6 juillet, Mt 9, 9-13 : Deux petits mots qui changent tout : Suis-moi!

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Évangile :
Étant sorti, Jésus vit, en passant, un homme assis au bureau de la douane, appelé Matthieu, et il lui dit : « Suis-moi! » Et, se levant, il le suivit.
Comme il était à table dans la maison, voici que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent se mettre à table avec Jésus et ses disciples.
Ce qu’ayant vu, les Pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs? »
Mais lui, qui avait entendu, dit : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades.
Allez donc apprendre ce que signifie : “C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.”
Commentaires :
La plupart des gens chaque jour courent à leurs petites affaires. Le quotidien monotone se répète inlassablement et qui ose le questionner? C’est ainsi! Chaque jour, Matthieu sort de son lit et il se rend à son bureau de la douane, exception faite des jours où il a congé de sa tâche. Chaque jour, il rencontre des gens pour collecter les impôts de l’empereur. Ce poste, Matthieu l’a acheté à grand prix aux dirigeants romains. Il veut faire profiter son investissement comme tous ceux qui, comme lui, parvenaient à acheter l’un de ces postes lors d’une vente aux enchères. Zachée était aussi un collecteur comme Matthieu. Entre l’empereur et ses dirigeants romains qui vendent les postes, le publicain est le plus petit subalterne et c’est lui qui a la charge de collecter directement des mains du citoyen les impôts de l’empereur. Ces agents de perception sont détestés par le peuple, car tout le monde sait bien qu’ils imposent souvent de plus gros montants pour se garder une part plus importante. Chaque jour, en se rendant à sa table, Matthieu n’ignore pas qu’il est considéré comme un pécheur public. Chaque jour, il ne renonce en rien à tirer profit de son investissement et il se rend à son poste, déterminé à s’enrichir toujours plus, en se moquant du manque de sympathie des gens à son égard. Chaque jour suivait l’autre de la même manière. La carapace de Matthieu s’endurcissait, il ne se préoccupait plus des regards réprobateurs à son endroit, des rumeurs.
Chaque jour, Matthieu se rendait à son travail comme beaucoup de gens aujourd’hui, sans remise en question, sans souci de l’impact de ses réclamations sur les autres, sans autre motivation que de s’enrichir un peu plus. Il faut bien gagner sa vie et cette raison trop souvent nous impose de mettre en veilleuse notre cœur, de l’empêcher de nous dire que nous valons plus que ce que nous accumulons dans nos coffres.
Matthieu se rend à son bureau et n’attend plus rien de la vie sinon de la gagner pour s’offrir des plaisirs. Si son cœur vient à le condamner, à lui dire de ne pas réduire sa vie à cette tâche, il connaît bien les ivresses qui éloignent le cri du cœur.
Voilà qu’un jour comme les autres, Jésus passe devant son bureau, le regarde bien dans les yeux, sûrement en souriant et lui dit deux mots, seulement deux petits mots : “Suis-moi!” Ces deux mots de Jésus lui font voir ce que sera toute sa vie à cette table s’il ne se met pas à sa suite. Il voit les jours qui passent, l’argent qui s’entasse dans ses coffres, les fêtes, les ivresses, la vieillesse, la solitude, la maladie, le temps qui passe et la mort qui rit tout au bout du chemin. Il voit aussi en ces deux petits mots, tout ce qui se passera en se mettant à la suite de Jésus. Il voit les soirées fraternelles avec ceux qui sont déjà à la suite de Jésus, il voit sa dignité retrouvée aux yeux des autres, il voit sa joie d’entrer chaque jour dans l’aventure de cette expérience spirituelle de sanctification que Jésus lui offre. Deux petits mots ont suffi et il voit se dérouler le film de sa vie en quelques instants. L’esprit est ardent et plein de feux en présence de celui qui est le Christ, celui sur qui est l’Esprit. Quel n’est pas l’étonnement de Matthieu de se voir se lever et le suivre, de se voir libéré de sa mentalité calculatrice, de sa routine aliénante!
“Et, se levant, il le suivit.”
Matthieu a “des semelles de vent” comme dirait Rimbaud, il y a comme un nouveau souffle de vie en lui. Le paysage devient si beau, le moindre brin de gazon dévoile sa beauté et fait lever de la lumière en lui. Il voit ce qu’il ne voyait pas et qui pourtant était toujours là, il voit la beauté des gens, des pierres. Matthieu s’est levé et il voit plus loin, il voit que sa table à la maison se transforme en présence de Jésus, elle devient une table de partage, une table où chaque personne autour est une richesse incomparable, une table où le temps passe si vite qu’il n’y a nul besoin d’y chercher moyen pour trafiquer sa vie.
Ses collègues en voyant Matthieu si léger en présence de Jésus, viennent s’asseoir avec eux. Voilà que ceux qui sont figés dans le temps, ceux qui se croient en contrôle par la loi qu’ils observent, par le mépris qu’ils entretiennent disent : “Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers.” (Lc 18, 10-12) Les gens bien pensants, bien portants à leurs yeux restent figés à la table de la ségrégation, de la discrimination. “Il se voit d’un oeil trop flatteur pour découvrir et détester son tort; les paroles de sa bouche, fraude et méfait! c’est fini d’être un sage. En fait de bien il rumine le méfait jusque sur sa couche; il s’obstine dans la voie qui n’est pas bonne, la mauvaise, il n’en démord pas. » (Ps 36, 3-5)
Ils sont les pharisiens bien pensants à chercher la division, la mort du malade, ils sont là à vouloir viser des flèches de leur langue : ‘Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs? ’ Et vous, pourquoi manger votre prochain, vouloir sa perte, refuser de l’accueillir à table? Pourquoi vouloir un ciel pour vous seul sans tous les autres?
Les bien portants qui ne veulent pas changer leurs habitudes sont toujours nombreux. Ils se croient immortels, ils pensent qu’ils peuvent faire comme bon leur semble et que la santé sera toujours leur compagne. Quelle illusion de se croire à l’abri? ‘Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peine les maçons. Si le Seigneur ne garde la ville, en vain les gardes veillent. » (Ps 127, 1)
Il a beaucoup à apprendre celui qui se croit bien portant et qui ne voit pas le crucifié qui se rend mal portant pour porter sur lui ce qui le tient sous l’emprise de son aveuglement et de la mort. Il a beaucoup à apprendre celui qui se croit exempt de la miséricorde de Dieu à cause de ses propres efforts pour se maintenir dans la santé du cœur. Il a beaucoup à apprendre celui qui ne se voit pas paralysé à sa table des habitudes et de la routine du gain. Il a beaucoup à apprendre pour comprendre les deux petits mots de Jésus : ‘Suis-moi! ’
NDC