu’il vient les libérer à jamais de toute larme, de tout mal, de tout ce qui est mort. 

« Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » 

NDC