5 sept, Lc 4, 31-37 : Le menteur n’arrive plus à mentir dans la lumière.

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5 sept, Lc 4, 31-37 : Le menteur n’arrive plus à mentir dans la lumière.

Évangile :

Jésus descendit à Capharnaüm, ville de Galilée, et il y enseignait, le jour du sabbat. On était frappé par son enseignement parce que sa parole était pleine d’autorité.

Or, il y avait dans la synagogue un homme possédé par un esprit démoniaque, qui se mit à crier d’une voix forte : « Ah! Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? Je sais qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu! » Jésus l’interpella vivement : « Silence! Sors de cet homme! » Alors le démon le jeta par terre devant tout le monde et sortit de lui sans lui faire aucun mal.

Tous furent effrayés, et ils se disaient entre eux : « Quelle est cette parole? Car il commande avec autorité et puissance aux esprits mauvais, et ils sortent! »

Et la réputation de Jésus se propageait dans toute la région.

Commentaires :

Jésus part de Nazareth où il avait été élevé pour descendre à Capharnaüm à 8 ou 9 heures de marche. À la synagogue de Nazareth, Jésus s’était levé pour faire la lecture, selon la coutume le jour du sabbat. On lui remit le livre du prophète Isaïe, il le déroula :

« Il trouva le passage où il était écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. Il replia le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous dans la synagogue tenaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : “Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture.” (…) “Tout ce qu’on nous a dit être arrivé à Capharnaüm, fais-le de même ici dans ta patrie.” Et il dit : “En vérité, je vous le dis, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie.” (…) Entendant cela, tous dans la synagogue furent remplis de fureur. Et, se levant, ils le poussèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle leur ville était bâtie, pour l’en précipiter. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin… » (Lc 4, 17-21. 23-24.28-30)

Dès sa naissance, Hérode le Grand voulait sa mort après avoir appris l’identité de Jésus par les mages et des spécialistes de la Torah. Encore une fois, dans son village d’une population de 100 à 150 personnes, la fureur s’empare de ceux qui l’écoutent lorsqu’il leur apprend son identité. La mort, Jésus est venu la vaincre. Personne ne l’y précipitera tant que ce ne sera pas son heure.

Par suite à cette exclusion brutale de son village, il se rend à Capharnaüm, une ville sous l’autorité d’Hérode Antipas, celui-là même qui ordonnera la décapitation de Jean Baptiste à la demande d’Hérodiade. Le territoire d’Hérode Antipas jouit d’une relative autonomie, face aux autorités romaines. Pilate, au nom de l’empereur, n’exige que le paiement d’un tribut. Les ressources de la pêche sur le lac Tibériade combinées à l’agriculture en font une région prospère et profitable pour Hérode. Ce territoire est entouré d’une population non-juive. Les Galiléens, vu leurs activités de pêche et d’agriculture, s’attardent peu à approfondir les pratiques de la Torah, entre autres les préceptes concernant les offrandes du Temple et toutes les subtilités doctrinales des Judéens. Cette différence culturelle attire le mépris des autorités religieuses sur les Galiléens.

Jésus étant originaire de Galilée subira ce mépris de la part des autorités : « Que peut-il sortir de bon de Galilée » — « Celui-là n’est-il pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère? Comment peut-il dire maintenant : Je suis descendu du ciel? » (Jn 6, 42) « Nous savons d’où il est, » disaient les chefs des prêtres. « Or, lorsque le Messie viendra, personne ne saura d’où il est. » (Jn 7,27) En plus de savoir d’où il était, il était originaire d’un milieu où les enfants sont entrainés à la guerre très jeunes. Pierre qui était de Capharnaüm savait manier l’épée. N’a-t-il pas coupé l’oreille du soldat venu s’emparer de Jésus au jardin des Oliviers? Hérode le Grand veut sa mort, les gens de son village cherchent à le tuer en simulant un accident, les autorités religieuses méprisent son lieu d’origine, Jésus est vraiment un signe de contradictions comme le disait Syméon à sa mère, lors de sa présentation au Temple.

Jésus ne renonce en rien de se rendre à la synagogue, malgré les menaces et le mépris.

Contrairement, à Nazareth, son enseignement étonnera les Galiléens. Jésus n’a rien des hypocrisies des pharisiens avec leurs préceptes humains, sa parole est pleine d’autorité pour expliquer la pratique de la Loi. Une polémique avec les pharisiens montre bien l’autorité de sa parole sur les pratiques pharisiennes : « Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens? En effet, ils ne se lavent pas les mains au moment de prendre leur repas. » — « Et vous, répliqua-t-il, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition? En effet, Dieu a dit : Honore ton père et ta mère, et que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. Mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : “Les biens dont j’aurais pu t’assister, je les consacre”, celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père ou sa mère. Et vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. » (Mt 15, 2-6)

Le gros bon sens des pêcheurs et des agriculteurs galiléens voit bien qu’on ne peut négliger les soins de ses proches sous prétexte que l’argent est consacré. Une subtilité qui n’est rien d’autre que de la cupidité. Tout comme aujourd’hui, nous pouvons prendre prétexte à ne pas aider nos proches parce que l’argent est investi.

