6 oct, Lc 10, 13-16 : Miracles, indifférence et cendres.

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Évangile :

En parlant aux soixante-douze disciples, Jésus disait : « Malheureuse es-tu Corazine! Malheureuse es-tu, Bethsaïde! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que les gens y auraient pris le vêtement de deuil et se seraient assis dans la cendre en signe de pénitence. En tout cas, Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement que vous lors du Jugement. Et toi, Capharnaüm, seras-tu donc élevée jusqu’au ciel? Non, tu descendras jusqu’au séjour des morts!

“Celui qui vous écoute m’écoute; celui qui vous rejette me rejette; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé.”

Commentaires :

Jésus parle aux soixante-douze disciples. Il les envoie en avant de lui, “deux par deux dans toute ville et tout endroit où lui-même devait aller.” (Lc 10,1) Jésus s’est incarné, il est un homme reconnu à son aspect comme un homme. Il assume son humanité, car son but est de libérer l’humanité de tout ce qui lui ferme le chemin de la divinisation. Il se fera le “Chemin” pour nous sortir du cimetière et nous ouvrir les portes du Royaume des cieux. Plus encore, il se fera nourriture afin que ce pain céleste nous transforme et nous soutienne dans notre parcours vers la patrie céleste en cette terre d’exil.

Qui acceptera de partir vers cette “ville pourvue de fondations dont Dieu est l’architecte et le constructeur”? (Hé 11,10) Qui se mettra en marche vers cette ville construite par la main de Dieu? Il vaut faire savoir, en entrant dans les maisons de ce monde, qu’une demeure éternelle attend chacun qui se met en marche à la suite de Jésus : “Nous savons en effet que si cette tente — notre maison terrestre — vient à être détruite, nous avons un édifice qui est l’oeuvre de Dieu, une maison éternelle qui n’est pas faite de main d’homme, dans les cieux. Aussi gémissons-nous dans cet état, ardemment désireux de revêtir par-dessus l’autre notre habitation céleste, si toutefois nous devons être trouvés vêtus, et non pas nus. Oui, nous qui sommes dans cette tente, nous gémissons, accablés; nous ne voudrions pas en effet nous dévêtir, mais nous revêtir par-dessus, afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie.” (2 Cor 5, 1-4) Qui parviendra à voir la vie qui vient engloutir la mort, la lumière qui vient chasser les ténèbres? N’est-ce pas la foi qui a poussé Abraham à quitter sa terre pour aller vers où Dieu l’appelait? Abraham refusait d’adorer les astres ou les pierres, il entendait en son cœur cette parole qui le menait sur le chemin du bien, il y croyait. “Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été organisés par la parole de Dieu, si bien que l’univers visible (ce que l’on voit) provient de ce qui n’apparait pas au regard.” (Hé 11,3)

“Par la foi, Noé, divinement averti de ce qui n’était pas encore visible, saisi d’une crainte religieuse, construisit une arche pour sauver sa famille. Par la foi, il condamna le monde et il devint héritier de la justice qui s’obtient par la foi. Par la foi, Abraham obéit à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait.” (Hé 11, 7-8) Par la foi, Noé construisit une arche dans cette terre de passage pour mettre le cap sur le Royaume de l’amour du Père. “Par la foi, Moïse quitta l’Égypte sans craindre la fureur du roi : comme s’il voyait l’Invisible, il tint ferme.” (Hé 11,27)

Tout quitter sans rien craindre des fureurs des réalités de ce monde passager pour s’attacher à ce qui dure, à l’essentiel, à l’amour du Dieu invisible qui nous conduit en se rendant visible dans le Christ au Royaume de Dieu.

Jésus disait à ceux qui croyaient en lui d’aller annoncer le Royaume, de ne rien emporter pour le chemin sinon leur foi en lui. Par la foi, faites voir la réalité qui ne passe pas, l’amour qui chasse la haine, la vie qui détruit la mort, la lumière qui fait disparaitre l’obscurité.

“Et en toute ville où vous entrez et où l’on vous accueille, mangez ce qu’on vous sert; guérissez ses malades et dites aux gens : ‘Le Royaume de Dieu est tout proche de vous.’ (Lc 10, 8-9) Dans les villes où l’on refusera de vous accueillir, sortez et secouez la poussière de vos pieds. Avec rien vous êtes entrés, avec rien vous en sortez, pas un grain de poussière de cette ville n’emporterez. À la poussière, elles retourneront, les villes du refus!