Les Galiléens s’étonnent de sa parole pleine d’autorité, une parole que les spécialistes des écoles rabbiniques n’osent rétorquer. « Écoutez et comprenez! Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme. » Alors s’approchant, les disciples lui disent : « Sais-tu que les pharisiens se sont choqués de t’entendre parler ainsi? » (Mt 15, 10-12) Jésus n’est pas venu confondre les pharisiens ni s’en prendre à la loi, il est venu nous libérer de l’emprise du mal et de la mort. Il vient faire disparaître tout ce qui est mensonge, tout ce qui n’est qu’apparence pour rétablir la vie, l’amour, la paix, l’unité entre tous.

Les disciples Pierre, son frère André, Matthieu le publicain viennent de Capharnaüm en Galilée. C’est là, chez Pierre, que Jésus habitera, dans cette maison où il soignera la belle-mère de Pierre. Ils sont probablement là, à la synagogue.

Ils entendent bien l’homme sous l’emprise de la mort et du mal. Jésus ne craint en rien cet homme, pas plus que cette foule dans son village qui veut le précipiter en bas d’un escarpement. Tout ce qu’il veut, c’est de ramener cet homme dans le dessein d’amour de Dieu sur lui. Comme le dit saint Augustin dans son sermon sur le psaume 74 : « Notre vie lui déplaisait, tout ce que nous faisions lui déplaisait, mais non pas ce que lui-même a fait en nous. Par conséquent, il condamnera ce que nous avons fait, et il sauvera ce que lui-même a fait. » Jésus chassera de cet homme ce que le Père n’a pas fait en lui. L’être humain est fait pour la vie, la joie, la paix, la bonté, la vérité. Il n’est pas fait pour se faire posséder par qui que ce soit, pour devenir l’esclave de qui ce soit. N’a-t-il pas dit à Nazareth : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. »

Si à Nazareth, les gens voulaient des preuves pour le croire, l’esprit de ténèbres voit bien la lumière de Jésus pénétrer dans son antre. Il voit bien celui qui est la lumière de la lumière rendre impuissante son emprise mortelle en la dévoilant : « Ah! Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? Je sais qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu! »

Jésus n’attend rien de ceux qui le reconnaissent et veulent demeurer dans la mort et dans le monde du mensonge : « Toi, tu crois qu’il y a un seul Dieu? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent. » (Jc 2, 19) Ils tremblent devant cet amour qu’ils ne peuvent tromper pour l’entraîner à la violence. Ils tremblent de ne pouvoir faire sortir Jésus de la volonté du Père dans l’Esprit! Que peut faire celui qui règne sur ceux qu’il isole de tous les autres? « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il demeure seul. » (Jn 12, 24) De cette solitude, loin de l’unité qui rend vulnérable à tous les esprits dans l’immensité de l’univers visible et invisible. Il faut mourir à la mort, à cette vie mortelle et revivre en celui qui est la vie pour porter fruit : « s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » Mourir à soi pour vivre en unité avec les autres dans l’Esprit au nom de Jésus : « De même, je vous le dis en vérité, si deux d’entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. » (Mt 18, 19-20)

Jésus libère cet homme de son isolement, il le regarde dans les yeux et chasse ce qui est mort dans ses yeux. Comme un aveugle qui retrouve la vue, comme la lumière chasse l’obscurité sans bruit, l’homme revient sur terre avec les autres dans la synagogue.

Tous sont effrayés en voyant l’homme les regarder dans les yeux. Il leur demande en silence de lui rendre son nom, de ne pas le laisser seul.

« Quelle est cette parole? Car il commande avec autorité et puissance aux esprits mauvais, et ils sortent! » Hérode ne peut rien pour cet homme, pas plus que les pharisiens et les scribes. N’est-ce pas celui qui vient de Dieu, pour descendre dans la mort, et prendre sur lui tout le mal qui peut de droit et par amour nous libérer de tout ce qui n’est pas plénitude de joie à chaque instant?

La réputation de Jésus se répandait dans toute la région. Sûrement qu’à Nazareth, les gens entendirent parler de cette libération!

Jésus ne cherche en rien la gloire des hommes, c’est la gloire de Dieu qu’il poursuit et la gloire de Dieu, c’est que nous soyons debout et en vie pour l’éternité.

NDC