Malheureuse es-tu Corazine! Malheureuse es-tu, Bethsaïda! N’est-ce pas dans ce village de pêcheurs sur le rivage de Capharnaüm que Pierre, André et Philippe ont vu le jour? N’est-ce pas Pierre qui sera la pierre sur laquelle je bâtirai mon Église? N’est-ce pas là que Jésus guérit l’aveugle de naissance avec sa salive? (Mc 8, 22-25) Villes tout près de Capharnaüm, lieu d’où il partait et revenait après avoir été de lieu en lieu pour faire le bien. Comment ces villes pouvaient-elles demeurer fermées, malgré tout ce que Jésus leur donnait à voir pour leur faire admirer la réalité de l’amour de Dieu dans ce monde? ‘Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu.’ (Jn. 20, 29) Ils ne voient pas parce qu’ils ne voient que la ville présente à leurs yeux, cette ville où ils doivent se combattre pour acquérir des richesses, cette ville où ils doivent commercer, vendre et acheter, construire et démolir, fêter et dormir.

‘Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été organisés par la parole de Dieu, si bien que l’univers visible (ce que l’on voit) provient de ce qui n’apparait pas au regard.’ (Hé 11,3) Les habitants de ces villes ont la conviction qu’ils sont les constructeurs de leurs villes, que l’univers visible qu’ils organisent en cité est le produit de leurs mains et qu’il n’y a pas de réalité inapparente qui est à l’origine de tout le visible. Ils sont trop occupés à s’enrichir pour écouter ce qui est à la source de leur propre vie et de tout l’univers visible et invisible.

Comment se remettre en question devant l’aveugle qui retrouve la vue pour suivre celui qui le guérit? L’attachement au monde qu’il voit interdit à l’habitant de cette ville de voir avec l’aveugle le monde nouveau qui se lève. ‘Pourtant, sachez-le, le Royaume de Dieu est tout proche.’ Les habitants de ces villes du refus ont peur de quitter le trésor des biens qui passent pour le trésor du cœur. Il vaut mieux croire que l’aveugle feignait de l’être pour ne pas changer plutôt que de croire qu’il a été guéri par le Fils de Dieu qui nous ouvre les portes de la vraie richesse.

Pourtant, Tyr et Sidon, villes étrangères à la Loi et aux prophètes, accueilleraient celui qui fait ces miracles, elles écouteraient sa parole et à l’instant se repentiraient pour quitter le monde ancien qui n’est que poussière. Elles ne tarderaient pas à se couvrir de cendres pour faire grandir leur foi en Jésus et en la réalité de son Royaume provenant de ce qui n’est apparent. ‘Abraham crut à Dieu, et ce lui fut compté comme justice.’ (…)Nous disons, en effet, que la foi d’Abraham lui fut comptée comme justice. (…) De fait, ce n’est point par l’intermédiaire d’une loi qu’agit la promesse faite à Abraham ou à sa descendance de recevoir le monde en héritage, mais par le moyen de la justice de la foi.” (Ro 4,3. 9 13)

“Or sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. Car celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il se fait le rémunérateur de ceux qui le cherchent.” (Hé 11,6)

“Celui qui vous écoute m’écoute; celui qui vous rejette me rejette; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé.”

“Ce que Dieu avait révélé pour le salut de toutes les nations, il a décidé dans sa très grande bonté de le maintenir à jamais intact et de le transmettre à toutes les générations. Aussi le Christ Seigneur, en qui toute la révélation du Dieu suprême reçoit son achèvement, ayant accompli lui-même et proclamé de sa propre bouche l’Évangile promis auparavant par les Prophètes, ordonna à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute discipline morale, en leur communiquant les dons divins. L’ordre du Christ a été fidèlement exécuté par les apôtres qui, dans leur prédication orale, leurs exemples, dans ce qu’ils ont établi, ont transmis soit ce qu’ils avaient reçu de la bouche du Christ, de leurs relations intimes avec lui, de ses oeuvres, soit ce qu’ils avaient appris sous la suggestion du Saint-Esprit; cet ordre a été fidèlement exécuté par ces apôtres et ces hommes apostoliques qui, sous l’inspiration du même Esprit Saint, ont consigné par écrit le message du salut (3).” (Vatican II, Dei Verbum, La transmission de la révélation divine 7)

 

NDC